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Purple Fam : en coulisses de l’addiction d’un fan de Prince

Raphaël Melki est un fan de la première heure et a consacré 30 ans de sa vie à Prince. | © DPA

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De jour, Raphaël Melki est responsable d’une agence de communication digitale parisienne. Le reste du temps, il se consacre à une passion qui le dévore depuis 30 ans : Prince. Une véritable addiction auquel il a consacré un livre, Purple Fam. 

Raphaël Melki n’est pas très friand du mot « fan ». Suivant l’exemple de son idole, il préfère qualifier la communauté auquelle il appartient de « fams ». Car c’est bien d’une famille qu’il s’agit, unie non pas par les liens du sangs mais par une passion commune pour Sa Majesté Pourpre, Prince Rogers Nelson himself. Au-delà de la musique, des posters et des concerts, une addiction qui dévore Raphaël depuis 30 ans maintenant. Une expérience qu’il a choisi de raconter dans un ouvrage sorti la semaine dernière aux éditions Renaîssance du Livre. Entre récit-autobiographique et hymne à la gloire de Prince, Purple Fam est aussi une manière pour Raphaël de faire son deuil d’un artiste qui lui a tant apporté.

Naissance d’une passion

Paris, les années 80. Un compositeur-interprète malingre venu de Minneapolis affole les amateurs de funk et de soul avec sa musique hybride aux accents pop. Raphaël Melki, lui, n’est pas séduit. En plein dans les années Thriller, il se prosterne à l’autel de Michael Jackson et croit avec la candeur de l’enfance à la pseudo-rivalité entre le prince de la pop et Prince. « J’ai bêtement suivi ce que les médias disaient et j’ai décrété que je n’aimais pas la musique de Prince. Mon père a acheté l’album Purple Rain et ma mère m’a emmené voir le film. Ils ont fait ça innocemment, mais ça m’a permis de plus m’intéresser à ce que Prince faisait ». Jusqu’à la révélation : « en ’86, je suis allé voir Prince en concert. C’est là que je suis passé du statut d’auditeur lambda à celui de fan ».

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Un ouvrage pour se raconter, raconter Prince, et parvenir à surmonter son décès ©  Renaissance du livre

Expérience mystique

Une première fois inoubliable, dont Raphaël parle encore 30 ans après d’un ton exalté. « C’était mon premier concert, l’excitation de la musique live, les lmumières qui s’éteignent, l’artiste des posters qui se matérialisent. Et puis surtout, c’était la découverte du côté bête de scène de Prince. Un virtuose, un chef d’orchestre incroyable, avec une manière d’interprèter ses titres pour les sublimer en live. Je me suis laissé emporter dans quelque chose de l’ordre du mystique ».

Addictif

Et pour entretenir la magie, Prince ne manquait pas de générosité envers ses fidèles. « Prince sortait des albums fréquemment, ce qui était une vraie aubaine pour nous. Quand on aimait sa musique, on avait toujours quelque chose de nouveau à écouter. Le plaisir était sans cesse nourri, et c’est comme ça qu’on devient accro. En plus de la qualité de ses prestations scéniques, c’est un artiste qui tournait tout le temps. Quand on lui était fidèle, on n’avait pas beaucoup de raisons de se détourner de lui parce qu’il y avait toujours quelque chose de nouveau à écouter ».

Expérience mystique, bête de scène : Prince suscitait fascination et admiration chez ses « fams » ©  Belga

Amputation

Jusqu’aux derniers jours : Prince est mort le 21 avril dernier, en pleine tournée. « L’annonce de sa mort a été horrible. Le chagrin n’est pas immédiat, c’est l’incompréhension qui vient d’abord. La stupéfaction a vite laissé place à un vide immense, parce que même si on n’écoute pas l’artiste tous les jours, cela reste quelqu’un à qui on pense fréquemment. Et puis tout à coup, l’artiste disparaît. C’est comme si on était amputé d’un membre : une partie de nous n’est plus là ». Avec toute l’incompréhension que cette douleur suscite. « Il y a énormément d’ouvrages qui abordent la mort d’un parent, d’un ami,… Quand quelqu’un arrive au bureau le lendemain de la mort de Prince et qu’il dit « ne me passe pas d’appels aujourd’hui, je ne sais pas si je vais tenir le coup, je suis dévasté », les gens ne comprennent pas. C’est ça qui a été le catalyste de mon livre, l’envie de partager, d’expliquer. De panser les blessures laissées par son décès, aussi ».

Irremplaçable

Un livre qui aborde le statut de fan ( « il faut faire la part des choses et ne pas prendre les caricatures, être fan n’est pas forcément pathologique » ), les liens qui se tissent ( « je tiens un Schkopi.com, unsite dédié à Prince, et c’est une vraie agence matrimoniale ! » ), et puis Prince, toujours : « Prince est irremplaçable. Il n’y a pas de relève, personne ne joue dans la même catégorie de lui. Son absence cause une peine colossale ».

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