Au Kenya, Facebook est utilisé pour traquer et tuer des jeunes malfrats présumés

Au Kenya, Facebook est utilisé pour traquer et tuer des jeunes malfrats présumés

Au total, ce sont plus de dix crimes de jeunes âgés de 15 à 24 ans qui auraient été commis ces dernières semaines par ces "chasseurs de gangsters" . | © EPA/DAI KUROKAWA

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Des comptes anonymes sont créés sur le réseau social pour identifier, traquer et ensuite diffuser des photos de cadavres de présumés gangsters de la capitale Nairobi… Une ode assumée aux exécutions extra-judiciaires dans le pays. Des escadrons de la mort qui sont ainsi soupçonnés être liés à la police kényane. 

 

Par L.Dp

Au total, ce sont plus de dix crimes de jeunes âgés de 15 à 24 ans qui auraient été commis ces dernières semaines par ces « chasseurs de gangsters » qui utilisent Facebook pour commettre leurs exécutions extra-judiciaires. Dans un article de la BBC, qui révèle le phénomène, le services de police du Kenya réfutent néanmoins être liés en une quelconque manière à cette justice expéditive et définitive dans leur pays. « La personne derrière les comptes Facebook n’est pas un policier, mais un civil passionné de questions de sécurité », a tenu a préciser déjà fin 2018 l’ancien chef de la police kényane, Joseph Boinnet.

Duncan Omanga, chercheur à l’Université Moi au Kenya, qui surveille les pages Facebook des « chasseurs de gangsters » depuis trois ans, n’est pas du tout du même avis. Selon lui, des policiers présumés espionnent leurs cibles, sous couvert de l’anonymat. Est-ce ensuite eux qui perpétuent ces crimes ? Les recherches de M.Omanga révèlent en tout cas qu’en un mois, une moyenne de six gangsters présumés ont fait l’objet d’un  »profilage », les détails de leurs crimes présumés, de leur zone d’opération et des types d’armes qu’ils auraient utilisés étant publiés sur divers comptes et groupes Facebook. Des informations qui, a priori, sont détenues par des policiers dans un premier temps.

La stratégie utilisée par ces ‘justiciers’ de l’ordre public est toute simple: donner des élements, des indices sur Facebook qui permettent d’identifier des truands présumés, facilitent leur traque et lorsqu’ils ont été abattus diffuser la photo de leur cadavre criblés de balles… Une manière de dire images à l’appui aux bandes de criminels « attention, le prochain sur la photo pourrait être l’un d’entre vous. Nous vous surveillons… »

 

Avant de pouvoir rejoindre la page Nairobi Crime Free, trois questions sont posées… ©Facebook

Preuve de la philosophie meurtrière extrême de ces groupes actifs sur Facebook, la page Nairobi Crime Free a comme mot d’ordre à l’adresse de ses 300.000 fans : « le pardon d’un terroriste est laissé à Dieu, mais fixer son rendez-vous avec Dieu est de notre responsabilité. » Son logo est constitué de la photo floutée d’un homme portant un uniforme de combat et un béret. Aucune place pour le doute…

Facebook peut se transformer en cimetière

Quelques membres de gangs se montrent sans doute trop confiant dans ce climat en publiant sur le réseau des photos de leurs activités illictes armes à la main et diverses moqueries à destination de la police… La question qui occupe les esprits au kenya, surtout à Nairobi, est la suivante : est-ce oui ou non un policier qui perpétue ces exécutions ou plusieurs d’entre eux ? Il y a d’autres interrogations. Comment est-il possible de laisser diffuser et se propager des images de cadavres sur le plus grand réseau social au monde ? Sont-ce ces supporters des exécutions qui en sont les seuls responsables ?

Facebook s’est, comme souvent, contenté d’un commentaire laconique. « Lorsque nous sommes au courant de ce genre de contenu, nous le supprimons. Notre enquête sur cette question se poursuit, et nous remercions la BBC de l’avoir portée à notre attention ». 

Par le passé déjà au Kenya, de très nombreuses familles ont dénoncé les circonstances dans lesquelles des personnes de leur entourage avaient été tuées par balles par la police. Les familles crient au processus d’exécution pure et simple. Les services de l’ordre parlent quant à eux de dangereux individus armés.

 

©EPA/DAI KUROKAWA

 

 

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