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Le foot féminin en Belgique : droites au but

L’Académie de football féminin de Charleroi a été lancée en 2018 et compte plus de 120 joueuses. | © Girl Foot Academy

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Le football ne se résume pas à une Coupe du Monde. Paris Match Belgique a rencontré des joueuses et arbitres belges qui racontent leurs parcours pour dribbler entre les embûches.

 

Il se passe quelque chose dans le monde du football. Depuis un mois, et pour la première fois, une compétition féminine suscite un engouement sans précédent. Le foot est (enfin) un sport « féminin ». Et on revient de loin. Paris Match Belgique retrace le parcours de trois joueuses, amatrices ou semi-pro, et toutes à la fois coach, arbitre, ou manageuse. Elle nous parlent de leurs efforts pour taper dans le ballon et transmettre la flamme du foot.

« Tu es une fille, tu ne sais pas marquer ! »

« Quand j’étais petite je jouais avec mes frères. Je mourais d’envie de faire partie d’une équipe mais j’étais gênée, j’avais peur qu’on me juge. Puis de mes 16 ans jusqu’à mes 19 ans j’ai intégré le White Star. C’est très tard pour commencer! Le Président du Club m’avait dit au téléphone que je n’aurai pas le niveau. Deux ans plus tard je suis rentrée à Anderlecht, puis au Standard de Liège » raconte en riant Anaelle Wiard, ancienne internationale belge, joueuse à Leuven et coach au club de Boitsfort.

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« À Anderlecht, les filles n’avaient pas accès aux nouveaux terrains, alors que les petits de 8 ans bien. Parce que eux ils sont l’avenir du club… Et c’était la même chose au Standard, nous n’avions pas accès au stade élite alors que même que des joueurs qui ne faisaient pas partie de la filière « Foot-Elite-Etude » pouvaient eux s’y entrainer. C’est partout pareil! » se désole la jeune bruxelloise.

« Quand j’étais en équipe nationale il y avait plus de moyens pour nous mais à une époque c’était affolant, on nous prenait tout nos vêtements quand le stage était fini! Vous imaginez Lukaku ou Hazard rendre leur équipement ? Au début, la Fédération comptait carrément pour vérifier qu’on ne reparte pas avec un équipement ! »

Anaelle Wiard coache une équipe de garçons U9 au club RRC Boitsfort. ©Anaelle Wiard

« Je préfère jouer avec des garçons mais je me prends souvent des remarques comme « t’es une fille, tu vas tomber! » Et quand je me présente en début de saison à l’équipe U9 que je coache à Boitsfort, ils me disent « mais tu ne sais pas marquer un goal! » Même les parents des petits que j’entraine pensent que parce que je suis une fille j’ai moins d’autorité et de voix pour crier. C’est vraiment la seule chose qu’ils ont tous à dire ? »

« Je ne peux pas vivre que du foot, même quand je jouais à Anderlecht. Il faut travailler la journée avant les entraînements du soir, et la semaine avant le match du weekend. C’est très fatiguant, et fatalement on n’est pas toujours à 100% de nos capacités. Mais je ne sais pas m’en passer! »

« Je suis la seule femme sur le terrain et j’ai 22 hommes à gérer, c’est un gros boulot »

« Petite je regardais mon frère jouer au foot. À 5 ans j’ai rejoint son équipe, je ne jouais qu’avec des garçons. A mes 12 ans j’ai enfin rejoint une équipe féminine. Cela m’a fait du bien, je me sentais bien mieux pour jouer. Après un certain âge, c’est trop dur de courir et faire des duels contre des garçons ». Viki De Cremer, 25 ans, a comme d’autres filles qui veulent commencer le foot très tôt, dû d’abords jouer avec des garçons.

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« Mais adolescente j’ai été blessée et j’ai dû arrêter. Mon frère m’a alors poussée vers l’arbitrage. J’ai entamé le cursus et en 2015 j’ai arbitré mes premiers matchs. Après un an et demi j’ai reçu le badge d’assistante FIFA et depuis cette année je suis l’une des trois femmes Belges arbitres FIFA. J’arbitre des matchs féminins à l’étranger, pour les qualifications du mondial ou la Champions League. » En Belgique, l’arbitre internationale encadre plutôt des rencontres masculines.

 

Viki De Cremer est l’une des trois arbitres belges internationales ayant reçu son badge FIFA pour 2019. ©Standard

« La plupart des équipes me connaissent maintenant, mais au début certains se disaient en me voyant arriver ‘Ouh c’est une fille!’ Aujourd’hui tous les joueurs me respectent pendant les matchs, ils m’écoutent même si je suis la seule femme sur le terrain. J’ai 22 hommes à gérer, ainsi que leur staff et leurs supporters, c’est un gros boulot! »

« Cette Coupe du Monde qui est pour la première fois arbitrée entièrement par des femmes fait beaucoup de bien. On voit aussi des arbitres monter en niveau, comme la Française Stéphanie Frappart. C’est important pour les petites filles de voir qu’une femme sait aussi le faire ! Moi je m’entraîne tous les jours, je me lève à cinq heures du matin pour me préparer physiquement puis je vais travailler. Je dois prendre congé pour arbitrer à l’étranger et évidemment continuer à garder un emploi. Mais je ne regrette rien, je ne peux pas imaginer ma vie sans un match de football. »

« On n’est plus au Moyen-Âge, tout le monde a sa place, et on gagne nous aussi! »

« J’ai commencé le foot à 16 ans, c’était il y a 33 ans déjà ! A l’époque je devais jouer avec des garçons. Au départ mes parents ne m’ont pas soutenue. J’ai joué ensuite en P1 au sein d’une équipe féminine dans la région de Charleroi et je suis restée dans le club 15 ans. Puis sur base de mon expérience, j’ai créé une académie 100% filles. Entre l’accès aux vestiaires et aux terrains, les équipements inadaptés pour les filles, les remarques de l’équipe de garçons que je coachais et les moqueries, je voulais que cela ne se reproduise plus et faire un club en dehors de tout cela » confie Karine Van Waetermeulen, manager de la Girl Foot Academy.

 

Anaelle Wiard a fait partie des Red Flames, l’équipe nationale belge. ©Anaelle Wiard

« Mais je vois une réelle évolution, on parle beaucoup plus du football féminin et les mentalités changent. A mon époque mon patron m’avait dit « il faut choisir, ce n’est pas un sport de femme! » J’ai voulu mettre en avant les filles, dans un club exclusivement féminin. Mais nos équipes jouent toutes dans le championnat garçon puisque un championnat féminin n’existe pas encore partout pour tous les niveaux. C’est un gros souci dans la région de Charleroi, il faut qu’une jeune fille parvienne à s’imposer dans une équipe de garçons pour jouer. Nous proposons un environnement sportif pour les filles dès 13-14 ans .»

« Nos équipes sont encore victimes de moqueries, on leur dit que puisqu’elles jouent contre des garçons, ils vont les dégommer, qu’elles ne sont pas à leur place. Mais on n’est plus au Moyen-Âge, tout le monde a sa place, et on gagne nous aussi! Et avec le Mondial, c’est génial que cette génération d’ados voient toutes et tous que c’est un sport aussi pour les filles. C’est mon cheval de bataille, rien n’est gagné mais je ne lâcherai rien ! »

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