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High & Fines Herbes : L’émission culinaire sous influence des rappeurs JeanJass et Caballero

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Le duo de rappeurs JeanJass et Caballero s’apprêtent à sortir une émission d’un genre nouveau dans le paysage belge : une série de tutoriels de cuisine, saupoudré de pas mal d’humour et de cannabis.

 

4/20. Le 20 avril. Si pour beaucoup, la date n’évoque rien de spécial, si ce n’est l’anniversaire d’une vieille tante qu’on doit absolument appeler, pour tous les amateurs de ganja, de weed, de Marie-Jeanne, de spliffs, de beuh – et tous les autres petits noms qu’on donne au cannabis –, aujourd’hui est un jour spécial. À l’occasion du « quatre-vingt », on célèbre à travers le monde la petite plante narcotique à feuilles vertes. C’est aussi le jour qu’ont choisi les acolytes du rap belge JeanJass et Caballero pour sortir le premier épisode de leur nouvelle émission YouTube « High & Fines Herbes », qui sera dévoilé à 18h.

Fast-food revisité

Plus « Fuck That Delicious » – la série du cuistot et rappeur américain Action Bronson – que « Top Chef », le concept sous influence des Laurel et Hardy du hip hop bruxellois est néanmoins né de la rencontre avec un vrai chef, JB. Le cuisinier les a approchés, après une demi-douzaine d’années à avoir tâté l’inox de grands établissements étoilés français. Amateur de recettes à base d’herbe magique, JB s’est spécialisé en « junk food de luxe » et rêvait d’une série du genre. Avec JeanJass et Caballero, la mayonnaise a tout de suite pris, et le duo s’est improvisé chefs à domicile, dans votre écran.

À l’image, on retrouve la clique copieusement affalée dans un salon, décrivant avec détails une herbe choisie pour sa qualité et sa rareté. Sans complexe, elle est partagée et fumée, passant de mains en mains au rythme des blagues, parfois graveleuses, d’un Caballero particulièrement remonté. « Tout est bio », assure-t-il, en parlant tant de la tête duveteuse de la weed que des aromates qui sont ensuite présentés, avec les autres ingrédients, dans une petite cuisine. Le menu du jour ? Pizza à l’huile infusée au THC et milkshake arrangé. Et après le cours, vient la dégustation. « Une réussite totale », lâche l’un des rappeurs, la bouche pleine de grillz et de mozzarella.

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« Chef, je veux le plat le plus cher sur la carte / (…) Le plat est fini, j’ai le fumant / Dis-moi chef, je veux la beuh la plus chère sur la carte », égrène le duo dans le clip de leur morceau « Yessaï », entre un sommelier et un foodtruck. Si le titre n’est pas la bande son officielle de « High et Fines Herbes », elle en laisse deviner l’ambition. « On a eu la chance de rencontrer quelqu’un qui fait passer ça du côté gastronomique de la chose : pas juste des space cakes ou des space cookies, mais des plats plus élaborés », raconte JeanJass, à propos de JB. « Je suis quelqu’un qui regarde beaucoup d’émissions culinaires, depuis que je suis tout petit. Je me rappelle, je regardais Joël Robuchon le midi. La weed et la bouffe, ce sont vraiment deux passions communes à Caballero et moi – peut-être plus la weed pour lui et la bouffe pour moi », poursuit le rappeur.

Apologie ou pédagogie ?

Même si le programme est hébergé sur YouTube, qui compte d’autres émissions du genre – « Eat your green » sur Vice ou la néerlandaise « Drugslab », pour ne citer qu’elles -, JeanJass et Caballero savent qu’ils risquent d’être rapidement accusés de faire l’apologie de la drogue – notamment auprès des plus jeunes, grand consommateurs de vidéos en ligne. Ils s’en défendent, culinairement d’abord : « On ne veut pas que l’émission soit un tuto pour apprendre des recettes à la weed, parce que c’est trop fort. On a voulu la jouer plus calme de ce côté-là, en disant ‘c’est une belle émission de divertissement pour te faire rire, si vraiment tu veux faire cette recette-là, renseigne-toi plus d’abord’ », assure Anthony Consiglio de Back in the Dayz, label qui entoure le groupe. « La drogue est une donnée qui existe dans la vie des jeunes », poursuit-il. « Moi, ça ne me dérange pas d’en parler. C’est comme quand on ne parlait pas de sexe avec ses parents, c’est un peu ridicule, il faut parler de ces choses-là pour éviter les suprises le jour où ça arrive ».

