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Fermeture des centres ouverts, ouverture des centres fermés

Théo Francken, secrétaire d'État à l'Asile et la Migration avait dû faire face à la crise d'asile un an après son arrivée au gouvernement. | © BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ

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Le gouvernement fédéral a approuvé, dans le cadre du contrôle budgétaire, un nouveau plan de démantèlement des places d’asile. Ouverts d’urgence en 2015, neuf centres d’accueil vont ainsi fermer leurs portes. 

Fin 2015, la Belgique, comme le reste de l’Europe, fait face à ce qu’on appellera plus tard la « crise migratoire », qui est avant tout une crise de l’asile. En effet, on ne dispose alors pas de structures suffisantes pour accueillir les futurs demandeurs d’asile. Le gouvernement Michel ouvre donc une série de centres d’accueil dans des anciennes casernes, des internats, des hôpitaux ou des bâtiments préfabriqués. La plupart sont gérés par Fedasil, l’instance fédérale d’accueil, la Croix-Rouge et son pendant flamand, la Rode Kruis. Mais face à l’augmentation importante des demandes d’asile, les mutualités Socialistes, le Samusocial et Caritas sont aussi sollicités. Le secteur privé est ensuite appelé à la rescousse, ce qui fait grincer pas mal de dents. Enfin, les CPAS communaux avaient permis d’augmenter la capacité d’accueil du pays, en créant ce qu’on appelle des Initiatives Locales d’Accueil (ILA) sur base volontaire.

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Ouvert dans l’urgence, les neufs derniers centrés ouverts pendant la crise fermeront leurs portes cette année. C’est l’une des mesures décidées dans le cadre de l’accord budgétaire. Le réseau, qui compte actuellement 23.815 places, va être ramené à 16.629 places à l’horizon 2019, c’est-à-dire son « niveau normal » d’avant la crise. En cause : un taux d’occupation en baisse. Selon Fedasil, qui compte 22.700 places, il est actuellement de 74 %. En octobre 2015, ce taux était de 99 %. En tout, 2.854 places seront supprimées dans les centres d’accueil collectifs. Pour les travailleurs du secteur, ces fermetures sont également synonyme de pertes d’emplois. Du côté des CPAS, 3.600 places en ILA fermeront sur base volontaire cette année.

Un centre fermé pour familles ouvrira d’ici l’été

Cette annonce survient alors que la volonté de renforcer la politique de retour n’a jamais été aussi assumée. En effet, si la suédoise est déterminée à réduire la capacité d’accueil, elle l’est tout autant à augmenter celle des centres fermés. D’ici 2021, trois nouveaux centres fermés (deux en Flandre, un en Wallonie) verront le jour. Une extension du 127bis, qui borde les pistes de décollage de l’aéroport de Zaventem, devrait ouvrir au début de l’été si les travaux le permettent : le chantier est actuellement inondé. Cette nouvelle aile sera dédiée à l’accueil de familles en situation irrégulière en vue de leur rapatriement et pourra accueillir cinq familles, pour un maximum de 34 personnes. Inutile de préciser que le secteur associatif prépare déjà la bataille pour faire avorter ce projet. Leur meilleur argument : la condamnation (à trois reprises) de la Belgique par la Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH) pour l’enfermement de mineurs dans des circonstances inadaptées.

Le centre 127bis longe l’aéroport de Zaventem. Une nouvelle aile destinée aux familles est actuellement en construction. BELGA PHOTO / DIRK WAEM

D’après l’Office des Étrangers, les familles seront enfermées « en dernier recours » et pour des durées « les plus courtes possibles ». Actuellement, les familles qui doivent être rapatriées dans leur pays sont placées dans des maisons de retour, qui sont des habitations ouvertes. Le hic : celles-ci s’enfuient lorsque le rapatriement approche, explique l’administration. « Le taux d’évasion est très élevé. Les familles qui ont déjà quitté une fois une maison de retour n’iront dans le nouveau centre que s’il y a déjà eu un problème auparavant », indique Dominique Ernould, porte-parole de l’Office des Étrangers.

En trois ans, le visage du parc Maximilien a changé. Les tentes ont disparu pour laisser place au rassemblement vespéral organisé par la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés, qui tente de loger un maximum de personnes chaque soir. BELGA PHOTO / LAURIE DIEFFEMBACQ

La Plateforme de soutien en difficulté

Sur la page Facebook de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés, l’annonce de la suppression des centres ouverts suscite l’incompréhension de ses membres. La Plateforme semble en effet éprouver des difficultés à trouver des hébergeurs pour accueillir les personnes en situation irrégulière, qui ne désirent pas ou n’osent pas demander l’asile en Belgique et n’ont donc pas accès aux centres ouverts.

Depuis quelques jours, les messages des coordinateurs de ce mouvement solidaire témoignent de la situation difficile à laquelle ils font face. Hier soir, à l’heure où l’opération d’hébergement quotidienne prenait fin, c’est une Adriana Costa Santos dépitée qui postait ce message : « L’équipe est partie. Impossible à compter, encore trop dehors, vraiment de trop (de migrants au parc, NDLR).. Honte à l’inhumanité de notre politique migratoire et à l’Histoire du monde que l’Europe a décidé d’écrire, sans tenir compte des valeurs et de l’humanité de ses citoyens. Bravo à tous ceux qui se sont mobilisés ce soir et depuis 6 mois. » Quelques heures plus tôt, la jeune femme écrivait : « Depuis plusieurs semaines qu’on n’arrive plus à loger tout le monde. »

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Le tissu associatif commence à s’inquiéter de la continuité de l’hébergement citoyen, qui repose entièrement sur la bonne volonté de la population. « Le gouvernement n’arrête pas de répéter – et de se vanter – que « s’il n’y a pas de Calais à Bruxelles, c’est grâce à notre travail’, ce qui est totalement faux. Premièrement, on est loin de la Jungle, qui comptait 10.000 personnes alors qu’il n’y en a que 700 à Bruxelles. Deuxièmement, c’est uniquement grâce à l’hébergement citoyen et à la Porte d’Ulysse (un centre d’hébergement pour les migrants de transit géré par Médecins du Monde et la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés, NDLR). Que se passera-t-il quand ce superbe mouvement de solidarité va s’essoufler ? Parce que ça va arriver, malheureusement, un jour ou l’autre. C’est inévitable. Les sans-papiers seront toujours au parc Maximilien. Le problème de l’immigration illégale existera toujours », note un observateur tracassé.

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