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Vague de froid en Islande avec les surfeurs de l’Arctique

Les surfers se jettent dans l'Atlantique devant la caméra de Chris Brukard | © Chris Burkard - Under an Arctic Sky

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Né dans des contrées lointaines et resté longtemps le domaine de quelques têtes brûlées, le surf a foncé comme une déferlante sur la culture pop et les spots les plus connus sont désormais noyés de monde. La dernière frontière, pour les surfeurs en quête de spots préservés ? Braver le froid et s’attaquer aux vagues de l’Islande. 

Parmi les précurseurs de cette tendance givrée, Ingó Olsen, enfant du pays venu au surf sans préméditation ni préparation, après des années à dévaler les pentes du pays en snowboard. Caillou volcanique au climat aussi sauvage que sa beauté, l’Islande a longtemps vécu en repli relatif, avant que la démocratisation des billets d’avion et l’avènement du tourisme éclectique n’en fasse une destination inratable. Avant les vagues de touristes et la déferlante d’information apportée par internet, il s’agissait de faire preuve d’inventivité pour se distraire. Pour Ingó, l’évasion a d’abord commencé par la lecture compulsive des magazines de glisse, où il découvre les snowboardeurs sur papier glacé et se met en tête de les imiter. Parce que « ça avait l’air tellement drôle, tellement libre, avec la possibilité de vraiment repousser ses limites ». Monté sur des skis dès l’âge de 3 ans, il obtient son premier snowboard 11 ans plus tard, après avoir travaillé dur pour pouvoir se l’acheter. « J’ai déblayé la neige dans mon quartier tout l’hiver, fait toutes sortes de corvées pour mes parents, vendu mes jeux d’ordinateur… D’emblée, j’étais extrêmement motivé à devenir un snowboardeur, coûte que coûte ».

Ingo Olsen
Ingó Olsen – Instagram @ Elli Thor Magnusson

Quitte à fabriquer des planches de fortune en attendant de pouvoir s’en offrir une. Chaussures vissées sur de vieux decks de skateboard, bricolages en cours d’artisanat à l’école, voire même vol des patins de la luge de sa petite soeur (dont il dit en riant qu’elle lui a enfin pardonné ce méfait aujourd’hui) : qu’importe la technique pourvu qu’il y ait la glisse. S’en suivent dix ans à dévaler les pistes, dont quatre au sein de la prestigieuse Burton Team. Jusqu’à l’hiver 2003, une vilaine blessure au genou, et un road trip en Nouvelle-Zélande avec des amis. Peu de temps avant, Ingó avait goûté au frisson du surf en islande, dans des conditions aussi improbables que frigorifiantes.

Mon wetsuit était trop petit pour moi, je n’avais ni gants ni capuche pour me protéger du froid, et aux pieds, j’avais simplement mes baskets enveloppées dans des sachets en plastique. J’étais avec mon ami Lassi Helgi, et même si on a passé toute notre première session à se faire avaler par les vagues et à bouffer du sable, à la fin de la journée, on savait qu’on avait envie de se mettre sérieusement à surfer.
– Ingó Olsen

Loin du froid de son île natale, la Nouvelle-Zélande lui offre la possibilité de progresser et de rentrer en Islande avec sa propre planche, déterminé à surfer du début du printemps au retour de la neige et de leurs sessions de snowboard. Un parcours qui fait écho à celui d’Heiðar Logi.

Heiðar Logi Elíasson – Facebook @ Alex Guiry Photography

Longs cheveux blonds, corps ciselé et tatoué, Heiðar ressemble à une incarnation moderne et irrésistible du Viking. Il est aussi et surtout le premier surfeur professionnel d’Islande. Natif du minuscule village de Sandgerði, dans la péninsule de Reykjanes, il grandit en bordure d’océan – et de ses légendes glaçantes. Longtemps terrifié par la violence de l’Atlantique, il se consacre d’abord au snowboard et au skate, exutoires nécessaires pour celui qui souffre depuis son plus jeune âge de troubles de l’attention et d’hyperactivité et a failli un temps basculer dans l’alcoolisme. Encouragé par son ami Hreinn Heiðar Halldórsson, qui lui prête sa première planche, il se lance à 16 ans à l’assaut de l’océan. Et pense d’abord ne pas survivre à sa première session.

J’étais certain que le froid allait me tuer, et que si ce n’était pas le froid, ce seraient les vagues qui le feraient. Ma première vague m’a maintenu incroyablement longtemps sous l’eau, c’était la panique.
– Heiðar Logi

Une sensation que connaissent bien les « grommets » lorsqu’ils débutent et passent plus de temps la tête sous l’eau que les pieds sur leur planche. Sauf qu’ici, au plus fort de l’hiver, la température de l’océan tourne aux alentours de -13 degrés, ajoutant à la peur de la noyade le risque réel de souffrir d’hypothermie. Un risque qu’Heiðar s’est découvert prêt à affronter, conquis par le sentiment d’apaisement offert par sa lutte avec les caprices de l’océan. « En surf, on ne décide pas, on ne peut que se contenter de réagir. On ne sait pas d’avance par où la vague va aller, alors il faut la suivre et s’adapter« . Et depuis, ils sont de plus en plus nombreux à l’avoir suivie.

Facebook @ Unstad Arctic Surf
Facebook @ Unstad Arctic Surf

Notamment sous l’impulsion d’Ingó Olsen, qui a eu l’idée de fonder Arctic Surfers pour emmener les mordus de glisse à la découverte des plus beaux spots de surf du pays. Pensé pour les surfeurs qui n’ont (littéralement) pas froid aux yeux, les périples sont l’occasion de repousser ses limites et de surfer des spots préservés, où le seul obstacle potentiel pour prendre une vague n’est pas une horde d’impatients à califourchon sur leur planche mais bien l’engourdissement provoqué par le fait de l’avoir attendue trop longtemps dans une eau glacée.

Facebook é unstad Arctic Surf

Pour les plus frileux, Ingó et sa bande proposent également des séances de SUP dans le porc de Reykjavik, l’occasion d’admirer la majestuosité d’Harpa de plus près et de porter un regard différent sur la ville, le tout, sans se mouiller. À moins de tout bonnement choisir de vivre l’expérience du surf polaire à distance en s’immergeant dans un des documentaires renversants d’esthétisme qui lui ont été consacrés.

Chris Burkard – Under an Arctic sky

Héros du documentaire The Accord, qui met en images la relation compliquée entre un surfeur et le capricieux vent islandais, Heiðar Logi est également à l’affiche du récent Under an Arctic sky, réalisé par le photographe de surf Chris Burkard et alternant entre frustration à la merci des éléments et sessions époustouflantes à la lumière des aurores boréales. Sauvage, sublime et imprédictible, le surf en Islande est à l’image du pays. Et représente pour les accros au sport la frontière ultime à franchir.

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