Paris Match Belgique

Premier EP : Lubiana marie finement racine africaine et groove moderne

" Le résultat de mixité et d'ambiances diverses n'est que la résultante de ma propre personnalité." explique l'artiste belgo-camerounaise. | © Nicolas Wagner

Actualités

L’ancien talent de la première saison de The Voice Belgique s’est trouvée après de nombreux voyages intérieurs et en parcourant les routes d’ici et d’ailleurs. En témoigne la sortie de son premier EP éponyme Lubiana. Une invitation au voyage d’excellente facture… 

 

Par Laurent Depré

D’emblée, on s’excuse du retard de notre appel par rapport à l’heure convenue un jour plus tôt pour une entretien téléphonique autour de la sortie de ce mini-album… « Pas grave ! De toute façon, je suis à la maison, comme des milliers de Belges ». On aurait vraiment aimé qu’elle nous joue un peu de kora mais ce sera pour une autre rencontre…La jeune chanteuse, musicienne et compositrice belgo-camerounaise, reste zen en ces temps compliqués et prône le lâché prise. C’est parti pour une discussion d’une vingtaine de minutes à propos d’un album qui laisse entrevoir du talent, une patte et de la force de conviction. Mélange de pop, soul et parfois jazzy, Lubiana est à découvrir sans tarder. Un petit cachet qui vous fera du bien !

Parismatch.be. Votre premier EP est sorti à la fin du mois d’avril, comment le définiriez-vous ?
Lubiana. C’est le résultat d’un voyage intérieur et extérieur. On y retrouve aussi les couleurs de la mixité et de l’authenticité avec des thèmes fondamentaux qui résonnent de manière un peu particulière avec ce confinement et nos vies pour le moment. Prendre soin de soi, se recentrer… Et si l’on s’en tient aux sonorités, cela va du jazz à la pop en passant par la soul aussi. Sans oublier une touche de musique africaine.

Malgré la présence de cinq titres seulement, il y a vraiment plusieurs ambiances sur ce mini-album. Des titres pour bouger, des chansons qui appellent à l’introspection, une reprise d’un classique des Beatles…
Je ne l’ai pas fait consciemment. Le résultat de mixité et d’ambiances diverses n’est que la résultante de ma propre personnalité. Je suis belgo-camerounaise et j’ai aussi énormément voyager ces dernières années. Des titres ont ainsi été composés au Cameroun alors que d’autres ont été enregistrés aux Etats-Unis, à Paris ou en Belgique. Cet EP a été fait dans cette grande mouvance sans que cela soit le véritable but recherché. C’est simplement tout ce qui me représente.

Votre instrument de prédilection, la kora (ndlr : instrument de musique à cordes originaire du Mali), est présent sur plusieurs titres. Vous pourriez imaginer un jour un album avec des titres uniquement construits avec la kora et donc plus africain ?
Deux morceaux ont été construits en duo kora-voix dans l’album : My man is gone et Let it be. Pour répondre à la question, j’ai développé un jeu à la kora qui m’est propre et qui n’est pas traditionnel comme celui que l’on retrouve dans la culture de l’ouest de l’Afrique. Mon approche est différente et plus actuelle. Pourquoi pas accentuer la présence de sonorités et d’instruments africains mais ce sera toujours dans un esprit de mixité.

Lire aussi > Plus de 10 ans après sa séparation, Oasis dévoile un titre inédit

La fin de la chanson Self Love, qui ouvre l’EP, s’achève par une phrase répétée sur le regard des autres sur soi… Quelle est la conclusion de ce titre ?
Dans mon esprit, l’amour de soi est universel. Donc, dans le clip de ce titre et au coeur des paroles, il y a plusieurs lectures possibles en fonction de celui ou celle qui l’écoute. C’est la plage d’ouverture car c’est le début de tout en fait… C’est pile le moment où j’ai décidé de me connaître, de découvrir ma voie. Depuis l’enfance, ma vie était influencée par le regard de mes proches et des autres. J’ai voulu aller à l’essentiel et m’affranchir de ce regard en plongeant au plus profond de moi. Et ce titre dit que l’amour de soi est difficile à trouver lorsqu’on ne se voit que par le regard des autres. La définition de votre valeur ne peut se définir uniquement sur ce regard. J’ai décidé de m’aimer assez pour pouvoir être dans le partage permanent.

Dans la texture de votre voix et dans la manière de la poser, surtout sur les titres intimistes, il y a parfois un peu de Sade. C’est une référence dans votre univers musical ?
Déjà merci de me faire ce compliment (elle rit). Sade est une artiste incroyable. Je prends ! Ce n’est pas la première fois qu’on fait ce rapprochement. D’autres ont également fait des liens avec la voix de Lauryn Hill. Disons que j’ai sourtout grandi musicalement avec les voix du jazz comme Sarah Vaughan et Nina Simone.

 

Lubiana joue de la kora depuis de nombreuses années. Elle est l’une des seules femmes à en jouer. ©Nicolas Wagner

On imagine que vous auriez bien aimé défendre ces chansons sur scène… Quelle est votre situation comme jeune artiste dans cette période compliquée ?
Avec le label, nous avons dû prendre une décision une fois le confinement décidé. Que faire ? Sortir l’album, en repousser la sortie ? Sachant que quelques dates de live étaient déjà annulées… Je ne voulais pas lier l’absence de scène au fait de sortir ces chansons et d’amener la culture aux gens dans cette période. Je voulais vraiment le partager avec le public. Let it be qui finit l’EP est un bel exemple du lâché prise. Je fais confiance à la vie, je sors l’EP dans cette période difficile mais les retours sont déjà excellents. J’ai été classé quatrième dans le top 10 des ventes d’album sur iTunes… Ce n’est que le début, je suis très contente.

Nous sommes en plein confinement, donc comment vivez-vous cette période ?
Heureusement, je ne suis pa seule… Mes pensées vont à ceux qui souffrent d’isolement. J’ai de quoi travailler, j’ai mon studio à la maison. Au final, tout ce temps est consacré à la création de l’album complet qui devrait sortir fin 2020. Je me trouve chanceuse, je continue à pouvoir faire ce que j’aime. Je n’ai pas à me plaindre.

Un artiste ou un groupe en particulier qui vous accompagne durant cette période ?
Je me suis relancé à fond sur Freddie Mercury et Queen. J’écoute aussi beaucoup Burna Boy, surtout pour la pratique du sport (rires).

Lorsque nous aurons dépassé cette pandémie, que vous aura-t-elle appris ?
A quel point il est important de vivre dans le moment présent… A quel point il est important de se focaliser sur les choses essentielles… C’est halluciant de voir comme nous courrons dans tous les sens maintenant que la vie est sur pause. Ce calme par rapport à la course contre-la-montre qui nous éloigne tellement du moment présent. Depuis le début du confinement, je lis d’ailleurs Le pouvoir du moment présent d’Eckhart Tolle. La vie est le moment présent justement. C’est prendre soin de soi et de ses proches. Cet EP est une invitation au voyage, à se reconnecter aux choses fondamentales, à se faire du bien… Voilà, j’espère que les gens s’éloigneront de ce sentiment de toujours devoir en faire plus et d’arrêter de s’épuiser.

CIM Internet