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Jean Dujardin : « L’affaire Dreyfus dit tellement de choses sur nous… Sur le fait qu’on soit très xénophobes »

L'acteur français de 47 ans revient sur son rôle dans le film J'accuse. Il nous parle aussi de la Belgique qu'il connaît bien et apprécie | © Aurore Marechal/ABACAPRESS.COM

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Brillant dans J’accuse qui devrait encore accumuler les récompenses en 2020, il est le héros d’une soirée spéciale que lui consacre le RTBF ce vendredi 3 janvier.

 

Par Christian Marchand

Paris Match. Au-delà de la polémique concernant Roman Polanski, vous avez marqué de votre empreinte J’accuse, l’un des films de l’année 2019. Heureux d’avoir sensibilisé les nouvelles générations à « l’affaire Dreyfus » ?
Jean Dujardin. Comment ne pas l’être ? « L’affaire Dreyfus », c’est une mine ensablée. Elle nous pète à la figure à chaque fois. Elle nous a tellement divisés pendant des années. Elle dit tellement de choses sur nous, sur ce que nous sommes, nous les Français, identitairement. Sur le fait qu’on soit très « xénophobes ». Que directement, on ne supporte pas ce qui n’est pas français.

Aujourd’hui, cela paraît très courageux de s’impliquer dans un film de cette envergure : nous vivons une époque de consommation rapide avec Netflix et d’autres fournisseurs de contenus.
C’est à la fois très courageux et très singulier. Revenir à un tel classicisme est même effronté. Raconter douze ans en deux heures sans ennuyer, en avançant dans les informations, c’est quand même balèze ! Le colonel Picquart m’a touché par sa droiture, son intégrité, son courage. Dès le premier jour, il s’est imposé à moi avec force. A 47 ans, je me suis dit : « Ai-je les épaules assez larges pour endosser ce personnage ? » Il faut que j’accepte des rôles qui me font peur. On a beau se dire qu’on est acteur depuis vingt ans, il y a des jours où l’on est plus fragile que d’autres.

Pensez-vous qu’un film comme J’accuse puisse construire une mémoire ? Et ceci afin que les injustices soient plus rapidement traitées ?
Il y a une phrase dans le film que j’aime beaucoup : « Lorsque la société en est là, elle tombe en décomposition. » Elle me glace, cette phrase ! C’est tout ce qu’on redoute. Quand il y a des problèmes dans une société, on essaie effectivement de trouver des boucs émissaires. Et c’est souvent dans les minorités ou communautés qu’on va les chercher. Cela s’est vérifié. Aujourd’hui, on sent qu’une haine s’est libérée des réseaux sociaux. Des gens vont la balancer dans la rue. Et elle est effrayante, cette montée de violence. Il y a une perte de valeurs. Ce sont des nihilistes qui cherchent le chaos.

 

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On vous voit souvent en Belgique. Un refuge pour vous ?
Je m’y sens bien. Je ne refuse jamais d’y venir, même en promo. La France devrait emprunter aux Belges leur bienveillance, leur chaleur jamais prise en défaut. Les Belges ont une façon d’être plus droits, ils ne connaissent ni le snobisme, ni le cynisme. Ce côté antisnob, cette forme de décontraction et le refus de se prendre au sérieux me font du bien. La Belgique ressemble à une France des années 70.

Vous discutez en famille de notre pays ?
Oui, je parle des grands moments passés chez vous. J’ai des tas de souvenirs plus heureux les uns que les autres. J’évoque cette espèce de petite bulle qui est à moi et qui m’est très agréable. Honnêtement, il y a un vrai sentiment, profond, désintéressé, entre moi et les Belges.

A quand remonte votre première visite ?
A 1998. C’était avec Laurent Baffie pour l’émission « Farce Attaque », avec mon pote Bruno Salomone. On avait imaginé une petite fiction. J’étais habillé en espèce de « disco man » avec une boule afro comme coiffure et des pattes d’éléphant. Je dansais sur la Grand-Place de Bruxelles. Complètement dingue ! C’est ainsi que j’ai découvert les rues de Bruxelles. Je les comparais à celles de New York. J’ai aussi visité l’Atomium à ce moment-là.

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Depuis, quel regard portez-vous sur la Belgique ?
C’est un pays qui résiste aux cons ! (Il rit) Il y a une petite frontière à la connerie.

Quel sont les figures belges que vous admiriez ?
Jacques Brel, parce qu’il est la liberté absolue. Je pourrais vous parler de beacoup d’autres, mais ce qui est admirable chez Brel, c’est qu’il a toujours choisi sa vie. Il en a bavé pour réussir. Mais il a tout donné. Il a arrêté quand il était vide. Il est alors devenu libre. Pour finir, il apportait des médicaments en avion dans les îles alors qu’il était lui-même malade. Quel grand monsieur ! Il a tout compris de la vie. Son intelligence était immense.

Un péché mignon ?
L’absinthe aux amandes dans un endroit près de la Grand-Place de Bruxelles.

Un plat belge préféré ?
Sans aucune hésitation, les croquettes aux crevettes à déguster au « Marmiton », dans les galeries de la Reine, à Bruxelles.

Votre expression belge préférée ?
« Ah non peut-être ! » (Il rit)

 

©DR

 

 

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