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Jean-Pierre Pernaut : « Je peux me considérer comme guéri de mon cancer »

Jean-Pierre Pernaut

Jean-Pierre Pernaut dans son bureau à TF1, le 12 novembre 2018. | © Le Parisien / MAXPPP

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Oublié le cancer de la prostate, le présentateur du JT le plus populaire de France a repris ses projets et sa vie sur les chapeaux de roue. Interview exclusive. 

 

Paris Match. Vous avez subi, à l’automne dernier, une opération pour un cancer de la prostate. Quatre mois après votre retour à l’antenne, comment allez-vous ?
Jean-Pierre Pernaut. Je vais bien. La forme revient. Je n’irais pas encore faire un footing tous les matins, cela dit je n’en faisais pas non plus avant. Je plaisante, mais il s’agissait d’une opération lourde, même si elle s’est très bien déroulée. Et je ressens encore un peu les effets de l’intervention et de l’anesthésie. Le médecin m’a affirmé que je pouvais me considérer comme guéri. J’ai eu la chance d’avoir été détecté, opéré à temps. Par chance, encore, je n’ai pas eu besoin de traitement après : cette opération a éliminé la bête.

Votre médecin vous a-t-il conseillé de lever un peu le pied ?
Je me suis arrêté deux mois, lui aurait préféré que j’en prenne trois. Impossible de faire autrement quand on est passionné.

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Comment vous êtes-vous rendu compte que vous étiez malade ?
J’ai passé un examen de routine, pas très agréable, chez mon urologue, comme tous les hommes devraient le faire plus souvent. Quarante pour cent d’entre eux sont atteints par cette maladie, 10 % seulement en meurent. J’en parle pour cette raison, pour informer. Pendant longtemps, les femmes n’évoquaient pas leur cancer du sein, ce qui compliquait le dépistage. Le cancer de la prostate touche les hommes plus que celui du sein les femmes, et il demeure un tabou. Parce qu’il est mal placé, sûrement, et qu’il atteint la virilité masculine.

« Je trouve que d’évoquer une “longue maladie”, c’est ridicule et plus angoissant, finalement »

Quand on vous délivre le diagnostic, comment réagissez-vous ?
C’était le 10 juillet 2018, jour de la demi-finale de la Coupe du monde. Nous avons consacré une belle partie du JT à cet événement, en nous amusant beaucoup… Nathalie, mon épouse, qui a eu affaire à un cancer beaucoup plus grave que le mien – une leucémie foudroyante – et qui s’est beaucoup battue, m’a aidé à accepter et à relativiser. Elle m’a tout de suite rassuré : « On va le soigner, ce cancer ». Elle a écrit un livre, Le cancer en face, elle a aidé d’autres personnes à l’affronter.

Le mot fait peur…
Je trouve que d’évoquer une « longue maladie », c’est ridicule et plus angoissant, finalement. Alors, d’accord, vous avez un cancer. Et vous vous retrouvez seul devant un médecin. Je me suis posé de nombreuses questions dont la plus importante : y a-t-il des métastases ? Il se trouve que, dans mon cas, c’était simple. Mais, franchement, je n’ai jamais eu peur, grâce encore aux multiples discussions que j’ai pu avoir avec mon épouse.

Tandem gagnant. Avec sa complice, la chef météo Evelyne Dhéliat, qui intervient juste après le JT. Ils sont entrés à TF1 la même année, en 1975.
Tandem gagnant. Avec sa complice, la chef météo Evelyne Dhéliat, qui intervient juste après le JT. Ils sont entrés à TF1 la même année, en 1975. © François Darmingny

Comment vous êtes-vous retapé ?
Je suis resté à la maison, bien entouré. Les deux premières semaines, je n’étais pas vraiment en état de regarder le JT de 13 heures. Après, je ne l’ai jamais raté. J’ai téléphoné tous les jours à mon camarade Jacques Legros et à mon équipe, qui assurait tellement bien en mon absence. Je n’ai jamais émis une critique.

Et psychologiquement ? Parce que c’est une épreuve, quand même !
Pas tant que cela, me concernant. Mais je sais qu’il y a souvent un avant- et un après-cancer. Nathalie l’a vécu parce qu’elle est passée à deux doigts de la mort.

