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Aujourd’hui, même la méditation passe par nos smartphones

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Méditation et smartphone, un cocktail efficace ? | © Cristian Newman/Unsplash

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Debout dans le métro, pour surmonter un deuil ou pour gérer son stress, la méditation s’invite partout et tout le temps. Aujourd’hui, bizarrement, elle passe même indéniablement par le smartphone.

Lâcher prise, sans lâcher son smartphone : sur le marché florissant et quelque peu paradoxal de la méditation en ligne, des applications telles que PetitBambou ou Headspace rivalisent pour détendre les citadins stressés ou capter les entreprises. « Sentez vos muscles se détendre, expirez… » : dans un élégant local bordant les Champs Elysées, une dizaine de personnes en tailleur et yeux clos suivent les indications d’Andy Puddicombe, ex-moine bouddhiste britannique devenu entrepreneur à succès.

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L’homme aux airs de bonze anime la séance en visioconférence depuis Los Angeles à l’occasion du lancement de la version francophone de son application-vedette Headspace. Converti au bouddhisme et parti en Asie à la fin de l’adolescence, Andy Puddicombe, soucieux de « démystifier la méditation », lance Headspace en 2010 à un moment où « personne n’en parlait », raconte-t-il à l’AFP. Inspirées d’une pratique religieuse désormais sécularisée, les séances enregistrées invitent à développer sa conscience du « moment présent » pour à terme « mener une vie plus heureuse ». La promesse est alléchante : Headspace affirme séduire 50 millions d’usagers dans le monde, et domine le marché américain au coude-à-coude avec son rival Calm.

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Rich Pierson, cofondateur de l’application Headspace. ©AFP

Méditer dans n’importe quelle circonstance

En France, des dizaines d’applications de méditation existent déjà – dont Mind ou celle du psychiatre médiatique Christophe André, mais surtout le leader national Petit Bambou : lancé en 2015, ce dernier revendique 3 millions d’utilisateurs et prospère aussi en espagnol, allemand et anglais. À son catalogue, 750 séances pour toutes circonstances : méditer debout dans une rame de métro, surmonter un deuil, gérer son stress, dormir mieux, en marchant, en courant, à destination des enfants. Et même un programme de « Digital Detox » à suivre, donc, via son smartphone.

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« Ces bénéfices sont importants, mais si on attend des effets très concrets en deux séances, on sera déçu », explique à l’AFP son cofondateur Benjamin Blasco, depuis le studio parisien où il retravaille les voix des enregistrements. « Méditer n’est pas un outil-miracle, plutôt une hygiène de vie mentale : l’essentiel est la pratique régulière », insiste-t-il. D’où le succès, depuis le mitan des années 2010, d’applications destinées à encourager les néophytes. C’est une façon commode « de profiter des temps morts » de sa vie quotidienne, note M. Blasco. « Les applications légitiment une pratique » restée longtemps confidentielle, « créent des liens » avec la communauté des autres usagers, et envoient « des rappels réguliers » pour éviter de décrocher, confirme à l’AFP Dominique Steiler, professeur à l’École de Management de Grenoble, spécialiste de l’économie du « bien-être ».

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Benjamin Blasco, cofondateur de l’application PetitBambou. ©AFP

Un marché juteux

Le marché de la méditation (applications, formations…) est juteux : aux États-Unis, il pesait 1,21 milliard de dollars en 2017 et devrait dépasser 2,08 milliards en 2022, selon Marketdata. En 2017, 14% des Américains disaient avoir déjà médité, un chiffre triplé en cinq ans. Signe de cet engouement, Calm a levé en février 88 millions de dollars, affirmant être valorisé 1 milliard de dollars. L’arrivée du mastodonte Headspace en France ne fait guère perdre son zen à PetitBambou, dont le modèle économique repose sur des abonnements (après plusieurs séances gratuites). « On a atteint l’équilibre financier il y a trois ans (…) on ne va rien sacrifier sur l’autel du marketing », assure M. Blasco. « On ne cherche pas à tout prix à garder les gens dans l’application » mais « à les accompagner » en encourageant les échanges sur leurs besoins, assure-t-il. PetitBambou multiplie par ailleurs les séances de méditation dans « le monde réel », des Galeries Lafayette aux Fnac, jusque dans des entreprises.

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Aux États-Unis, Headspace a des partenariats avec 350 groupes – dont Unilever, LinkedIn et… la NBA – qui intègrent l’application dans leur couverture santé, et des compagnies aériennes diffusent ses programmes. En France, PetitBambou organise des ateliers en entreprise, tandis que de grands groupes comme la SNCF ou Deloitte « ont acheté des centaines de licences » d’accès pour leurs salariés. Au risque d’assigner à la méditation un objectif d’« efficacité » au travail qui lui serait étranger ? « L’erreur serait de l’instrumentaliser, d’y recourir par mode. Si l’on dit uniquement: pratiquez, vous irez mieux, on se trompe », car la méditation permet plutôt d’« améliorer ses capacités de discernement » face aux difficultés futures, avertit M Steiler. « C’est devenu un business, mais il y a une dimension éthique », assure-t-il : l’appli est « un bon moyen pour se lancer » mais il faudrait idéalement « savoir s’en détacher » en devenant « capable de méditer seul ».

Avec Belga

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