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Voici les duels politiques les plus prometteurs de l’année !

Di Rupo/Hedebouw, Maingain/Michel, Lutgen/Khattabi,Dupriez... Les confrontations annoncées !

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Les élections 2018-2019, des communes au niveau fédéral en passant par les Régions, seront l’occasion d’homériques confrontations, souvent inattendues.

En Belgique, les couples d’ennemis politiques ne tombent pas nécessairement sous le sens. La confrontation entre la gauche et la droite ? Pas si sûr. Ce ne sera qu’une partie (infime) de la réalité. Car chacun voudra d’abord gagner dans son propre pré carré.

Elio Di Rupo (PS)/
Raoul Hedebouw (PTB)

Le week-end dernier, le PS s’est métamorphosé en girouette. Le président avait commencé par une formule laissant penser que le rouge et le bleu sont décidément de moins en moins incompatibles : l’espace qui le sépare du MR pouvait du jour au lendemain passer du « gouffre au petit trou ». Son homologue libéral ne partageait pas la même pensée géologique : le lendemain, il prônait la reconduction du gouvernement Michel. Olivier Chastel flatte le cdH. Elio Di Rupo n’est pas vraiment remercié pour son ouverture. Paul Magnette, bourgmestre de Charleroi, avait pourtant suivi instantanément son président sur cette ligne.

Du coup, Elio Di Rupo tente de changer de discours : va pour une alliance du progrès avec DéFI et Ecolo. Pourquoi ce changement de cap en 48 heures ? Pour donner l’impression de garder la main, pour rassurer sa gauche. Ou, plutôt, pour reconquérir la gauche. Car dans cette proposition de majorité future, il y a un grand absent : le PTB. Elle est aussi là, la manœuvre. Elle n’est pas tant une réponse au MR. Elle est un lynchage des communistes. Ne pas les récupérer signifie à l’opinion que la gauche radicale est vraiment inutile. Elle ne veut pas gouverner ? Qu’elle se rassure ! Les socialistes en tiennent compte pour ne plus les prendre en compte et, dès lors, voilà le vote le plus inutile qui soit, cher peuple de gauche et d’ailleurs : votez PTB = votez pour la planète Mars.

Elio Di Rupo le sait. Avant de peser sur les futures coalitions gouvernementales, il lui faudra en découdre avec le sympathique Raoul Hedebouw. Leur mano a mano vaudra la peine d’être vécu. La droite pourra même dormir tranquille. Le PS va devoir récupérer le terrain perdu suite aux scandales Publifin et du Samusocial. Des cohortes de socialistes ont répondu aux sirènes de la radicalité, à croire les sondages. L’enjeu est majeur, vital pour la maison socialiste.

La droite pourrait-elle du coup dormir tranquille ? Le MR sera malgré lui pris en otage. Ce sera à celui qui utilisera les mots les plus durs contre lui pour montrer qu’il est la gauche la plus vertueuse.

La (re)conquête des « progressistes » se déroulera sur le champ de bataille de la gauche, sans quartier, sans retenue. Avec un général quelque peu émoussé par le temps côté PS, avec un adjudant jeune et vaillant côté « cocos ». Cette donne est d’ailleurs un grand changement de prisme pour les électeurs et pour Elio Di Rupo lui-même. Ses supporters, eux, se convainquent qu’il en a déjà tellement vu d’autres que tout est possible.

Olivier Maingain (DéFI)/
Charles Michel (MR)

A vrai dire, la mécanique quasi identique peut être décodée dans la stratégie d’Olivier Maingain. Vous croyez que le président de DéFI attaque sans cesse le président de la N-VA ? Vous imaginez qu’il plante tous les soirs des épingles dans la poupée symbolisant Bart De Wever ? Vous avez trop d’imagination. Si les nationalistes flamands sont en partie un prétexte, ils sont surtout une planche non pas tant de salut doctrinale, mais très utile pour taper sur le Premier ministre.

Chaque jeudi que la démocratie fait, le président des amarante intervient au Parlement pour conspuer les dérapages de Theo Francken et en conclure que, vendu au diable, Charles Michel a perdu toutes ses valeurs en couvrant systématiquement son secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration. Réaction du Premier ministre ? Le silence, le plus souvent.

Olivier Maingain tape toujours sur le même clou. Il permet de fixer le cadre contre la N-VA et perfore la carapace du MR. Ce parti avec lequel il a été marié durant de si longues années. Ce parti auquel il veut faire mordre la poussière, comme il y est parvenu en l’excluant du gouvernement bruxellois. Sa haine est corse par rapport à Charles Michel. Il ne le lâchera pas. Avec comme étendard le libéralisme social, il espère encore pomper des voix libérales, y compris en Wallonie.

Pour l’heure, Charles Michel tente d’éviter ce duel, fruit d’un divorce plutôt raté pour les bleus, plutôt réussi pour les amarante, puisqu’il a permis à Olivier Maingain de renaître politiquement et de devenir une des personnalités préférées des francophones.

Donc ? Les anciens époux s’enverront inévitablement encore des vases à la figure. Le MR ne peut laisser la situation en l’état au risque de perdre encore de son influence, surtout dans la capitale du pays. Il y voit, en outre, une OPA de DéFI sur le libéralisme social. Attaquer la doctrine d’un adversaire ne reste jamais sans réponse. Les répliques sont alors souvent carnassières.

 Benoît Lutgen (cdH)/
Zakia Khattabi et Patrick 
Dupriez (Ecolo)

Leur lutte se déroule le plus souvent à fleurets mouchetés. Leur public cible est plus ou moins le même : les enseignants et le monde associatif. Ils se concurrencent tout en gardant des liens privilégiés, des fois qu’il faille se retrouver dans une majorité, car fondamentalement rien n’est insurmontable entre eux. A une certaine époque, et parfois encore récemment, certains de leurs leaders s’interrogeaient sur le bien-fondé d’une alliance structurelle. C’est dire. Ecolo-cdH, je t’aime, moi non plus…

Aujourd’hui, les situations politiques de l’un et l’autre sont diamétralement opposées. En débranchant la prise des coalitions bruxelloises et wallonnes le 19 juin 2017, Benoît Lutgen a pris le risque de se couper des socialistes pour un bon bout de temps. A Charleroi et à Liège, il pourrait voir les premiers signes de la vengeance par l’éviction de ses troupes des collèges échevinaux. Il s’est donc isolé. Au contraire, Ecolo est courtisé par tous.

D’autant plus qu’Olivier Maingain aime toujours rappeler sa propre cohérence et fidélité aux accords, comme pour mieux stigmatiser le coup de Jarnac du cdH. En un peu plus d’un an, on ne peut pas dire que l’eau a coulé sous les ponts. La mousse de l’amertume colle aux quais du fleuve politique. Quand Elio Di Rupo souhaite remplacer les orange dans les majorités par les verts, il ne fait que refléter l’été 2017. Ecolo n’avait pas répondu à l’appel de Benoît Lutgen pour évincer le PS et, à cette occasion, s’était rapproché de Défi et des socialistes.

Donc, non seulement Ecolo a (re)pris une partie de l’électorat du cdH, mais il se pose en alternative pour occuper le pouvoir. L’enjeu pour Benoît Lutgen est de couper l’herbe sous le pied des verts dans cette double dimension, avec une double présidence Zakia Khattabi et Patrick Dupriez. Quand on connaît un peu le président des humanistes, le corps-à-corps devrait être pétaradant.

Bienvenue en campagne électorale. Ça commence maintenant !

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