Pour annoncer votre maladie, donner de vos nouvelles, pourquoi avoir utilisé les réseaux sociaux ?
Des bêtises avaient été écrites. J’étais prétendument mourant… Il fallait rétablir la vérité, couper court aux rumeurs.

« Quand, à la fin du journal, j’ai dit : “Vive la vie et à bientôt”, peu de gens savaient que je me faisais opérer le lendemain »

Et à toutes les calomnies ?
Je n’ai pas eu à subir ce que j’avais vécu avant : déclaré mort à plusieurs reprises, séparé de Nathalie chaque fois qu’elle avait une nouvelle chronique à la télé ou un nouveau partenaire au théâtre, régulièrement viré de TF1 et mis en retraite. Nous en avons souvent ri, mais pas toujours. Cette fois, les messages étaient plutôt de soutien. J’en ai reçu des milliers, de personnalités, chanteurs, acteurs, hommes politiques, qui avaient, sans le dire, vécu cette expérience, ou d’anonymes qui souffrent seuls. Est-ce que j’ai eu valeur d’exemple en évoquant ouvertement le sujet ? Peut-être.

On sait qu’en plus des victimes directes le cancer fait des dommages collatéraux. Comment ont réagi vos enfants les plus jeunes, Lou et Tom ?
Nous ne leur avons donné aucune raison d’avoir peur.

Le 12 novembre 2018, vous êtes revenu à la présentation du 13 heures. Comment avez-vous vécu ce jour ?
Il faut d’abord parler du jour du départ, quand, à la fin du journal, j’ai dit : « Vive la vie et à bientôt ». Peu de gens savaient que je me faisais opérer le lendemain. À mon retour, j’étais encore un peu fatigué et juste content de retrouver le boulot. Jamais je n’ai pensé que je ne reviendrais pas.

Vers 15 heures, après le déjeuner. De g. à dr. : le rédacteur en chef adjoint JeanChristophe Geffard, Jean-Pierre Pernaut, la journaliste Dominique Lagrou Sempere et Mehdi Chebana, le bras droit de Jean-Pierre.
Vers 15 heures, après le déjeuner. De g. à dr. : le rédacteur en chef adjoint Jean Christophe Geffard, Jean-Pierre Pernaut, la journaliste Dominique Lagrou Sempere et Mehdi Chebana, le bras droit de Jean-Pierre. © François Darmingny

Votre journal, qui rassemble chaque midi 5 millions de Français, est très ancré dans les régions. Vous-même, vous baladez-vous beaucoup en France ?
Pas suffisamment, mais j’adore le faire. Pour d’abord aller au marché. Tout y est concentré : les accents, les produits, les parfums, les préoccupations, la convivialité. Je fais mon marché tous les dimanches, près de chez moi, dans l’Ouest parisien. C’est de là qu’est venue l’idée du « plus beau marché de France », que nous avons lancée l’an dernier. Trois millions de téléspectateurs ont voté.

Vous êtes parfois moqué, snobé… comme si deux France s’affrontaient !
Je dirais plutôt qu’une petite partie de la France, disons… un peu enfermée à Paris, ignore l’autre. Mais depuis quatre mois, elle semble ouvrir les deux yeux. Au JT, cette grogne qui a précédé la crise des gilets jaunes, nous avons commencé à la sentir six mois avant. Par exemple, la hausse de la CSG et la limitation à 80 km/h avaient eu un effet redoutable dans les régions. Nos dix-neuf bureaux dans l’Hexagone s’en faisaient l’écho.

« L’automobile, c’est une passion familiale »

Vous êtes né à Amiens d’une mère pharmacienne et d’un père directeur d’une usine de machines-outils. Que vous ont transmis vos parents qui vous sert encore ?
Le respect de soi-même et des autres. Celui des anciens, aussi. Une forme d’écoute. Mon père était un inventeur à l’imagination débordante. Un joyeux drille ! Dans sa pharmacie, ma mère travaillait jour et nuit. Nous habitions au-dessus. Elle pouvait descendre à 2 heures du matin parce qu’il manquait une boîte de lait pour bébé à une mère qui venait sonner. Elle était au service des autres. Ses parents étaient instituteurs, peut-être tenait-elle d’eux cette forme l’altruisme.

