Paris Match Belgique

À la découverte de la légende de Sainte-Renelde en Brabant wallon

L’église Sainte-Renelde de Saintes et son imposante tour. Le vitrail de l’Assomption rend hommage à sainte Renelde. | © ©Guy Focant

Actualités

Le village de Saintes, dans la commune de Tubize, est intimement lié au personnage de sainte Renelde.

 

Par Frédéric Marchesani / Photos Guy Focant

Cette figure locale a vécu au VIIe siècle et aurait fait don à l’abbaye de Lobbes du domaine mérovingien qu’elle possédait à Saintes. Fille du comte de Maubeuge et sœur de sainte Gudule, patronne de la cathédrale de Bruxelles, elle a été assassinée vers 680 par deux serviteurs et considérée comme martyre par l’Eglise catholique. Selon la tradition locale, des miracles se produisirent sur sa tombe, puis son corps fut exhumé en 866 et placé dans une châsse. Le site devint ainsi rapidement un lieu de pèlerinage. La sainte est invoquée pour divers maux et plaies (fièvre, paralysie, ulcère, maladies oculaires, chute des cheveux…).

La date de la fondation d’un pèlerinage et d’une procession dédiée à sainte Renelde n’est pas connue. La plus ancienne mention dans les textes date de 1451, mais certaines hypothèses font remonter sa création entre le XIIe et le XIVe siècle. Depuis, tous les ans à la Trinité (le dimanche qui suit la Pentecôte), un grand tour est organisé. Il rend hommage à sainte Renelde, particulièrement vénérée dans le Brabant. Reconnue chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel par la Communauté française de Belgique depuis 2005, cette fête processionnelle et folklorique à cheval rassemble quelque 150 à 200 cavaliers.

 

©Guy Focant

On trouve en tête le Guidon, porte-drapeau du tour, suivi par les musiciens et leur commandant puis par les cavaleries, regroupées par villages. La procession permet également la sortie du char de procession, sur lequel a été fixé la châsse. Celle-ci est décorée d’œillets rouges et blancs, les couleurs de la sainte. La procession, qui commence vers 7 heures du matin, revient à Saintes vers 17 h 30 après un périple de 30 km passant notamment par les villages de Quenast et Bierghes. Elle est accompagnée par une fanfare. Ces pratiques séculaires sont encore très vivaces de nos jours et attirent un public nombreux.

L’église Sainte-Renelde est un édifice essentiellement gothique dont l’élément marquant est sa puissante tour, datée de 1533. Il s’agit de l’unique partie de l’édifice protégée par une mesure de classement. Celle-ci, bâtie en grand appareil de pierre bleue, comporte un massif carré dont les angles sont épaulés de lourds contreforts circulaires montant jusqu’à la toiture. Au sud-ouest se trouve une tourelle d’escalier à vis.

Le portail occidental, ajouté dans le troisième quart du XVIIIe siècle, est aujourd’hui fermé. Le rez-de-chaussée, très élevé, est couvert de voûtains en briques sur liernes et tiercerons avec des clés tournées et pendantes. La nef centrale, aveugle, est séparée de ses bas-côtés par de curieuses colonnes fasciculées et grêles couronnées d’un tailloir carré où s’accrochent des feuilles de plantain. Le chœur, probablement roman, a été allongé au XVIIe siècle et percé de nouvelles baies au siècle suivant.

 

La chapelle Sainte-Renelde abrite la châsse de la sainte du même nom. ©Guy Focant

La chapelle Sainte-Renelde, ajoutée au XVIIe siècle sur le flanc sud du chœur, abrite une châsse (1811) contenant les reliques de la sainte. Le sanctuaire était alors le centre d’un pèlerinage très fréquenté qui explique le caractère imposant de l’architecture des lieux et la richesse de son mobilier. On y admire des statuettes remontant au XIVe siècle, un retable de la fin du XVe siècle et un très beau tableau généalogique de sainte Renelde peint en 1569. L’église est classée comme monument depuis le 25 octobre 1938.

L’église conserve depuis la châsse de sainte Renelde et bien d’autres objets de dévotion. Parmi ceux-ci figure l’exceptionnel char de procession construit en 1773, remisé au fond de l’église et qui, chaque année à la Trinité, promène la châsse lors du grand tour Sainte-Renelde. Fabriqué à Enghien, il a été conçu pour être tiré par quatre chevaux et conduit par deux postillons. Comme tous les chars de procession, il se compose d’un châssis ou « train » supportant une caisse qui elle-même porte la châsse.

La caisse, en forme de sarcophage, est peinte en vert, brun, rouge et or et richement décorée (angelots, bandeaux, frises). Elle est ornée de peintures caractéristiques du néoclassicisme de l’époque. Le char est classé comme monument depuis le 4 août 1992.

L’image de la sainte est partout dans le sanctuaire. L’un des vitraux, dédié à l’Assomption de la Vierge, est décoré dans sa partie basse d’une représentation de la tour de l’église et du puits Sainte-Renelde, haut lieu du pèlerinage.

Le puits Sainte-Renelde

Le puits Sainte-Renelde, lieu de pèlerinage. ©Guy Focant

Outre les reliques conservées dans l’église du village, cette fontaine du XVIe siècle est liée à un autre épisode de la légende de Renelde. Un jour où elle travaillait à la fenaison, ses camarades se plaignirent de la chaleur et de la soif qu’ils ressentaient. La sainte fit alors jaillir une source du sol. Bien plus tard, un puits fut érigé à l’endroit supposé de ce miracle. L’état actuel du site date d’un réaménagement complet réalisé à l’initiative de l’abbé Steen, en 1851.

On conserva la pierre ancienne (datée de 1545) qui entourait le puits, mais on rehaussa le pavement extérieur. On fit ensuite couler une statue de 232 kg en fonte ainsi que les six colonnes qui surmontent le puits et se rejoignent sous la figure de la sainte. Des fouilles archéologiques menées en 2000 ont permis d’attester que le puits ne peut être antérieur au XVIe siècle, mais qu’une autre fontaine a dû exister à quelques mètres de là. La fontaine est classée comme monument et comme site depuis le 20 octobre 1989.

 

L’église Sainte-Renelde de Saintes et son imposante tour. ©Guy Focant

 

CIM Internet