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Jean-Marc Nollet, l’infatiguable anti-nucléaire qui remet en cause la sécurité des centrales

L'écologiste est devenu expert de la sécurité nucléaire bien malgré lui. | © BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ

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Le député fédéral Jean-Marc Nollet, chef de groupe Ecolo/Groen à la Chambre, a été entendu hier par la commission d’enquête sur la sécurité nucléaire de l’Assemblée nationale française, en tant qu’expert critique dans ce domaine. 

En Belgique, il est difficile de parler de nucléaire sans mentionner Jean-Marc Nollet (Ecolo). Membre de la sous-commission sur la sécurité nucléaire au parlement fédéral, l’écologiste a été entendu hier par la commission d’enquête sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires à l’Assemblée nationale française. Son message est teinté d’inquiétudes : « Français, gare à vos centrales nucléaires ! Même si la Belgique est le pays qui connaît le plus de problème, vous n’êtes pas très différents de nous », indique-t-il à l’Obs.

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Pourquoi le député belge était-il entendu en France ? Une commission d’enquête a été mise sur pied en février dernier, notamment suite à l‘intrusion d’activistes de Greenpeace sur des sites nucléaires. Selon Jean-Marc Nollet, les lacunes en matières de sécurité sont similaires côté français et côté belge. En outre, vu la proximité entre les deux pays, un accident nucléaire belge aurait des répercussions sanitaires chez son voisin français, et vice-versa. « Même si la Belgique est le pays qui connaît le plus de problème, vous n’êtes pas très différents de nous », glisse-t-il encore à l’Obs.

« J’ai tout découvert en 2014 »

Jean-Marc Nollet s’est lâché devant l’Assemblée nationale. Et pas qu’un peu. Prolongation de réacteurs anciens, risques cyber-sécuritaires, manque de protection face aux attaques terroristes, pressions du lobby nucléaire, manque d’autonomie de l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN)… « Je pense que c’était important pour les députés français. On voit bien que les acteurs principaux en France réagissent de la même manière qu’en Belgique. Or, il faut éviter à tout prix que les erreurs qui se sont produites chez nous ne se répètent là-bas », avance-t-il.

Le 5 août 2014, le député fédéral se réveille, les yeux grands comme des soucoupes, en apprenant le sabotage sophistiqué et intentionnel de Doel 4. « Je me lève et j’apprends que quelqu’un, en interne, a vidé un bassin de 65 000 litres d’huile, qui a pour fonction de lubrifier la turbine à vapeur (l’huile est nécessaire pour limiter les frottements, étant donné la vitesse élevée de la rotation de la turbine, NdlR). Pendant 37 minutes, la turbine a tourné sur elle-même, sans huile. Résultat : elle aurait pu devenir un projectile fonçant sur le coeur du réacteur ! C’était très, très dangereux ! Heureusement, ça ne s’est pas passé comme ça mais cet incident montrait les limites de la sécurité des centrales », se remémore-t-il.

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Quatre ans plus tard, Jean-Marc Nollet estime que cet incident n’était que la pointe immergée de l’iceberg. « Évidemment, j’étais déjà familier avec la question nucléaire, pour des raisons écologiques. Mais avant cet épisode, je ne m’étais jamais penché sur le volet de la sûreté. Je partais du principe que comme le discours officiel, délivré par l’AFCN, était rassurant, il ne fallait pas s’inquiéter. Depuis, j‘en découvre quasiment tous les jours ! Et on ne peut pas dire que choses aient évolué ! Quand j’ai vu la facilité avec laquelle les équipes de Greenpeace s’étaient introduites sur les sites nucléaires… C’est hallucinant ! », s’époumonne-t-il, en pointant du doigt le discours « anesthésiant et minimaliste » de l’AFCN. « Ils jouent sur les mots. Quand on parle de fissures, par exempl, ils répondent ‘nous sommes dans un processus d’évolution permanente’… Alors, certes, il n’y a pas eu de Fukushima ou de Tchernobyl en Belgique. Mais ce n’est pas pour ça qu’on doit rester les bras croisés. Nos centrales sont situés en zone urbaine, notamment à Liège et à Anvers, où la concentration de population est dix fois supérieure à Fukushima ! ». 

 

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