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Base sous-marine : Proteus, le projet fou de Fabien Cousteau

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Un base de 370 mètres carrés à 18 mètres de profonde : cette base pourrait être construite en 3 ans. | © DR.

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Le petit-fils du commandant veut construire une « Station spatiale internationale » sous l’eau, en mer des Caraïbes. Seulement 5 % des océans ont été explorés, alors qu’ils renferment une manne de solutions pour la médecine, la science et l’industrie. Proteus sera la première base d’exploration sous-marine du futur.

D’après un article Paris Match France de Francine Kreiss

Ce dessein, aussi fabuleux que vital, ne pouvait être conçu que par un Cousteau. La conquête de l’espace absorbe une grande partie des financements mondiaux au détriment de l’exploration sous-marine, devenue désuète. Mais le vent tourne, et les océans se révèlent enfin comme le poumon du futur. D’où l’idée de Fabien Cousteau de créer un véritable laboratoire aquatique, une station sous-marine permanente, un peu comme l’ISS, la Station spatiale internationale. Proteus sera installé au large de l’île de Curaçao, dans la mer des Caraïbes.

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Dessinée par le designer suisse Yves Béhar, cette base d’exploration de 370 mètres carrés accueillera 12 aquanautes. Sa forme est inspirée de celles du corail et des hôtels-capsules japonais. La station sera pourvue d’un mini-hôpital, de deux laboratoires scientifiques, d’un salon, d’une cuisine, d’un sas pour submersibles, mais aussi d’un jardin hydroponique permettant de cultiver des légumes. « En mission, la nourriture agit directement sur le moral et l’efficacité de l’équipage, explique Fabien Cousteau. Le potager sera à l’intérieur de la station, mais aussi à l’extérieur, directement dans la ‘colonne d’eau’ [phénomène dû aux différentes caractéristiques physiques et chimiques de l’eau de mer selon la profondeur], pour cultiver des algues très nutritives. Nous allons travailler avec trois chefs, norvégien, américain et français, afin de limiter au minimum le lyophilisé. »

Dessinée par le designer suisse Yves Béhar, cette base d’exploration de 370 mètres carrés accueillera 12 aquanautes
Dessinée par le designer suisse Yves Béhar, cette base d’exploration de 370 mètres carrés accueillera 12 aquanautes. © DR.

La station sera alimentée en énergie propre grâce au système Otec (Ocean Thermal Energy Conversion), inventé par Air Liquide, qui consiste à exploiter la différence de température entre les eaux chaudes de surface et les eaux froides pompées à moins 300 mètres. Ainsi pourvue en électricité et en eau potable (grâce à la « colonne d’eau »), la station sera viable en permanence. Un câble relié à la surface apportera air et canaux de communication. Car le numérique sera au cœur de projets éducatifs. Des caméras filmeront en continu la vie marine et le quotidien à bord afin de rendre compte en direct des différentes découvertes, mais aussi pour sensibiliser sur les sujets inquiétants, comme la prolifération du plastique. La pollution sonore, qui décime de grandes quantités d’animaux marins, sera aussi observée par les scientifiques.

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Les données seront partagées avec l’armée, qui s’inquiète à son tour des bruits générés par le trafic maritime, qui parasitent le champ des sonars. Un module Triton viendra, plus tard, compléter la base d’exploration, à 80 mètres de profondeur, pour des missions plus poussées. L’armée américaine pense déjà à y former à bord ses ingénieurs et ses scientifiques. Même si Fabien Cousteau « refuse catégoriquement que Proteus serve un jour de base militaire ».

Fabien Cousteau : « Proteus servira aussi de camp d’entraînement aux astronautes »

Paris Match. À quoi servira la station ?
Fabien Cousteau. Avant tout, il nous faut trouver, avec l’aide de Carmabi, la station marine de recherche de Curaçao, l’endroit le plus stable pour poser Proteus, afin de ne pas abîmer les coraux tout en les étudiant au plus près. Nous travaillerons à leur restauration grâce à l’impression 3D qui mêlera haute technologie et matière vivante. La médecine s’est jusqu’à présent focalisée sur les ressources des forêts tropicales. Grâce à Proteus, nous pourrons prélever des échantillons et les analyser dans nos laboratoires sans qu’ils subissent la détérioration d’une remontée en surface. Nous gagnerons un temps incroyable sur l’étude de remèdes possibles contre les cancers ou des traitements antidouleur. Par ailleurs, Proteus servira aussi de camp d’entraînement aux astronautes en partance pour les missions spatiales.

Fabien Cousteau
Fabien Cousteau. © Carrie Vonderhaar.

Les aquanautes recrutés auront-ils un programme d’entraînement spécifique ? 

Oui, et j’en ferai partie ! Il sera du même ordre que celui des astronautes : physique, mental et très rigoureux. Le processus de retour d’urgence à la surface nécessite dix-huit heures trente de décompression, car les habitants de Proteus vivront sous saturation. Notre hôpital de bord servira aussi de chambre de décompression.

Pourquoi investit-on beaucoup plus dans la conquête spatiale que dans la recherche marine ?
Par ignorance. Nous allons chercher à des milliards de kilomètres ce qui se trouve sûrement chez nous. Pourtant cela aurait des résultats plus rapides et probants.

N’avez-vous pas peur de révéler des ressources très rentables qui provoqueront une frénésie industrielle ?
Il faudra évidemment encadrer l’exploration sous-marine et délivrer des licences avec des conditions drastiques. Sans cette vigilance, on va se retrouver avec des problèmes cent fois plus graves qu’aujourd’hui et ce sera la mort précipitée des océans et donc de la planète.

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