Du côté d’Infordrogues, association subventionnée d’information et d’aide autour de la consommation de drogues, le discours est étonnament similaire. Pour Jean-Michel De Herde, psychologue chargé de consultations, « qu’il y ait un discours alternatif autour du cannabis, qui est par ailleurs original, puisqu’on parle de l’aspect culinaire, c’est une bonne chose ». Selon le spécialiste, il s’agit de désenclaver le consommateur, jusque-là tenu entre le marteau et l’enclume d’une criminalisation de la drogue et des stigmats liés au toxicomane.

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©High & Fines Herbes – Avant la cuisine, la phase de dégustation. Celle de l’herbe du jour.

« On marche toujours sur des œufs, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut renoncer. On peut avoir une crainte d’un effet d’incitation, comme si ça allait donner le mode d’emploi d’une consommation de produits. Mais il y a quand même peu de chances que ça se passe comme ça », assume Jean-Michel De Herde. « Et dans ce cas-là, il y a aussi toute la question de l’éducation à l’image qui peut se poser. Se dire que parce qu’un jeune aurait vu une telle émission où quelqu’un consomme du cannabis, il puisse devenir dépendant au cannabis, c’est beaucoup trop court comme raisonnement ». L’expert salue également le côté informatif de telles émissions, « rapide, visuel et facilement accessible ».

L’herbe gastronomique

« On s’adresse clairement à un public adulte », rappelle aussi JeanJass, qui est certain que son public sera réceptif au concept, habitué à ses rimes univoques. « Le but, c’est vraiment de faire rire et de divertir. On ne pousse absolument pas à la consommation. Toutes les recettes sont absolument faisables sans herbe. On a mis des doses mainstream, dans le sens que le but, au niveau de la cuisine, est de bien manger et de goûter cette weed, plutôt qu’être défoncé ».

C’est de la weed très rare, qui coûte très cher, le double d’une beuh moyenne. C’est comparable à une bouteille de vin qu’on paierait une centaine d’euros – Anthony Consiglio de Back in the Dayz

Une démarche que soutient le psychologue d’Infordrogues : « En Belgique, on a combien de recettes de cuisson de viandes à la bières ? », questionne-t-il. « On associe les mets avec du whisky, avec de la vodka ». Selon lui, une série culinaire comme « High & Fines Herbes » « permet de démultiplier l’esthétique du bien-manger. On entre dans quelque chose qui n’est plus seulement une drogue, un truc sec, brutal, qui abîme, mais on développe un savoir-faire, un savoir-consommer ».

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©High & Fines Herbes – La série empreinte également aux codes d’émissions culinaires plus classiques, comme « Tasty ».

Vers l’Amérique, et au-delà

« Ça peut aussi servir à débattre : la dépénalisation est un débat qui a pris de la place dans la présidentielle française, par exemple. Je pense qu’on se dirige vers une dépénalisation et donc on suit un peu le courant, on anticipe », analyse le rappeur, pointant également une culture de la consommation de la marijuana plus épanouie, aux États-Unis. « Du côté américain, c’est quelque chose qui est tout à fait accepté. Si on prend le rappeur Wiz Khalifa, sur ses réseaux sociaux, il peut poster une photo avec son fils que tout le monde trouve mignonne et la suivante, où il roule un joint énorme – ça ne gène personne ».

En Francophonie, on est peut-être encore trop politiquement corrects – JeanJass

« On va chaque année à Montréal, qui est pour nous le parfait mélange entre scène américaine et francophonie« , raconte à ce propos Anthony Consiglio. « Comme dans la musique, on ne veut pas forcément retranscrire le mode de consommation excessif, mais plutôt voir les choses en grand avec des petits moyens. On a tourné ça dans un petit appartement avec peu de moyens, mais on voulait que ça brille tout autant qu’une production Golden Moustache. Entre nous, on se dit ‘il faut que ce soit l’Amérique’ ». Et ce, même si « High & Fines Herbes » a quand même de jolis accents sauce andalouse.

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