L’autonomie des personnes handicapées au point mort en Belgique

L’autonomie des personnes handicapées au point mort en Belgique

La Belgique, mauvaise élève de l'Union européenne | © Belga

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Ce 5 mai marque la Journée Européenne de la Vie Autonome. Une occasion de faire le point avec un constat navrant : en Europe, on oscille entre ralentissement et recul dans la mise en œuvre de la Convention ONU relative aux droits des personnes handicapées. En cause notamment : les mesures d’austérité qui pénalisent les personnes handicapées, particulièrement en Wallonie.

 

Choisir sa maison, une école, un travail, ses loisirs. Une liberté que la plupart des gens prennent pour acquise, mais qui n’est pas une réalité pour les personnes à mobilité réduite. En avril dernier, François Colinet, prenait ainsi la plume pour faire part de sa douleur. Féru de cinéma, ce Bruxellois de 38 ans a raconté dans une lettre ouverte au manager d’UGC Belgium l’humiliation dont il a été victime à l’UGC Toison d’Or. « J’aime beaucoup le cinéma, mais pas de chance pour moi, je suis également une personne handicapée depuis ma naissance. Et oui, nous avons tous des identités multiples ! Il n’y a que 6 salles accessibles sans marche sur les 26 salles des complexes bruxellois d’UGC, soit à peine plus de 20% de l’offre qui est faite aux autres spectateurs. Des salles dans lesquelles nous devons souvent nous contenter d’occuper les couloirs d’ailleurs… ». Et gare à ceux qui, comme François, décident d’aller voir un film dans une salle non accessible aux personnes à mobilité réduite. « N’écoutant que  mon envie de voir un film qui ne se jouait pas dans l’une des deux salles ( sur 14 ! ) accessibles à l’UGC Toison d’Or, j’ai entrepris de descendre marche après marche sur mon derrière pour aller voir le film de mon choix, en veillant à laisser mon scooter électrique proche de l’escalier mais à un endroit qui ne gênait absolument pas le passage. C’est là qu’un employé du cinéma, employé, me voyant déjà à terre, m’a lancé du haut de l’escalier que je ne pouvais pas laisser mon scooter là et que si cela me posait un problème “je n’avais qu’à pas choisir un film dans une salle non accessible !” retournant ainsi la responsabilité de la situation ».

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Une offre de services insuffisante

Une expérience humiliante, dénoncée par François dans une lettre partagée des centaines de fois sur les réseaux sociaux. Au-delà du buzz, l’expérience malheureuse de François fait écho à la triste situation de la mobilité pour les personnes handicapées en Belgique. Ainsi que l’explique l’ASBL Ensemble pour une Vie Autonome, « des personnes handicapées vivent toujours dans des institutions, souvent contre leur gré, coupées du reste de la société, et d’autres ne reçoivent aucune aide. L’offre de services est insuffisante voire inadaptée et surtout inaccessible financièrement ». En octobre 2014, la Belgique avait été prise à parti par un Comité d’experts de l’ONU, qui avait relevé bon nombre de manquements dans sa politique de gestion des handicapés. Absence de plan à l’échelle nationale, régime de substitution de la prise de décision, trop grand taux d’institutionnalisation, manque de données ventilées sur les questions liées au handicap… Les carences étaient multiples. Trois ans plus tard, pourtant, rien n’a changé.

Drames quotidiens

Une situation qu’Ensemble Pour une Vie Autonome dénonce. « Quel plan ou stratégie la Wallonie a-t-elle mis en place pour répondre à ses obligations ? Aucun. Seule une proposition en juillet 2015 d’Assurance Autonomie, initialement ambitieuse mais aujourd’hui beaucoup plus prudente, confondant âge et handicap, sans évaluation réelle de la population concernée et connaissance de ses besoins et souhaits. Une vision paternaliste comparant à tort la liberté de choix à une idéologie libérale, un monopole de services d’aide à domicile et un mécanisme excluant le rôle du bénéficiaire… Au quotidien des personnes vivent de véritables drames et font appel à des structures par défaut. De réelles alternatives à l’institution doivent être développées ! ». Une volonté qui fait écho à la nouvelle stratégie handicap 2017-2023 du Conseil de l’Europe.

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L’individu au coeur des préoccupations

Dans son discours présenté à Nicosie le 27 mars dernier, le Commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, Nils Muižnieks, a souligné la nécessité de promouvoir l’égalité, en particulier grâce à une éducation inclusive où les enfants handicapés sont intégrés au système éducatif ordinaire et a appelé à remplacer les prises de décision systématiques par des tiers par une aide à la prise de décision. Il a également recommandé de passer d’une politique d’allocation des ressources aux institutions au développement de services d’aide individualisés en plaçant les souhaits et choix de l’individu au cœur de la prestation de services. Une évolution que François Colinet attend avec impatience : « je prends plaisir à rappeler à chaque occasion que l’on a plus avancé en 20 ans que pendant les 200 années précédentes dans la prise en compte des besoins des personnes handicapées. J’ai toujours dénoncé avec force certains discours extrémistes, présents parfois dans le milieu du handicap, qui réclament sans nuance une adaptation totale de la société à leur handicap. Personne n’est responsable de mon handicap et je dois avancer avec cette réalité du mieux que je peux ». Une avancée ralentie par les obstacles en termes d’autonomie. 

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