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Sahra Wagenknecht, la nouvelle gauche radicale anti-migrants et pro-russe

Sahra Wagenknecht

La coprésidente du groupe Die Linke mise sur la préférence nationale. | © Tobias SCHWARZ / AFP

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Sahra Wagenknecht est une figure de la gauche allemande. Elle lance un nouveau mouvement politique qui rêve de durcir la politique migratoire en Allemagne. Et voler des voix à l’extrême droite.

« Ce sont des gens qui sont malheureux, en colère, ils se sentent défavorisés. Et apparement nous ne leur parlons plus. » Sahra Wagenknecht, icône de la gauche radicale allemande, veut désormais s’adresser à ceux laissés pour compte. Cheffe du parti Die Linke, elle lance aujourd’hui une nouvelle formation politique favorable à un contrôle plus strict de l’immigration. A 49 ans, elle bouscule l’échiquier politique.

En 2015, l’Allemagne a accueilli un million de réfugiés. Mais depuis quelques années, le pays doit faire face à la monté du nationalisme. Comme à Chemnitz où plusieurs milliers de manifestants se sont réunis fin août. L’AfD, parti de droite dure et anti-migrants, est l’une des principales forces d’opposition à la chancelière Angela Merkel. Pour relancer la gauche, Sahra Wagenknecht a créé ce mardi, contre l’avis de son parti Die Linke, son propre mouvement. « Aufstehen! »  (« Se lever » ) s’inspire des mouvements de gauche radicale européens comme Podemos en Espagne, le Mouvement 5 Etoiles en Italie ou encore la France Insoumise de Mélenchon.

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Sahra Wagenknecht veut ainsi contrer l’AfD en siphonnant les voix des déçus de la politique de Merkel et contrer la droite sur son propre terrain. Son programme : renforcer les services publics, taxer les multinationales, augmenter les salaires, mais aussi durcir la politique d’accueil des migrants. « Bien sûr que la question des réfugiés a joué un rôle central pour ceux qui nous ont quitté pour l’AfD. Nous ne pouvons pas le nier » explique-t-elle. Sahra Wagenknecht occupe une place à part dans la politique allemande. 

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Bernd von Jutrczenka/dpa

Une femme qui dérange

Omniprésente dans les talk-shows télévisés, Sahra Wagenknecht est très exposée médiatiquement, ce qui fait grincer des dents même au sein de sa formation polilique. Solitaire, elle a tracé sa voie et refuse d’entrer dans une case. Cette Allemande de l’Est née d’une mère artiste et d’un père iranien a toujours détonné. A 4 ans, lorsque les autres jouent, elle apprend seule à lire et à écrire. « Simplement jouer dans le bac à sable, je trouvais cela ennuyeux (…) J’étais une enfant qui aimait la solitude », explique-t-elle au journal Taz.

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Malgré ses brillantes notes, elle se voit refuser l’autorisation d’étudier par le régime communiste, considérée alors comme trop rebelle par le régime. Elle est orientée vers un emploi de secrétaire à l’université, afin d’apprendre à « se plier à la collectivité ». Elle se plonge alors dans les livres philosophiques et dévore Aristote, Hegel, Goethe et Marx. Elle obtiendra son doctorat en sciences économiques à force d’obstination à 43 ans. Sahra Wagenknecht peut compter sur son caractère bien trempé, son verbe mordant et surtout sur le soutien indéfectible de son conjoint, Oskar Lafontaine. A deux, ils forment le couple le plus politique d’Allemagne. Oskar Lafontaine, ancien ministre, est un membre fondateur et ancien coprésident de Die Linke. 

Un projet qui divise la gauche

Mais ses positions anti-migrants ne font pas l’unanimité au sein de sa famille politique. Sahra Wagenknecht a été sifflée lors du congrès de son parti Die Linke en juin. « Ceux qui abusent du droit d’hospitalité perdent ce droit à l’hospitalité », avait-elle déclaré à propos des viols commis à Cologne par des hommes originaires pour la plupart d’Afrique du Nord, tranchant avec le discours en vigueur du parti. En 2016, elle avait déjà été entartée par un militant antifasciste. Et après l’attentat à Berlin revendiqué par l’Etat islamique, elle avait dénoncé « l’ouverture incontrôlée des frontières », suscitant des réactions indignées à gauche. Sa ligne pro-russe dérange aussi.

Mais Sahra Wagenknecht se soucie peu des critiques, même celles venant de son propre camp. Et fait le pari de réussir à rassembler les citoyens séduits par un discours ferme sur l’immigration et préoccupés par la question sociale.

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