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À Hong Kong, le pique-nique comme joyeux acte de rébellion

Philippines et Indonésiennes se retrouvent dans les parcs de Hong Kong. | © Pixabay

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Dans les parcs de Hong Kong le dimanche, les travailleuses migrantes se retrouvent à l’abri de murs en carton pour échanger les plats et les nouvelles du pays, dans un étalage de culture – culinaire – qui tient enfin tête à leurs employeurs.

 

Les lieux ont pris des airs d’océan de cartons, selon Max Falkowitz. Alors qu’il déambule dans ce parc de Hong Kong, le journaliste du New York Times, qui écrit ici pour le magazine Taste, croise des dizaines de plats à base d’adobo vinaigré, de bagoong fermenté, de daing na bangus matinal ou encore de pancit palabok. C’est toute la cuisine philippine qui s’étale directement par terre, isolée du sol par des nappes de fortune. Et autour des multiples assiettes qui jonchent le sol, riant en filipino, au moins autant de Philippines que de tupperwares embarqués.

Ces travailleuses domestiques forment 4% de la population de cette ville de 7,3 millions d’habitants, c’est à dire 300 000 personnes arrivées principalement des Philippines et de l’Indonésie. On les appelle « aides », explique Max Falkowitz, mais il en faudrait peu pour qu’on les qualifie d’esclaves, avec leurs 4 4410 HKD par mois minimum – soit 455 euros. À Hong Kong, elles nettoyent les maisons, font les courses et gardent les enfants, sans limite d’horaires. Elles dorment souvent à même le sol dans les cuisines et n’ont qu’un jour de congé par semaine, le dimanche. Là, elles prennent peu de repos, sont parfois rouées de coups et subissent des agressions sexuelles, cible des discriminations que vivent les Asiatiques du sud-est en territoire cantonnais, décrypte Taste.

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©EPA/ALANAH M. TORRALBA

Nombre d’entre elles ont peur de quitter leur travail : elles l’ont en général trouvé via une agence de recrutement qui leur a déjà pris 10% de salaire sur leur premier mois. Parfois, certaines prélèvent illégalement ce pourcentage durant six mois, plongeant les travailleuses dans une spirale d’endettement. Tout recommencer de zéro est dès lors trop dangereux, surtout quand leur statut n’a pas – ou peu – évolué depuis les années 80 et les premières arrivées de migrantes en recherche d’emploi.

La table des retrouvailles

Alors pour elles, le dimanche, c’est sacré. Quand elles ne vont pas à l’église, elles se rassemblent en masse dans les parcs, pour des pique-niques fastueux. Petits plats maisons et snacks importés se battent l’attention des femmes entre les parois de cartons avec lesquelles les groupes s’isolent les uns des autres : biscuits, crackets, friandises, nouilles et boites en cartons de poulet frit ou de spaghettis épicés de la chaine de fast-food philippine s’échangent joyeusement.

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« Le dimanche est le jour où les travailleurs migrants retrouvent les amis de leur pays », explique un membre du comité IDWF – la Fédération des Travailleurs domestiques – à Taste. « Ils peuvent parler la même langue, goûter la nourriture de chez eux, et échanger sur leurs problèmes et comment les résoudre ». Car dans un pays où les migrants qui travaillent sont invisibles derrière les portes de leurs employeurs, exprimer sa culture dans un lieu public est un véritable acte de défiance, une petite rébellion goûtue. Là où les plats circulent, c’est la solidarité et la compassion qui font leur œuvre : quand on n’a rien, on partage tout, de l’adobo aux galères.

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