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Rudy Léonet sort l’album Home : « Depuis les années 2000, on vit une époque de synthèses »

Rudy Léonet ne pensait pas un jour enregistrer un album. Et la scène ? "Pas prévu mais il ne faut jamais dire jamais" | © THIS SIDE UP

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Animateur et producteur de radio et de télévision depuis longtemps, Rudy Léonet est également un passionné de musique. La preuve, il a enregistré tout seul chez lui l’album electro Home. Douze titres instrumentaux bien équilibrés avec des moments de mélancolie assumée et des titres plus dansants. À découvrir.

 

Par Laurent Depré

Parler musique avec Rudy Léonet, c’est la garantie de passer en revue plusieurs décennies et aussi d’avoir un regard acéré sur ce qui se fait aujourd’hui dans ce mixte permanent, cette hybridation presque revendiquée comme genre. « Excusez-moi mais je ne partage pas totalement l’avis de ceux qui trouvent qu’il y a trop longtemps que la musique ne s’est pas renouvelée… On ne peut nier l’avènement du hip hop. Si tu prends des artistes comme Billie Eilish ou Christine and the Queens, leur influence va de la culture pop classique à des choses très actuelles qui se font dans le hip hop. Et cela se ressent dans leurs morceaux. À chaque fois, il y a un break ou un passage plus parlé ou rappé avec du flow. Il suffit aussi de voir le nombre de featuring qui existent entre les artistes. The Weeknd qui cartonne est complètement influencé par la musique hip hop tout en proposant toujours des morceaux électroniques… »

Rencontre avec un touche-à-tout qui a réalisé lui-même les clips vidéos de son album Home.

Parismatch.be. Tout d’abord, on a envie de vous demander comment vous vous portez dans le monde qui est le nôtre pour le moment…
Rudy Léonet. « Ce serait très déplacé de ma part de me plaindre comparé à d’autres… Je suis témoin au quotidien de personnes qui sont bien plus durement frappées que moi. Certes, ce n’est pas évident mais je continue à travailler et j’ai bossé sur de gros projets comme la semaine du cinéma belge sur la RTBF. Nous préparons aussi une semaine de la musique belge. Donc, pour répondre de manière courte: ca va ! »

Gardez-vous un mince espoir pour les festivals d’été ? 
« Pour avoir discuté avec des patrons de festivals comme Hellfest en France ou Pukkelpop chez nous, il faut impérativement une réponse officielle des autorités pour fin mars. C’est en avril que les gros festivals prennent contact avec leurs prestataires et passent des commandes. Ensuite, la volonté est d’organiser des évènements en ‘full capacity’. Sans quoi des frais et des engagements seront réalisés mais ne seront pas récupérables. D’autre part, si l’Europe est divisée sur la question ce sera un autre souci. Imaginons que l’on organise en France et Italie mais pas en Allemagne ni en Espagne, par exemple. Les grandes têtes d’affiche amércaines ne viendront pas en Europe pour une demie tournée. Ce serait trop de frais à engager pour 4 dates seulement. Le destin d’un festival en Espagne est lié à celui d’un festival aux Pays-Bas… En cela, l’annulation du Glastonbury festival 2021 en Angleterre n’est pas un très bon signal. »

Comment est née cette envie de réaliser un album electro ?
« Le titre de l’album Home est une double référence. De manière très pragmatique parce que je l’ai entièrement enregistré chez moi avec mon matériel. Ensuite parce que l’electro c’est ma référence musicale, l’ambiance dans laquelle je me sens bien. Beaucoup de gens vous parleront des Rolling Stones ou Elvis Presley comme fondamentaux, moi c’est clairement Kraftwerk, les premiers albums de Human League, la naissance du label Mute avec les premiers Depeche Mode, Cabaret Voltaire… Tout l’electro qui va découler de ce qu’on appelait la ‘cold wave’ du début des années 1980. Il ne faut pas se leurrer : ajourd’hui, tout ce qui est produit fait appel à un ordinateur, à des séquenceurs, à l’informatique. Des couches sont ensuite rajoutées pour sonner de manière moins électronique. Muse est fait à 80% d’électronique et leur dernier album en est la preuve supplémentaire. »

En écoutant un morceau comme « kfc » on se dit en effet que Dave Gahan aurait pu poser sa voix sur la musique…
« Waouw… Déjà merci pour le compliment. C’est trop mais je prends quand même (rires). Ce sont mes influences depuis 40 ans maintenant. Cet album est une proposition de voyage dans plusieurs décennies de musique electro. De Telex à Soulwax pour prendre une référence belgo-belge. Attention, ce n’est pas un album dans lequel j’ai essayé de faire à la manière de… Ce n’est pas nostalgique non plus. J’ai transcrit ce que j’aime tout simplement avec ma vision actuelle. »

Le titre qui referme Home est assez éloigné de tout le reste avec cette simple mélodie de piano. Pourquoi l’avoir intégré ?
« Chaque titre raconte une histoire avec un début, un emballement, une période plus calme et un dénouement. J’avais envie d’une porte de sortie à l’album un peu comme dans les séries où la fin ouvre sur une saison 2, une suite possible… Je rends aussi un bel hommage au film The Breakfast Club de John Hughes. C’est d’ailleurs le seul ‘sample’ qui est présent dans l’album avec cette voix qui répète « The Breakfast Club » plus les noms des personnages du film. »

Le genre musical n’a plus beaucoup d’importance ou d’intérêt en 2021 finalement…
« Prenons un gars comme Post Malone. Ce type est incroyable ! Il vient d’un univers hard rock et il propose de chansons pop-rock terriblement influencées par le hip hop. C’est vrai que des morceaux qui sortent aujourd’hui sont parfois compliqués à dater car ils empruntent à différentes époques. »

Il est donc parfois difficile de s’y retrouver…
« On vit une époque de synthèses depuis le début des années 2000, c’est le cas d’un point de vue vestimentaire également. On peut être confronté à un résumé des années 80 et 90 avec un style hipster… C’est parfois dur de s’y retrouver en effet. En même temps, il ne faut jamais perdre de vue que la musique est une affaire de clans. C’est toujours action et réaction, la réponse à quelque chose. Il n’y aurait jamais eu Zaz si à côté il n’y avait eu la domination de Gims et de Black M. Il n’y aurait jamais eu Adele si en face il n’y avait pas les Black Eyed Peas. C’est toujours la naissance d’un contraire. Donc nous sommes dans une période de synthèse mais avec la nécessité de proposer toujours un « camp » à revendiquer… »

C’est quoi vos flashs en musique pour le moment ?
« J’ai acheté récemment deux sessions live de Serge Gainsbourg à la maison de la radio en France dans les années 60. C’est magnifique avec un son extra sur un très beau vinyle rose. Je me suis procuré aussi le dernier Artic Monkeys. Je suis un grand fan aussi de Billie Eilish dont j’adore l’univers et la personnalité. Sans oublier Charlie XCX… J »écoute aussi beaucoup de musique instrumentale qui est faite avec des synthés modulaires. Et des musiques qui viennent de séries comme Stranger Things. »

Les morceaux coups de coeur de Parismatch.be sur Home
« Acceptable in 1997 »
« kfc »
« Ten waves »
« Piper the organic dog »
« The lighthouse »

Rudy Léonet, Home (2020).

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