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Marche blême pour Victor Hissel

Victor Hissel en 2010

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La série noire se poursuit pour Victor Hissel : début du jugement en correctionnelle de l’avocat le 1er février prochain. L’ancien défenseur des familles de Julie et Mélissa est accusé d’attentat à la pudeur.

Plus on s’élève, plus dure est la chute : nul doute que l’adage résonne douloureusement aux oreilles de Victor Hissel. Entre rumeurs, accusations et condamnation, l’ancien chevalier blanc semble être au cœur d’une série noire qui ne fait pas mine de s’arrêter.  Dernier rebondissement : son renvoi en correctionnelle, avec un débat sur le fond planifié pour le premier février. Habitué de la piscine d’Herstal, qu’il fréquente depuis des années, il est en effet accusé d’y avoir commis un attentat à la pudeur sur une nageuse de 26 ans. Selon cette dernière, Victor Hissel aurait profité d’une collision dans le bassin pour se livrer à des gestes déplacés, faits que l’avocat nie avec véhémence. Assez pour éviter que sa réputation prenne définitivement l’eau ?

Nage en eaux troubles

Mars 2016, piscine d’Herstal. Malgré le malaise de certains parents de nageurs, qui avaient confié en 2013 être dérangés par la proximité de leurs enfants avec Victor Hissel, ce dernier effectue ses longueurs à son habitude. Jusqu’à perdre pied ? C’est en tout cas ce qu’avance une nageuse, qui accuse l’avocat de s’être rendu coupable de gestes déplacés envers elle, et a porté plainte à la police.

La rançon de la gloire selon Adrien Masset, l’avocat de Victor Hissel.  « Mon client est fatigué de toutes ces procédures, d’autant qu’il ne s’est absolument rien passé. On lui fait un mauvais procès à cause de son nom. S’il s’était agi de n’importe qui d’autre, l’affaire aurait été classée directement, mais comme c’est Victor Hissel, il a eu droit à un traitement privilégié » souligne, pince-sans-rire, Maître Masset.

Un traitement VIP dont son client se serait bien passé : privé de liberté, Victor Hissel a été présenté au juge d’instruction, qui l’a libéré sous conditions strictes.
Notamment l’obligation de se faire soigner.  A l’approche du procès, Adrien Masset garde la tête froide : « je vais plaider l’acquittement avec vigueur, et j’ai tous les éléments pour le faire. Mon client nie totalement les faits qui lui sont reprochés. Il avait déjà eu des soucis avec le père de la plaignante, qui l’avait interpellé à la piscine, et ce que cette jeune femme dénonce est contraire à la vérité ». Ce sera au tribunal correctionnel de Liège d’en juger.

Le chevalier déchu

La Cour d’appel de Liège, elle, a déjà tranché. Février 2008, raz-de-marée : Victor Hissel apparaît dans une enquête internationale visant à démanteler des réseaux de pédophilie. Ceux-là même que Victor Hissel a dénoncé avec vigueur à l’époque de l’affaire Julie et Mélissa, fier chevalier blanc de leurs parents, aux côtés desquels il défendait la thèse du complot policier.
Il est désormais passé du côté de l’accusé, après que des images pédo-pornographiques aient été découvertes sur son ordinateur. Des images « relatives à des dossiers sur lesquels il aurait travaillé ». Un argument balayé par la justice, qui le condamne à dix mois de prison avec sursis. Avant même la prononciation du jugement, il est déjà trop tard : la justice populaire a mis à mort l’image du chevalier blanc depuis longtemps.

Devoir de mémoire

De l’affaire Julie et Mélissa restent aujourd’hui encore des visages gravés dans les mémoires. Ceux, souriants, des deux fillettes, photographiées au temps de l’innocence. Les yeux hagards de leurs parents, perclus de douleur et d’incompréhension. Et puis la courageuse détermination de trois hommes, le Procureur Bourlet, le Juge Connerotte et Maître Victor Hissel. Le grand public belge découvre ce dernier à l’été 96, au côté des parents des disparues, dont il semblera un temps être le plus fervent défenseur. Fougueux, passionné, il fait des médias son prétoire et sa sentence est sans appel : « Julie et Mélissa sont les victimes de la pédophilie organisée. C’est la pédophilie qui a tué nos filles, mais également l’incroyable magnanimité que lui manifestent ceux qui ont pour mission de protéger nos enfants ». En mars ’98, Victor Hissel abandonne la défense des parents, se disant victime de pressions et de manipulations.

Avant d’abandonner leur mémoire ?

Septembre 2010, Pascal Vrebos reçoit Victor Hissel pour sa séquence « Les yeux dans les yeux ». L’avocat a troqué son t-shirt de la marche blanche pour une chemise bleue. L’heure n’est plus aux envolées mais aux aveux. Inconscience, égarement ? L’avocat insiste : «  je n’ai pas trahi Julie et Mélissa. C’est un combat que j’ai mené de façon tout à fait sincère à l’époque, c’est quelque chose, je crois, que l’on ne pourra pas m’enlever. Reconnaissant avoir déçu beaucoup de gens, Victor Hissel tient à « dire pardon à tous ceux que j’ai pu décevoir : les parents des enfants disparus, ma famille, mes enfants, mes amis. Je ne peux pas vous donner d’explication. Je réfléchis et je cherche. Le principal, c’est que je suis tombé mais je me suis relevé ». Avant de trébucher encore ? Réponse en février.

Chronologie

Août 1996: La Belgique découvre Me Victor Hissel au côté des parents de Julie et Mélissa, qu’il va défendre bec et ongles, devenant un des visages de la lutte contre la pédophilie.
Mars 1998 : Victor Hissel abandonne la défense des parents, se disant victime de pressions et manipulations.
2002 : Victor Hissel se retire définitivement du dossier Julie et Mélissa.
Février 2008 : L’avocat apparait dans une vaste enquête internationale pour des faits de pédophilie. Il est accusé de détention d’images à caractère pédopornographique.
Mai 2011 : Victor Hissel est condamné à une peine de 10 mois de prison avec un sursis de cinq ans pour détention d’images pédopornographiques.
2012 : Victor Hissel est radié par ses pairs.
2013 : Le conseil de discipline d’appel transforme la radiation de Victor Hissel en suspension d’un an, dont la moitié avec un sursis de 5 ans.
Mars 2016 : Victor Hissel est inculpé d’attentat à la pudeur et laissé en liberté sous conditions après qu’une nageuse de la piscine d’Herstal l’ait accusé d’attouchements.
1er février 2017 : début de la procédure en correctionnelle concernant les accusations d’attentat à la pudeur proférées à l’encontre de Victor Hissel.

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