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Les baies sacrées du Japon

tourisme et voyage au japon

Le village de Ainokura dans la montagne de Gokayama. | © DR.

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Dans six mois s’ouvriront les Jeux Olympiques à Tokyo (du 24 juillet au 9 Août), un été chaud, comme toujours au Japon, favorable au tourisme. L’occasion de visiter l’archipel, notamment la côte de Honshu où se tiennent deux des cinq baies appartenant aux « Plus Belles Baies du monde » (25 pays, 44 baies) : Miyazu et Toyama. Car il n’y a pas que Kyoto ou Nara, aux racines impériales, hardes de cerfs en liberté et geishas… pour la photo ! Suivez le guide.   

D’après un article Paris Match France de Patrick Mahé

Au Japon, chaque 20 Juillet s’ouvrent les festivités de la Mer. Alors, cap sur la mer ! Ses côtes, dentelées, souvent accidentées, révèlent des baies d’exception dont cinq : Matsushima, au Nord, Suruga, au pied du Mont Fuji, Kujukushima (aux 99 îlots) sur Kyushu, à l’Ouest, Miyazu et Toyama, appartiennent aux « Plus belles Baies du monde ».

2019 a marqué un tournant dans la vie de ce « club », créé en Golfe du Morbihan, il y a 23 ans, devenu, enfin, une « ONG ». À l’heure où les agressions contre l’environnement mobilisent l’opinion, le dernier congrès mondial, tenu à Toyama, lui a donné ce coup de fouet. Une volonté déjà affirmée lors du congrès des 20 ans à Vannes.

S’imposer en modèle d’un « tourisme littoral » exemplaire, impliquer l’Unesco plus avant, oeuvrer pour le développement harmonieux des lieux de vie, respecter un développement économique durable constituent le socle de la solennelle « Déclaration de Toyama ».

Toyama : le réservoir naturel de la pêche

Alors Toyama ? Où et pourquoi ? Une heure de vol depuis Tokyo suffit pour rallier le petit aéroport de la Préfecture (400 000 habitants) ; on en passe seulement deux à bord du « shinkansen », ce « bullet train », modèle des trains à grande vitesse, inauguré en 1964, date des premiers jeux olympiques organisés à Tokyo.

Adossé à une chaîne de montagnes qui culminent à 3 000 mètres, s’ouvre le large écrin (près de 100 km d’Est en Ouest) d’une des trois plus larges baies nippones. Site idéal pour un séjour entre mer et montagne en été. Le coup d’oeil est encore plus magique au printemps, quand des milliers de calmars « lucioles » produisant de la lumière le long de leurs tentacules, clignotent en alternance. Ils créent alors, en bordure du rivage, une immense féérie luminescente d’un bleu indigo. Mer et montagne, donc : l’accord parfait de la nature. Une forêt enfouie dans les flots, il y a deux mille ans, constitue l’une des merveilles inattendues de la baie. « Mer mystérieuse » où reposent jusqu’à mille mètres de profondeur des poissons pélagiques à nageoire dorsale rouge et luisante pouvant atteindre cinq mètres de long ! Sur les 800 espèces de poissons répertoriés au Japon, 500 proviennent des abysses de la baie de Toyama. Au ras des flots, dans le bleu horizon, surgissent parfois d’authentiques mirages (en forme de bateaux, d’immeubles), phénomène naturel dû à la courbure des rayons lumineux du soleil.

sankyo japon
Le village de Sankyo, à l’intérieur des terres de Toyoma, avec ses centaines de ferme au milieu des plantations de riz. © DR.

À partir d’Uozu s’ouvre « la route des mirages ». Elle longe la côte en direction nord-sud, offrant également une vue imprenable sur « Les Alpes japonaises ». Au passage, on s’incline devant « Meiwa rock », rocher vedette de la côte Amaharashi, coiffé d’un arbre en forme de crête, source d’inspiration des poètes. Il se détache, côté terre, sur fond de neiges « éternelles ». La route en lacets menant aux gorges de Kurobe et aux sources chaudes d’Unazuki, traverse des murs de glace de 20 mètres de hauteur ! Immanquable montagne de Gokayama. Ses trois villages sont classés au patrimoine mondial de l’humanité pour leur architecture rurale traditionnelle ; des habitations cossues – tricentenaires – en bois à toit de chaume. Après une traversée du pont surplombant Kaiwomaru Park (et son port de plaisance), le séjour à Toyama passe par une mini croisière fluviale, sur fond d’écluses.

Le canal Fugan traverse le Parc Kansui. Au menu, trois escales : le Musée d’Art et design (Miró, Picasso, Jasper Johns y sont à l’honneur), un café, les pieds dans l’eau, à la terrasse du « Starbucks », un arrêt au pied des cerisiers plantés par l’Empereur et l’Impératrice en 2017. Enfin, le dîner s’invite au restaurant français « La Chance » (une étoile au guide Michelin). Crevettes translucides et crabe rouge (dit « soleil levant ») le disputent aux sushis d’art et d’essai et à l’exceptionnel bœuf « wagyu », généralement élevé à Kobe, la coqueluche des belles tables.

