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Enquête, doutes et regrets : confessions d’un membre de Publifin

Les lampistes craignent d'être les seuls à être punis par la commission d'enquête | © Belga

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Comment vit-on le fait de voir son nom et sa réputation trainés dans la boue ? Les membres du comité de secteur étaient-ils au courant d’éventuelles pratiques frauduleuses ? Confessions sans langue de bois d’un élu pris au coeur de la tourmente Publifin.

Enquête en cours oblige, il témoigne sous couvert d’anonymat. Mais certainement pas en pratiquant la langue de bois. Appellons le D. Comme les autres membres des comités, D. a été désigné par son parti pour siéger au sein de Publifin. une affectation dont il s’est réjouit, le domaine d’activité de l’intercommunale correspondant parfaitement à son activité professionnelle. La rémunération ? « Je n’étais pas au courant du montant de la rémunération avant de le recevoir sur mon compte. On a lu n’importe quoi dans les médias, mais les chiffres diffusés étaient en brut. En net, on tournait autour des 800 € par mois, une rémunération normale pour une intercommunale » .

Des chiffres fallacieux

Bien loin, en tout cas, des centaines d’euros de rémunération à la minute évoqués. Selon D., « les chiffres ne correspondaient pas au vrai travail fourni. On a parlé de 500 € la minute… C’est complètement faux, et beaucoup trop beau pour être vrai ! » . La vérité ? D. insiste, tout s’est fait dans le respect de la légalité. « Les rémunérations des intercommunales doivent respecter un décret datant de 2007, et c’était le cas ici. Tout était parfaitement légal, et à l’époque, personne ne s’offusquait des montants » . Ce qui n’a pas empêché certains, à l’image de Claude Emonts, d’affirmer avoir toujours été « dérangés » par les montants perçus.

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Claude Emonts ne s’est pas attiré la sympathie de ses pairs lors de ses sorties au moment des révélations © Belga

Le bal des hypocrites

La réaction de Claude Emonts ? « Un rôle de vierge effarouchée ». D., lui, a fait le gros dos. Passé le premier choc, et trois jours à se terrer chez lui, la vie a continué. « Quand on fait de la politique, on doit être préparé à ce genre de polémique ». Même si rien ne peut préparer à l’isolement ressenti : « on n’a reçu aucune guidance en interne. Les partis sont gênés, parce qu’au-delà de Publifin, c’est tout le fonctionnement politique qui est remis en cause. Ils font semblant de faire toute la transparence en commission d’enquête, mais en vrai, c’est le bal des hypocrites ».

Trop de talent pour la politique

Parmi les invités du bal, André Gilles, qui a fait parler de lui avec son certificat médical brandi in extremis au moment d’affronter la commission d’enquête. « Son problème, c’est qu’il récolte le manque de pédagogie par rapport au projet industriel mené. On n’a pas expliqué suffisamment au citoyen à quoi servait Nethys, or le projet a été extrêmement bénéfique pour la région liégeoise ». Des bénéfices que D. attribue en partie à Stéphane Moreau. « Il a une vraie vision à long terme pour l’industrie liégeoise. Ce qu’il a fait de l’ALE, qui n’était avant lui qu’une entreprise poussièreuse, est bluffant. C’est quelqu’un qui a beaucoup trop de talent pour faire de la politique ».

Stéphane Moreau aurait « trop de talent que pour faire de la politique » © Belga

Jeter le bébé avec l’eau du bain

Un système politique en pleine tourmente, sur lequel D. porte un regard désabusé. « Faire de la politique est une passion, mais aussi un sacrifice, il ne faut pas compter ses heures. En ce moment, sous couvert de transparence absolue, on est en train de jeter le bébé avec l’eau du bain. Il risque d’y avoir des problèmes, parce que si toutes les pratiques deviennent cadenassées, c’est ouvrir la porte à de la corruption pure et dure, ce qui est beaucoup plus dangereux ».

Injustice

Le seul danger qui menace D. pour le moment : l’issue de la commission d’enquête. En marge de la commission, D. a également été auditionné par la police en tant que témoin d’éventuelles pratiques frauduleuses, et tient à saluer la neutralité et le respect de la présomption d’innocence de ceux qui l’ont interrogé. Contrairement à la commission d’enquête, plus offensive, et à laquelle il imagine deux dénouements possibles. « Soit la commission d’enquête va vouloir faire tomber des têtes, et tout faire payer aux lampistes, soit il va y avoir des réformes en profondeur. Il ne faut pas oublier que c’est le Parlement wallon qui a prolongé les comités de secteur… Si on ne fait payer que les lampistes, c’est une forme d’injustice ».

Vers une refonte du système ? Ce sera à la commission d’enquête de trancher © Belga

Expérience de vie

En attendant le verdict, D. fait déjà son mea culpa. « Il faut reconnaître que les comités de secteur n’ont pas bien fonctionné. On aurait dû se réunir plus souvent, et remettre plus d’avis, mais ce n’était pas la philosophie du président. Il ne s’agit pas de se positionner en victimes, nous avons été acteurs du comité, mais il aurait fallu être plus vigilants ». Une erreur que D. ne commettra pas deux fois. « L’affaire Publifin a été une véritable expérience de vie. Ne pas tirer d’enseignements de ce qui s’est passé, ce serait une erreur ».

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