Paris Match Belgique

Face à la tourmente de Covid-19 : Nos héros de la STIB

Face à la tourmente de Covid-19 : Nos héros de la STIB

C’est peut-être l’enseignement que leur a apporté cette pandémie : se sentir plus solidaires, plus responsable de soi et de ses semblables... | © Paris Match Belgique

Actualités

Bas les masques ! Alors que, chaque jour sur le coup de 20 heures, des applaudissements fusaient aux quatre coins du royaume en reconnaissance au personnel hospitalier, celui de la STIB poursuivait, lui aussi, son job dans l’intérêt de la population. Paris Match donne la parole à ces hommes et ces femmes pour qui l’heure est venue de sortir de l’ombre.

En tant que conducteur de tram, Didier Badibengi, 52 ans, avait bien conscience de faire partie du personnel le plus exposé. Il reconnaît d’ailleurs avoir travaillé « la boule au ventre » avec le sentiment que la ville était devenue irréelle. « Il n’y avait presque plus personne dans les rues, seulement sillonnées par des ambulances et des combis de police ; c’était étrange d’autant plus que nous avions l’habitude de transporter des centaines de voyageurs par trajet, et là, subitement, ne montaient dans le bus que quelques voyageurs épars ».

Didier le reconnaît, une certaine angoisse s’est installée, en dépit de la réactivité de la direction qui avait mis rapidement sur pied des protocoles de sécurité, isolement des conducteurs dans leur cabine, distanciation sociale, masques, et matériel de désinfection. Mais l’ombre de la maladie ne s’insinuait pas moins dans tous les esprits. « Les habitudes familiales elles-mêmes avaient changé, constate le conducteur ; en rentrant à la maison, pas les embrassades habituelles ! Je filais sous la douche et me frictionnais longuement le corps avec la hantise de transmettre la maladie ».

 

Didier Badibengi ©Paris Match Belgique

Les voyageurs transportés lui témoignaient-ils une reconnaissance particulière d’être tous les jours à son poste ? « Oui, convient-il, en particulier le personnel médical que nous transportions dès 4 heures du matin. Nous avons aussi reçu des remerciements ponctuels de la part des usagers. Cela nous a soutenu au plus fort de la crise même si les medias n’en ont pas dit un mot ». Mais Didier Badibengi le reconnaît, jamais il ne verra plus la vie de la même manière. Son message est d‘ailleurs sans ambiguïté : « chaque minute compte ; il faut pleinement la savourer ».

Les invisibles, eux aussi, sur le pont

Guillaume Diquas. ©Paris Match Belgique

Si le personnel roulant se sentait exposé au coronavirus, celui de la maintenance ne sentait pas moins la menace peser sur ses épaules, surtout que certaines interventions nécessitent de travailler à plusieurs sans pouvoir toujours respecter les règles de distanciation. C’est ce qu’explique Guillaume Diquas, un ingénieur de 40 ans qui occupe le poste de senior technical manager à la BUM (Business Unit Metro).

C’est à lui et à ses équipes qu’incombe la responsabilité de la maintenance du matériel roulant, 24h sur 24, de jour comme de nuit. Dans l’intérêt supérieur d’un service public auquel il est fier d’appartenir, Guillaume a vu sa mission se transformer au fur et à mesure que progressait la pandémie. Moins de fréquentation de voyageurs, mais aussi des travailleurs des dépôts et ateliers tenaillés par l’angoisse et à qui toute perspective de faire du télétravail était impossible.

« Très vite, il a fallu s’adapter à la situation, avec un lavage des mains long et minutieux ainsi que des rappels continuels au personnel. Les premières semaines, nous avons travaillé sans protection du nez et du visage. Le plus dur était de faire fi des distanciations sociales avant que les masques chirurgicaux ne soient enfin disponibles car au regard du personnel médical, nous n’étions pas considérés, et à juste titre, comme prioritaires. Bien sûr, nous tentions de diminuer les risques, mais la charge mentale était très présente ».