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Dites Amanohashidate ! Et traduisez :« la voie sacréedes dieuxentre ciel et terre »…On est ici (le train traverse des bambouseraies géantes) à cent kilomètres de Kyoto, la sublime en éternel habit de cérémonie. Ce tombolo dunaire (3,6 kms) est appelé « pont vers le paradis ». Sa largeur varie d’un goulet de 20 mètres à 150 mètres. Il est bordé de plages de sable doré et planté de 8 000 pins, pour la plupart sacrés. Il relie les deux rives de la mer intérieure d’Aso.

Nariaiji japon
Pour observer cette digue de sable géante, rendez-vous sur la pagode du temple Nariaiji, qui sert d’observatoire. © DR.

Très échancrée en amont, la baie se coule au sein d’un écrin montagneux, au sommet duquel les touristes jouent à « matanozoki », soit l’art furtif de tourner le dos au paysage, de se plier en avant et de regarder entre les jambes. Un léger tournis donne alors l’impression de voir flotter « le pont de sable ». La pagode du temple Nariaiji tient lieu d’observatoire pour photo-amateurs. Le peintre Sesshu (15ème siècle) y a immortalisé l’héritage d’Izanagi et Izanami, dieux Shintos, inspirateurs du site ; une œuvre classée « Trésor national du Japon ».

Miyazu (17 000 habitants), jumelée au Mont Saint-Michel, est la ville phare de la baie. On y trouve la seule église catholique à la ronde, construite en 1896 par un Français, le père Relave. On y célèbre toujours la messe sous les vitraux importés de France…

Miyazu : la ville phare

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Calmar luminescent de la baie de Toyoma vivant à 500 mètres de profondeur. © DR.

Impossible, à Miyazu de prendre ses quartiers, ailleurs qu’au fameux « Ryokan » de Seiichiro Tokuda, une auberge classée « monument historique », ouverte en 1690 ! L’élégant Seiichiro, qui a jumelé Miyazu, via « les Baies du monde » avec le Mont Saint-Michel, incarne la 13ème génération ! Sa sœur, toujours en kimono, vous accueille d’un très souriant « Irasshai-masé » (bienvenue) en vous invitant à troquer vos chaussures pour des sandales en bambou avant de fouler le tatamis et de gagner sa suite à nom fleuri (sakura ou cerisier, adonis, camélia…) et de visiter le Musée maison.

Sur deux étages d’architecture traditionnelle, les portes coulissantes et cloisons de lattes croisées masquent des trésors multi séculaires. Ce Ryokan est un véritable musée aux œuvres d’art sans comparaison. Calligraphes, peintres et poètes y ont laissé des œuvres maîtresses. On en trouve dans les chambres à futons et jusqu’à la salle à manger où d’immenses Kakejiku (rouleaux de parchemins plaqués au mur) illustrent la vie artistique d’Amanohashidate. Petit déjeuner et dîner sont compris dans le prix d’une nuit au ryokan. À vous, donc, les tempura de crevettes dentelés, les petits légumes salés, l’œuf cru rituel, les algues séchées, le sashimi cru, le poisson sec ou grillé. On peut y commander bière ou saké, mais aussi whisky, en dehors du thé vert. Enfin, autre rituel : la qualité des bains chauds. On s’y rend simplement vêtu d’un kimono et de pantoufles de chambre.

Kayak, pêche, shopping… On ne s’ennuie pas à Kaisenkyou

De Miyazu, on se rend facilement à Kaisenkyou, village balnéaire à bars, restos, hôtel étoilé, activités sportives (kayaking, pêche), sources d’eaux chaudes et boutiques. Un pont tournant pivote entre les vedettes et bateaux de type hydrojet. Il permet de gagner à pied, ou à vélo, le tombolo sablonneux au milieu des pins maritimes, temples et pierres levées.

Il faut pousser jusqu’à Iné en faisant un stop à travers les vignobles du coin. Un « bulles de raisin » rosé pétille dans les verres. La brasserie Mukai (dirigée par une femme, un cas d’école par ici), fabrique du Saké (alcool de riz) depuis 1754 ! L’heure est alors à la visite des « Boat houses », une corolle de 230 maisons en bois posées sur les cinq kilomètres d’une mini baie en arc de cercle, protégée par un îlot. On y pêchait la baleine, naguère. Chaque « funaya », maison à un étage avait son garage à bateau au niveau de la mer. Unique.

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Le clou de la balade consiste à boucler un tour en mer pour donner à manger aux aigles  – oui, aux aigles ! – nichant dans les montagnes. Une chips au bout des doigts et hop, les voilà, rasant votre tête, la chiper justement au bout des serres.

Rien de tel, l’émotion passée, que de lever son verre de saké, le Mukai d’Iné – ou de whisky de Toyama ; un « Junenmyo » de Wakatsuru ou un « Sun Shine » (soleil levant)… « Kanpai » ! Santé !

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