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Joseph Kabila : "Vous me faites un procès ?"

Jospeh Kabila, président de la RDC en conférence de presse à Kinshasa le 26 janvier 2018. © @ Kenny Katombe / REUTERS | © AFP PHOTO / Thomas NICOLON

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Alors que la situation en RDC inquiète les pays voisins, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) s’est réunie la semaine dernière à Luanda. Au terme du sommet, les chefs d’État de la région ont salué les « progrès accomplis par la RDC ». Derrière ces encouragements de façade, les échanges se seraient en fait révélés houleux.

« Est-ce que c’est un procès contre moi ? » aurait lancé Joseph Kabila confronté à une salve de questions. « Est-ce que tu vois un juge, un procureur ici ? Non ce n’est pas un procès, mais ton pays est instable et les élections ne sont toujours pas organisées », lui aurait alors rétorqué son homologue sud-Africain Cyril Ramaphosa. Ce dernier aurait ensuite réclamé à Joseph Kabila d’organiser les élections pour fin 2018 comme il s’y est engagé. Le scrutin qui devait se tenir en décembre 2016 a été reporté à deux reprises. Joseph Kabila qui s’accroche au pouvoir depuis la fin de son deuxième mandat fixée par la constitution en décembre 2016, profitait jusque là de l’indulgence de certains voisins. En quelques mois, la donne a changé.

Le nouveau président sud-africain Cyril Ramaphosa se montre beaucoup plus ferme que son prédécesseur Jacob Zuma. Le départ du président Mugabe du Zimbabwe en octobre dernier a aussi changé l’ambiance du club très fermé des présidents d’Afrique australe. Quant au nouveau président angolais João Lourenço, il a accordé ses violons avec le Zambien Edgar Lungu et le président du Botswana Seretse Ina Khama. Aucun n’est prêt à laisser l’encombrant voisin de 80 millions d’habitants s’enliser dans le chaos provoquant un flux de réfugiés. Le bras de fer engagé par Kabila avec l’église catholique a renforcé la méfiance des chefs d’État de la région. En février dernier, le porte-parole de la majorité présidentielle congolaise André-Alain Atundu a dénoncé « la tentation (des représentants de la conférence épiscopale congolaise) de vouloir instaurer une « théologie de la démocratisation ».

©AFP PHOTO / JOHN WESSELS - Des Congolais se réunissaient en février dernier, un mois après les répressions de la police à la sortie d'une cathédrale de Kinshasa.

Moïse Katumbi présent à Kigali

Autre membre du SADC, le président du Rwanda Paul Kagamé s’est publiquement inquiété vendredi 27 avril des conséquences de l’instabilité de la RDC sur les huit pays frontaliers. Le président en exercice de l’Union africaine a plaidé pour le respect de l’accord qui prévoit le départ de Joseph Kabila et des élections en décembre 2018. Présent dans le public, le principal opposant congolais Moïse Katumbi n’a pas souhaité réagir. En sortant, il a déclaré à la presse que le principal problème de la RDC était Joseph Kabila et a promis, s’il était élu de rétablir la paix dans l’est et le nord de la RDC. La présence à Kigali de Moïse Katumbi a provoqué la surchauffe des consulats du Rwanda dans l’est du Congo. Selon un officiel rwandais, 3.600 demandes de visas auraient été demandées et un millier accordées. Des dizaines de journalistes congolais attendaient Moïse Katumbi qui ne peut pas rentrer dans son pays et dont le procès devrait se tenir ces prochains jours. Pendant  ce temps, à Kinshasa, Felix Tshisekedi organisait un meeting de précampagne, le premier autorisé par le palais présidentiel depuis qu’il a remplacé son père Etienne Tshisekedi à la tête du parti et à qui il rendait hommage en arborant une chemise à son effigie.

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Premier meeting de campagne de l'UDPS à Kinshasa

Le 24 avril, devant une foule de Kinois réunis place Sainte Thérèse et dans les ruelles adjacentes, le leader de l’UDPS exhortait les autorités à ne plus réprimer dans le sang les manifestations politiques. En rappelant son refus de l’utilisation de la machine à voter, tout comme une très large frange de l’opposition, Felix Tshisekedi a également fait part de ses doutes envers la Ceni (Commission électorale nationale indépendante). Pour couper définitivement court « aux rumeurs persistantes » autour des tractations entre son parti l’UDPS et le pouvoir au sujet du retour de la dépouille de son père au pays, Felix Tshisekedi a réitéré son message : « ni demandeur, ni preneur » d’un poste de premier ministre. Le candidat de l’UDPS ira aux élections pour la fonction suprême.

©AFP PHOTO / Junior D. KANNAH

Dans un tel contexte, l’absence de Joseph Kabila au premier sommet des chefs d’Etat de la commission climat et du Fonds bleu pour le Bassin du Congo à Brazzaville n’est pas passée inaperçue. Attendu par ses homologues de la région, et par le roi Mohammed VI du Maroc, invité d’honneur du sommet, Joseph Kabila a renoncé à traverser le fleuve qui sépare Kinshasa de Brazzaville. Le lendemain, les autorités de RDC ont exprimé leurs points de divergence en refusant de signer le projet parrainé par Denis Sassou-Nguesso, une manière de prendre ses distances avec des voisins devenus exigeants.

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