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Vers un régime totalitaire en Turquie ? Le référendum qui fait peur

Le scrutin s'annonce serré ce dimanche en Turquie | © Belga

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Le président Recep Tayyip Erdogan a affirmé que le référendum en cours dimanche sur le renforcement de ses pouvoirs était un scrutin pour l’avenir de la Turquie.

« Si Dieu le veut, notre nation, ici et à l’étranger, s’avancera vers l’avenir ce soir en faisant le choix attendu », a déclaré M. Erdogan après avoir voté sur la rive asiatique d’Istanbul. Le chef de l’Etat turc a souligné que le référendum, dont le score s’annonce serré, n’était pas un scrutin « ordinaire » et visait à « transformer le système de gouvernance ». Quelque 55,3 millions d’électeurs turcs se prononcent ce dimanche pour ou contre une révision constitutionnelle qui renforcerait considérablement les pouvoirs du président de la République. Les partisans de M. Erdogan soutiennent qu’une telle mesure est nécessaire pour doter la Turquie d’un exécutif fort et stable au moment où le pays affronte des défis sécuritaires et économiques.

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« Un véritable bond en avant »

« Je suis convaincu que notre peuple va faire le choix d’ouvrir la voie à un développement plus rapide, à un véritable bond en avant », a déclaré M. Erdogan. « Nous devons faire un choix qui n’est pas ordinaire afin de se hisser au niveau de civilisation contemporaine envisagé par Mustafa Kemal » Atatürk, le fondateur de la République, a-t-il ajouté. Mais ses détracteurs dénoncent un texte taillé sur-mesure pour M. Erdogan, qu’ils accusent de dérive autoritaire, notamment depuis le putsch manqué du 15 juillet.

« Vote pour l’avenir » ou dérive autoritaire ? – Belga
  • Tensions exacerbées

    Le référendum survient dans un contexte extrêmement tendu après que le président turc ait proféré des menaces à l’encontre des Européens. Suite à l’interdiction de plusieurs meetings pro-Erdogan aux Pays-Bas et en Allemagne, il avait affirmé que « la Turquie n’est pas un pays qu’on peut bousculer, dont on peut jouer avec l’honneur, dont on peut expulser les ministres. Le monde entier suit ce qu’il se passe de très près. Si vous continuez de vous comporter de cette manière, demain, aucun Européen, aucun occidental ne pourra plus faire un pas en sécurité, avec sérénité dans la rue, nulle part dans le monde ». 

Disparition du Premier ministre

Menaces en l’air ? Reste que si le « oui » l’emporte lors du referendum aujourd’hui, Recep Tayyip Erdogan verra son autorité considérablement augmenter. Si le texte est approuvé, le poste de Premier ministre disparaîtra, permettant au président de nommer et révoquer ses ministres, qui ne seraient plus responsables devant le Parlement. Il nommerait également 12 des 15 membres du Conseil constitutionnel, six des 13 membres du Haut Conseil des juges et des procureurs, mais aussi le haut commandement militaire, le chef du renseignement, les recteurs d’université…

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Des dizaines de milliers d’arrestations

Plus préoccupant encore, le président pourrait contourner le Parlement en gouvernant par décret dans la sphère de ses compétences. Les nouvelles élections seraient fixées au 3 novembre 2019, et le mandat présidentiel serait désormais de cinq ans, renouvelable une fois. De quoi permettre à Recep Tayyip Erdogan, élu président en 2014, de rester théoriquement au pouvoir jusqu’en 2029 si la réforme est adoptée. Une perspective inquiétante au vu de la dérive liberticide en cours en Turquie depuis le putsch raté. Selon le spécialiste de la Turquie Didier Billon, « Le gouvernement gouverne par décret-loi. On compte des arrestations par dizaines de milliers, des licenciements également par dizaines de milliers, des journalistes emprisonnés… Il y a état d’urgence ». L’urgence la plus pressante, aujourd’hui ? Voter.

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