Et pourtant, dans son service, aucun agent n’a été touché par cette maladie. « Je suis très fier de mes collègues et de mes équipes qui ont continué de donner le meilleur d’eux-mêmes, conclut-il. Sans ces équipes sur le pont, à toute heure du jour ou de la nuit, aucun métro ne roulerait. Nous sommes des travailleurs de l’ombre, invisibles aux yeux des usagers, mais il ne faut pas nous oublier pour autant ! ».

Un accent maternel

Isabelle Marquais. ©Paris Match Belgique

A 49 ans, Isabelle Marcais possède une expérience confirmée. Après douze années passées au volant de son bus, elle est affectée depuis peu au service de Proximity Manager, lequel consiste, notamment, à gérer les ordres de missions des conducteurs. « Nous n’avons pas arrêté de travailler, ni même connu de chômage technique, rappelle-t-elle, même si les horaires de vacances s’étaient substitués au tempo habituel. Sur le site Delta où je travaille, 80% de nos agents étaient à leur poste, des agents qu’il a fallu rassurer avec des mesures de protection exceptionnelles, comme la désinfection totale des bus, la mise en place de chaînes de sécurité et la fourniture de masques à partir du moment où ceux-ci ont été enfin disponibles ».

Durant cette période, même dans les bureaux la tension était palpable, relayée par les réseaux sociaux et les médias « Nous étions vigilants, mais aussi conscients d’appartenir à une entreprise de services qui avait un rôle à jouer pour que les soignants et les gens de première ligne puissent regagner chaque jour leur poste et le public se rendre dans les magasins essentiels ». Autant dire que dans les bureaux de la STIB, la mobilisation était générale, Isabelle confiné dans un rôle presque maternel en restant à l’écoute des craintes, des incertitudes et des doléances.

« Mon job en ces heures difficiles, c’était de rassurer, de comprendre les peurs et de les entendre. Le côté psychologique s’est développé ; l’humain a pris toute sa place ». Bien sûr, à la maison, les règles de prudence s’imposaient, surtout que la fille d’Isabelle, infirmière, travaillait dans un service Covid. « Nous avons fait front, en famille et ce que je retiens de cet épisode tragique, c’est la nécessité d’affronter ses peurs, de ne pas baisser les bras. Au plus fort de la pandémie, on a assisté à un formidable élan de solidarité. J’espère que cela restera ! Après tout, le mot d‘ordre de la STIB est plus que jamais d’actualité ‘Vivre ensemble’ ».

Câlins décalés

Emmanuelle Sprengers. ©Paris Match Belgique

La famille, c’était précisément l’un des défis quotidiens à relever pour Emmanuelle Sprengers, 41 ans et maman de quatre enfants dont les deux plus jeunes n’ont que 4 et 8 ans. « Cela n’a pas posé de problème particulier car mes deux aînés ont assuré et mon mari prenait le relais quand j’étais au travail ». Agent technicienne, son job à la STIB consiste à intervenir sur site en cas d’avaries, d’accidents et de pannes en tout genre. Peu de contacts avec les voyageurs donc, mais malgré tout une vigilance de tous les instants et un port du masque auquel il a fallu s’habituer en dépit de la chaleur persistante. « Bien sûr, la hantise était de ramener cette fichue maladie à la maison ; alors il a fallu instaurer tout un rituel de désinfection et remettre à plus tard l’habituelle séance de câlins avec les plus jeunes ».

Pourtant, Emmanuelle se souvient avoir cru au début à une dramatisation exagérée parmi les messages contradictoires des autorités publiques. Mais au fur et à mesure de l’avancée de la pandémie, Emmanuelle a réalisé la gravité de la situation, en prenant conscience que la vie ne tenait qu’à un fil. Comme ses autres collègues, qu’ils conduisent un bus, travaillent dans un bureau ou dans un atelier de maintenance, elle a compris à quel point son rôle était comparable aux maillons d’une chaîne.

C’est peut-être l’enseignement que leur a apporté cette pandémie : se sentir plus solidaires, plus responsable de soi et de ses semblables, et, au cours de bouleversement général des rapports humains, se sentir plus profondément encore attaché au désir de vivre pleinement sa vie.

CIM Internet