Un legs qui est aussi le vôtre…
Je ne peux pas dire cela, même si les histoires humaines me passionnent au point de me donner parfois des frissons. Mais j’aime aider, c’est vrai. Notre opération SOS villages est peut-être le reflet de ce qui me préoccupe et m’enthousiasme : éviter la mort des petits commerces dans les milieux ruraux, tenter d’empêcher la désertification, créer du lien, ne pas abandonner les autres.

Vers 15 heures, après le déjeuner. De g. à dr. : le rédacteur en chef adjoint JeanChristophe Geffard, Jean-Pierre Pernaut, la journaliste Dominique Lagrou Sempere et Mehdi Chebana, le bras droit de Jean-Pierre.
Jean-Pierre vient encourager dès qu’il le peut son fils Tom, 15 ans et déjà deuxième meilleur temps au tour sur le circuit de karting RKC. © François Darmingny

Votre mère, Françoise, est décédée à 102 ans. Cela a-t-il laissé le temps à de longues discussions ?
Pas vraiment, en fait. Elle était très tournée vers l’histoire de la famille, ceux qui étaient morts à Verdun, par exemple. Elle avait été l’une des premières femmes en faculté de pharmacie avant la Seconde Guerre mondiale, conseillère municipale de notre village. Ma mère était une maîtresse femme.

Que faites-vous de votre temps libre ?
Je décroche totalement pour m’occuper de ma famille. J’accompagne Tom, mon fils cadet, au karting. Dimanche dernier, j’étais au bord de la piste à 8 h 30 pour prendre des chronos. L’automobile, c’est une passion familiale. J’ai couru quelques trophées Andros avec Nathalie. Olivier, mon fils aîné, ingénieur, est team manager d’une écurie de course et participe cette année au championnat GT sur une magnifique Audi R8. Outre cette passion, je passe aussi du temps dans mon jardin.

Vous cultivez des légumes ?
J’ai arrêté. Trop de travail par rapport aux résultats… Je regarde les choses pousser seules et c’est très agréable. J’adore mes rosiers, même si je voudrais qu’ils soient encore plus beaux. En ce moment, nous avons des magnolias Star Wars en pleine floraison. C’est sublime.

« Ce qui se passera quand j’arrêterai de présenter le JT ? Je n’y ai simplement jamais pensé »

Continuez-vous à écrire pour le théâtre ?
J’ai découvert cet univers il y a dix ans, grâce à Nathalie, qui jouait dans Un couple parfait, enfin presque !. Nous avons écrit Piège à Matignon et Régime présidentiel. Nous sommes en train de réfléchir à une troisième pièce, toujours dans une veine comique. Elle pourrait être montée en septembre 2020.

Arrêter la télévision, ce serait comme une petite mort…
Pas du tout, je fais tant de choses en dehors ! Il y a ma vie avec Nathalie, l’écriture ensemble, et celle de L’almanach des régions chaque année. Et puis les enfants qui vous poussent à bouger. Et le sport automobile, que je vais peut-être reprendre l’an prochain. J’adorerais refaire le Tour Auto, magnifique compétition de voitures historiques. Alors, ce qui se passera quand j’arrêterai de présenter le JT ? Je n’y ai simplement jamais pensé.

Thierry Thuillier, directeur de l’information de TF1, vous a lancé le pari d’être là en 2024 pour les Jeux olympiques, à 74 ans. Est-ce bien raisonnable ?
Je ne me fixe pas de date. Il me semble qu’on doit se rendre compte quand, physiquement, on ne tient plus, quand les téléspectateurs ne vous font plus confiance, quand on ne s’amuse plus. Pour l’instant, tout va bien. J’arrive le matin aussi motivé qu’il y a trente ans. Depuis le jour de mes 60 ans, j’entends dire : « Il ferait bien de prendre sa retraite ». Mais pourquoi ? Nous ne sommes plus au XIXe siècle.

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