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« Apollo 11 » : La face cachée de la conquête de la Lune

Photo prise le 20 juillet 1969, lors de la mission Apollo 11. | © Flickr / NASA

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Le documentariste Todd Douglas Miller a puisé dans des milliers d’heures souvent inédites pour Apollo 11, récit spectaculairement neuf d’un événement pourtant très médiatique. Nous l’avons rencontré.

On croyait avoir tout vu. Observé depuis cinquante ans à la télévision, au cinéma et dans les livres, le moindre grain de sable lunaire de ce petit pas pour l’homme qui allait devenir un pas de géant pour l’humanité. Il aura fallu le travail de titan de Todd Douglas Miller pour se convaincre du contraire. Son documentaire réécrit la fameuse mission spatiale à coups de sons et d’images inédits. Dont de nombreuses séquences qui offrent un angle jamais vu sur l’aventure. Récompensé au Festival de Sundance en janvier dernier, son film fait, depuis, le tour du monde. Avant sa présentation exceptionnelle en France, c’est à Madrid qu’on retrouve ce gaillard au physique de geek, étonné du succès d’un film sur lequel il a passé une petite décennie de travail.

Director Todd Douglas Miller speaks on stage at the Apollo 11 screening.

Publiée par Sundance Film Festival sur Samedi 1 juin 2019

« En fait, explique-t-il, j’avais presque neuf jours de film à décortiquer quand je me suis lancé sur ce projet. Car la NASA a intégralement filmé la mission Apollo 11, sur Terre comme dans l’espace. Pour beaucoup, ces bobines sont restées sans vie, sur une étagère des archives nationales. » Dans ce travail d’archéologue et de restaurateur de l’image, Miller comprend que les images 70 mm montrent du jamais-vu. D’où sa volonté de tourner son film en format Imax pour des écrans géants. « Prenez la scène où les astronautes montent dans l’ascenseur, puis dans la fusée », relance-t-il, passionné comme un gosse. « Jamais auparavant on n’avait ressenti le gigantisme de la structure, la longueur du moment, ni même le vertige qu’il suscite. »

fusée
Départ de la fusée Apollo 11, le 16 juillet 1969. © NASA / AFP

Sans aucun commentaire lénifiant, Apollo 11 organise sa narration sur les milliers d’heures de conversations enregistrées, elles aussi, et restées inédites. On a le sentiment d’entrer dans les coulisses et de comprendre enfin des images jusque-là muettes, de toucher la grande histoire par les petites. D’où la qualité de ce premier témoignage in situ de l’épopée spatiale, de ses moments de doute mais aussi de ses enjeux économiques et géopolitiques dans une Amérique socialement déchirée et surtout pas sûre d’elle-même. « La conquête spatiale américaine trouve aussi ses fondements dans la volonté de Kennedy qu’on aille marcher sur la Lune. Ou de la NASA, qui a invité nombre de défenseurs des droits civiques de l’époque à assister au lancement d’Apollo 11, un an après la mort de Martin Luther King, comme un vrai geste politique dans un pays encore divisé. »

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Fan de la conquête spatiale et documentariste émérite (il a reçu en 2015 un Emmy Award pour son doc Dinosaur 13), Todd Douglas Miller est fasciné par la relation entre le cinéma et l’industrie spatiale : « L’un et l’autre se sont toujours grandement influencés, notamment sur le design des vaisseaux spatiaux. Dans mon film, on entend même des contrôleurs aériens parler de 2001 : L’odyssée de l’espace sorti en 1968 ! » Dans ce genre, quel est son film préféré ? « Je pourrais citer Apollo 13 ou La guerre des étoiles », s’amuse le réalisateur. « Mais je choisirai la scène d’introduction de First Man, de Damien Chazelle, où Neil Armstrong s’entraîne dans un bombardier F15 jusqu’à la limite de la résistance humaine. Jamais le cinéma ne s’est approché à ce point de la réalité de la chose spatiale. » 

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