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Gilles Lellouche : « Les perdants, les vainqueurs, pour moi ça n’existe pas »

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Pour sa première réalisation Le Grand bain, le comédien Gilles Lellouche a synchronisé des stars venues de toutes les familles du cinéma français. Extraits de son grand entretien dans Paris Match.

 

Paris Match. Cette idée de film vous trotte dans la tête depuis cinq ans. Qu’est-ce qui a déclenché votre envie ?
Gilles Lellouche. D’abord, l’impression de vivre une époque qui fabrique un peu d’amertume. Le sentiment d’un manque d’espoir et d’énergie. Et puis, j’ai des amis avec qui j’étais au Cours Florent à 20 ans et qui, vingt ans plus tard, ne parviennent toujours pas à vivre de leur métier. Qu’est-ce qu’on raconte à sa femme et à ses enfants quand on a tout misé sur le rouge et que le noir est sorti ? Autre chose : j’ai vu, dans des restaurants, des gens dîner seuls et vivre par procuration la vie des autres à côté. Mes personnages, cabossés, dépressifs, endettés, marginaux, paumés, sont nés de l’abyssale solitude créée par notre société quand on ne réussit pas dans la norme.

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Pourquoi les avoir plongés dans le grand bain de la natation synchronisée ?
Cela représentait tout ce que je cherchais. Une chaîne humaine, une activité assez désuète, qui allait les marginaliser un peu plus et les déviriliser. La piscine, symbole très maternel, est un cocon où l’on est à l’abri du jugement des autres. Se jeter dans le grand bain, pour ces hommes, signifie ne plus perdre pied, sortir la tête de l’eau ensemble. On a tous besoin d’une médaille. Cela signifie un nouveau regard sur soi, une caresse, un peu d’amour. De la reconnaissance pour rebondir.

Déviriliser ces hommes pour dire quoi ?
J’en ai marre de cette mini-guerre des sexes à laquelle on assiste, même si elle a mille raisons d’exister du côté des femmes que je soutiens sans réserve. Tous les mecs ne parlent pas que de cul et de foot. Nombre d’entre eux sont plus féminins et sensibles qu’on ne le pense. Je voulais évoquer les failles et les fragilités de l’homme contemporain, de son droit à être abîmé, imparfait, sans tablettes d’abdos, avec des poils sur les épaules et éventuellement sans Rolex avant 50 ans.

(…)

Je n’ai aucun talent pour la solitude.

Vos personnages sont de vrais losers. Est-ce un qualificatif qui vous convient ?
Pas du tout. Les perdants, les vainqueurs, pour moi ça n’existe pas. J’ai beaucoup plus appris en échouant. Il faut se méfier du succès. Il endort, il anesthésie. Un artiste doit rester fâché, énervé. Il ne doit pas s’embourgeoiser. Et il faut toujours laisser parler l’enfant qui est en nous. “Quand vas-tu te décider à te comporter comme un adulte ?” est la phrase la plus conne que j’aie jamais entendue.

Dans le film, le partage procure du réconfort. L’avez-vous vécu ?
J’existe à travers le vivre-ensemble. Je n’ai aucune aptitude, aucun talent pour la solitude. J’aime être entouré. Cela me nourrit, me rassure, me console. J’ai du mal à admettre qu’on puisse laisser ses parents mourir dans un coin. Mon père est parti en famille.

Retrouvez la suite de ce grand entretien et des photos exclusives dans le prochain Paris Match Belgique, disponible en librairie dès ce jeudi.

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