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[Exclusif] Crâne de Lusinga : Le gouvernement belge favorable à une restitution des restes humains

Le crâne de Lusinga se trouve actuellement dans un carton au musée des sciences naturelles de Bruxelles. | © IRSNB

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Zuhal Demir (N-VA), la Secrétaire d’Etat à la Politique scientifique du gouvernement belge, se dit favorable à une évolution législative permettant la restitution aux familles congolaises apparentées des crânes qui ont été « collectés » par un militaire belge pendant les premiers temps de la colonisation. Une exclusivité Parismatch.be.

Entre 1882 et 1885, le militaire belge Emile Storms commandait la 4ème expédition de l’Association Internationale Africaine dans la région du lac Tanganyika. Lorsque des chefs locaux refusaient de se soumettre à son autorité, ils étaient l’objet d’expédition punitives. Certains d’entre eux ont été décapités et leurs villages ont été incendiés et pillés. Storms faisait collection des crânes de ses ennemis. Il en ramena trois en Belgique. L’enquête publiée le 22 mars 2018 par Paris Match Belgique retraçait le parcours de ces restes humains et particulièrement de ceux appartenant à Lusinga lwa Ng'ombe, un puissant chef Tabwa qui eut la tête tranchée le 4 décembre 1884 alors que ses villages étaient réduits en cendre, que plusieurs dizaines d’habitants étaient assassinés par des mercenaires, que plus d’une centaine d’autres personnes étaient capturées sans que l’on sache ce qu’elles devinrent et que des femmes étaient victimes de viols collectifs…

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En 2018, le crâne de Lusinga, ramené en Belgique par le commanditaire de ces crimes, se trouve conservé dans une boîte à l’abri des regards, au sein de l’Institut Royal des Sciences naturelles de Belgique (IRSNB) à Bruxelles. Il en va de même pour un deuxième crâne, celui d’un autre chef insoumis qui s’appelait Marilou. Le troisième crâne de la « collection Storms », celui d’un prince appelé Mpampa, a disparu.

Dans le cadre de l’enquête de Paris Match Belgique, la directrice de l’IRSNB, Camille Pisani s’était déjà déclarée favorable à une restitution de ces restes humains en cas de demande d’une famille congolaise apparentée. Toutefois ces crânes sont légalement la « propriété » de l’État belge dont le patrimoine est inaliénable. Le chemin d’une éventuelle restitution, une première en Belgique, passe par l’adoption de dispositions législatives spécifiques.

La Secrétaire d’Etat à la Politique scientifique du gouvernement belge ? Zuhal Demir (N-VA). BELGA PHOTO SOPHIE KIP

"Ces crânes ne sont pas des objets de musée"

Nous avons cherché à connaître la position du gouvernement belge sur ce débat à forte teneur éthique et symbolique. C’est la secrétaire d’État à la politique scientifique, Zuhal Demir (N-VA) qui est compétente dans ce dossier car elle assure la tutelle des Établissements scientifiques fédéraux dont l’IRSNB fait partie. Après avoir lu notre enquête, la secrétaire d’État nous a fait savoir qu’elle était « très choquée » par les faits d’une extrême violence qui ont conduit, in fine, à l’aboutissement de ces restes humains dans un musée en Belgique. « Nous ne sommes pas responsables de ce qui s’est passé il y a plus de cent ans, mais nous le sommes de ce que nous faisons de ces restes humains aujourd’hui », nous dit-elle, via sa porte-parole. Elle ajoute : « Clairement, ces crânes ne sont pas des objets de musée. Ce sont des restes de personnes humaines identifiées. Nous leur devons le respect. Dès lors, si une famille congolaise apparentée devait les réclamer, je serais favorable à une évolution du cadre légal afin de permettre leur restitution. » La secrétaire d’État estime enfin que si une telle restitution devait avoir lieu, elle devrait se faire dans le cadre d’une « cérémonie officielle » afin que la Belgique contemporaine témoigne d’une « attitude respectueuse » à l’endroit des familles concernées et qu’elle prenne clairement ses distances par rapport aux faits qui ont été commis.

Des descendants de Lusinga ou de Marilou se manifesteront-ils ? L’avenir nous le dira…

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