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Double infanticide de Jambes : permission de sortie pour l’auteure

L'intervention de la police scientifique à Jambes au lendemain des faits. (c) Belga.

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Le samedi 3 mai 2014, F. avait drogué ses deux enfants de 2 ans et de 6 ans avec des somnifères. Elle avait attaché leurs chevilles et les avait ensuite noyés dans une baignoire. Déclarée irresponsable de ses actes, l’auteure fut dirigée vers la défense sociale à Tournai, échappant de la sorte à la cour d’assises. Moins de six ans après les faits, F. bénéficie d’une première permission de sortie. Grand-père de l’un des deux enfants, Pierre H. vit cette situation avec « un sentiment d’injustice ».

Pierre H. trouve difficilement les mots qui qualifieraient le mieux son état d’esprit. « Des sentiments divers se bousculent dans ma tête. De l’indignation, de la colère certainement. Mais aussi une forme de résignation, parce que j’avais anticipé que les choses se passeraient ainsi ». Cet homme vient de recevoir communication d’une décision de la « chambre de protection sociale de Liège ». La lettre est laconique. Elle mentionne : « Conformément à la loi du 5 mai 2014 sur l’internement, je vous informe que la chambre de protection sociale a rendu sa décision le 29 janvier 2020 dans le cadre de la procédure d’internement de Madame F. La chambre de protection sociale a décidé de l’octroi de la mesure suivante : permission de sortie. Conditions imposées (…) : « Interdiction pour l’interné d’importuner les victimes, et notamment Monsieur Pierre H. »

A Jambes, dans la journée du samedi 3 mai 2014, F. (27 ans à l’époque des faits) avait drogué ses deux enfants de 2 ans et de 6 ans avec des somnifères. Elle avait attaché leurs chevilles et elle les avait ensuite noyés, tour à tour, dans la baignoire de sa salle de bain. Elle avait ensuite déposé les corps de ses victimes dans leur lit. Au soir, P, son compagnon, était rentré à la maison et l’auteure du crime lui avait dit que les enfants étaient endormis. Ensuite, le couple avait passé la soirée devant la télévision. Le lendemain, au retour d’une journée de formation, P avait découvert l’horreur.

« J’avais cru comprendre qu’une personne qui tue volontairement deux enfants en toute « irresponsabilité », était socialement dangereuse »

F. déclara à la police qu’elle préméditait ses actes irréparables depuis longtemps. Sans emploi, elle affirma avoir eu des « crises d’angoisse » qui l’avaient amenée à considérer que ce double meurtre était « une solution » pour « éviter que ses enfants ne soient pas malheureux quand ils seraient adultes ». L’enquête avait fait apparaître que l’auteure était membre d’une famille relativement fortunée. Elle fut placée en détention préventive jusqu’en février 2015. A ce moment, un collège d’experts psychiatres conclut à l’irresponsabilité pénale de F. Echappant à un procès d’assises, l’auteur du double infanticide prit la direction du centre d’internement psychiatrique, « Les Marronniers » à Tournai.

Pierre H. est le grand-père de Mathieu né en 2011, la plus jeune des deux victimes (ndlr : Raphaël était né en 2008 d’un autre lit). Il vit très mal la « permission de sortie » de F. « Effondré », il dit : « Depuis longtemps, je n’ai plus d’espoir de justice. Il y a cinq ans, les experts ont déclaré que l’auteure n’était « responsable » de ses actes. J’avais cru comprendre qu’une personne qui tue volontairement ses deux enfants en toute « irresponsabilité », était socialement dangereuse. Mais apparemment, ce n’est pas ou ce n’est plus le cas. Je ne puis donc m’empêcher de faire les comptes : il n’y a pas eu de procès en assises qui aurait permis aux parties civiles de mieux cerner ce qui s’était passé, il n’y a pas eu de condamnation pénale alors que l’auteure risquait la peine maximale et, bien entendu, il n’y a eu aucun dédommagement. Moins de six ans plus tard, après une procédure où j’ai à peine pu me faire entendre, l’autorisation de sortie préfigure une libération très prochaine. Elle s’en sort à peu de frais. En ce qui concerne les victimes, la simple obligation de ne « pas les importuner » me semble légère. Je vis tout cela avec un véritable sentiment d’injustice. »

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