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À la découverte de la seule bière trappiste d’Angleterre

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Pendant cinq ans, les moines ont peaufiné leur brasserie. | © Ernesto Rodriguez/Pixabay

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Ces moines ont revendu leurs vaches et les ont remplacées par une brasserie dernier cri.

 

Aux abords de la paisible abbaye du Mont-Saint-Bernard, dans le centre de l’Angleterre, seules les effluves diffuses de malt témoignent du travail sans relâche des moines convertis à la bière artisanale. Confronté à une baisse de revenus tirés de ses activités fermières, ce monastère trappiste comptant une vingtaine de frères a décidé ces dernières années de délaisser le lait et de miser sur l’alcool. Les moines ont vendu leurs vaches et ont mis cinq ans pour se doter d’une brasserie dernier cri qui peut produire désormais 300 000 bouteilles par an. Leur boisson, qui tire à 7,4 degrés, n’est que la 12e dans le monde à avoir reçu le très convoité sceau de l’Association trappiste internationale (ITA) au terme d’un examen rigoureux long de trois ans.

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Le père Joseph. ©AFP

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Allier vie monastique et brassage quotidien

Derrière les épais murs de calcaire de l’édifice, des milliers de bouteilles d’ale, nom d’une bière à fermentation haute particulièrement prisée au Royaume-Uni, sortent d’un entrelacs de machines et de tuyaux ultra-modernes, fabriqués sur mesure en Allemagne. Ce breuvage séduit à la fois des amateurs sur le continent européen et des jeunes Britanniques, témoignant de l’attrait pour les bières artisanales.

Fabriquer de la bière artisanale, boisson revenue sur le devant de la scène tout en étant associée à une tradition monastique ancestrale, n’a pas été une décision très dure à prendre mais tout n’a pas été simple pour autant. « Nous ne savions pas vraiment qu’il y avait une révolution en cours de la bière artisanale », reconnaît l’abbé Erik. « Cela nous inquiétait un peu, tout comme les autres brasseurs trappistes qui redoutaient que trop de gens montent dans le wagon ». Mais l’investissement des moines dans le projet a eu raison de ces craintes, ce qui passe par quelques aménagements dans les journées habituellement réglées comme du papier à musique et rythmées par les prières. Un moine doit même manquer les offices le jour de production pour surveiller les machines ce qui ne l’empêche pas de prier dans la brasserie, une tablette numérique à la main pour s’assurer qu’il chante à l’unisson de ses frères.

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Le père Joseph vérifie le processus de fabrication de la bière. ©AFP
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La brasserie est sous la protection des Saints. ©AFP

« Nous devons vivre notre vie monastique et nous ne pouvons pas laisser la brasserie interférer trop », explique Frère Joseph, ajoutant ne produire que le nécessaire pour entretenir le monastère et abonder les œuvres caritatives. Cette production s’inscrit toutefois pleinement dans le rythme de la vie sereine d’une abbaye. « Nous faisons nos bières de manière artisanale, nous laissons les choses se faire, nous sélectionnons les ingrédients et il y a une dimension manuelle importante dans le travail », détaille l’abbé Erik. « Ce qui me frappe c’est une cette bière est faite à partir d’ingrédients très simples, très humbles » pour un résultat « inconcevable au départ quand vous regardez le malt, le houblon, l’eau et la levure », admire-t-il, devant l’abbaye du XIXe siècle. « Je pense qu’il y a quelque chose de comparable à ce qui se passe plus profondément dans une communauté monastique ».

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La Tynt Meadow. ©AFP

La bière, « Tynt Meadow », du nom du bout de terrain sur lequel a été refondé l’ordre il y a deux siècles, est désormais appréciée d’un grand nombre d’amateurs mais pas vraiment de ses producteurs. « Les jours de fête, Noël et Pâques, nous pouvons la boire », dit Frère Joseph. « Mais en tant que moines, nous ne sommes pas de grands buveurs ».

Avec Belga

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