Dancer : gros plan sur le bad boy du ballet, Sergueï Polounine

Sergueï Polounine, entre ténèbres et sommets | © Belga

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Tatouages, drogues, sautes d’humeur : le prodige ukrainien de la danse classique, Sergueï Polounine, a tout du black swan du monde très fermé du ballet. Dans un documentaire qui lui est dédié, Dancer, il revient sur ses démons et son parcours exceptionnel. 

En juin 2010, à tout juste 20 ans, Sergueï Polounine est devenu le plus jeune danseur étoile de l’histoire du Royal Ballet. Une nomination qui a fait couler autant d’encre que son départ fracassant, un an et demi plus tard, à une semaine de la première de « The Dream », dont il tenait le rôle principal.
Une décision qu’il qualifie aujourd’hui de « précipitée », déclarant qu’à l’époque, il manquait de lucidité.

Rédemption publique

Acclamé par la critique et le public, Sergueï Polounine a récemment prêté sa technique de haute volée à David LaChapelle. Le résultat : 4 minutes et 7 secondes envoutantes de pirouettes et de grand jetés au son de Take Me to Church de Hozier, visionnées plus de 18 millions de fois sur Youtube. Une chanson qui évoque la rédemption, et dont les paroles ne manquent pas de faire écho au parcours troublé de l’enfant terrible du ballet.

La vidéo de Sergueï Polounine & David LaChapelle

L’artiste a dansé avec ses démons pour David LaChapelle | © Belga

La course aux étoiles

Né d’un ouvrier et d’une mère au foyer à Kherson, en Ukraine, Sergueï Polounine a commencé le ballet à l’âge de trois ans. Installation à Londres à 13 ans, intégration du Royal Ballet à 17 ans et promotion trois ans plus tard au rang de danseur étoile : une carrière modèle. Jusqu’à son départ abrupt, en 2011. Motif invoqué : « l’artiste en moi se mourrait » .

Danser à perdre la raison

Derrière les déclarations choc, la vérité d’un milieu sans concessions, où il s’agit de sans cesse repousser ses limites et de pousser son corps dans ses derniers retranchements. Les muscles endoloris, les pieds déformés, les critiques du public, la compétitivité entre danseurs. Tout donner, jusqu’à en perdre la raison : un sacrifice incarné à merveille par Nathalie Portman dans Black Swan.

Sergueï Polounine a senti l’artiste en lui mourir et a préféré s’éloigner du monde du ballet | © Belga

Artiste engagé

Si Sergueï Polounine n’a pas sombré dans la psychose, il avoue avoir eu peur de se perdre. Et se bat aujourd’hui pour que d’autres ne doivent pas passer par là. « Je voudrais que les danseurs soient mieux traités, soutenus, qu’ils aient des managers, des agents. C’est la seule forme d’art qui ne dispose pas d’un système de soutien digne de ce nom » a-t-il ainsi déclaré à l’AFP.

Dans les coulisses du ballet

En attendant, il lève le voile sur sa carrière et sur les sacrifices inhérents au ballet dans Dancer, le documentaire de Steve Cantor qui lui est consacré. De la naissance d’un prodige, à sa déchéance, en passant par sa renaissance avec Take Me To Church : Steve Cantor emmène le spectateur derrière le rideau rouge.

Un documentaire qui lève le voile sur le ballet | Facebook @Steve Cantor

L’amour du métier

Sergueï Polounine, lui, n’est plus si sûr de vouloir abandonner pour toujours le ballet. Désormais heureux en amour avec la ballerine russe Natalia Osipova, il affirme qu’elle lui a rendu le goût de la danse classique. Et qu’importe si son Projet Polunin, qui a vu Natalia et Sergueï rassemblés sur scène pour danser Icarus n’a pas séduit les critiques le week-end dernier. Le rebelle ukrainien a retrouvé sa liberté de créer : il est libre, Sergueï.

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