Paris Match Belgique

Daphné Patakia : déesse sans frontières

On verra prochainement Daphné Patakia dans le film « Les cinq diables » de Léa Mysius aux côtés d’Adèle Exarchopoulos. | © Chopard

Actualités

Véritable révélation du troublant « Benedetta » de Paul Verhoeven, la jeune comédienne belgo-grecque trace un chemin qui passe aussi bien par les terres hellènes que les plateaux de tournage français ou belges.


Entre le tournage en Belgique de la saison 2 de la série « OVNI(s) » et la présentation de « Benedetta » au Festival de Bruxelles, elle court Daphné Patakia. « Quand je tourne ici, je retourne chez mes parents, l’occasion de retrouver ma chambre d’enfant, ma sœur et le pays où j’ai grandi. Chaque matin, j’ai l’impression de retourner à l’école ! ». La jeune femme est en effet née à Bruxelles de parents grecs. Celle qui incarne Bartolomea, jeune nonne par qui le scandale arrive aux côtés de Virginie Efira (Benedetta), irradie cette histoire de passion, mystique et charnelle.

Paris Match. Comment reçoit-on un tel scénario ? En étant envahie par le doute et les questionnements ?
Daphné Patakia. Je vous avoue que le seul nom de Paul Verhoeven vous fait accepter immédiatement un projet. Nous avons beaucoup parlé, il m’a expliqué sa vision des choses, notamment quant aux scènes d’amour grâce à un storyboard détaillé, je me suis sentie totalement en confiance. On peut se poser beaucoup de questions sur Bartolomea comme sur Benedetta mais mon désir était de rester dans l’impulsivité du jeu. L’ambiguïté fait partie du cinéma de Verhoeven et il n’est pas nécessaire d’avoir des réponses à tout. Il n’est pas du genre à beaucoup travailler sur la psychologie des personnages. J’étais surtout attentive à sa mise en scène et me suis laissée guider. Il y avait une énergie commune entre nous tous, notamment entre Virginie et moi.

Incarnez-vous une certaine image rebelle ?
Si on se réfère au livre dont est tiré le film, « Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne » de Judith C. Brown, l’auteur parle du couvent, à cette époque du XVIIe siècle, comme étant un lieu de résistance et de révolte. Et les femmes pouvaient y apprendre à s’éduquer, à lire, alors que je le voyais comme un lieu clos et austère. Cet aspect m’a beaucoup intéressée.

Vous avez affronté des scènes compliquées, de sexe et de torture. Comment se protéger ?
Là réside toute la catharsis de notre métier. Ces scènes sont plus dures à voir qu’à réaliser car je n’aurai jamais à vivre ce type d’expériences, du moins je l’espère ! On vit les choses par procuration en nous permettant d’affronter nos peurs, nos fantasmes, nos doutes. Une façon d’exorciser nos cauchemars ou nos rêves enfouis et d’explorer certaines facettes de notre personnalité.

« Je ne sais pas si je suis quelqu‘un de drôle mais joyeux, très certainement »

Votre envie de devenir comédienne vient-elle de vos parents, passionnés de théâtre ?
Mes parents avaient monté avec des amis une troupe amateur qui comprenait aussi une troupe pour enfants. Nous jouions tous ensemble le dimanche et continuer dans cette voie m’a paru tout naturel. Ma langue maternelle est le grec, j’ai fait toutes mes études à l’école européenne en section Grec, le français est ma seconde langue. N’ayant jamais habité en Grèce, je voulais y faire ma formation, d’autant qu’il y existe cette grande tradition du théâtre antique. Pour ce qui est du cinéma, les choses y sont plus compliquées. Je suis arrivée au moment de la crise et peu de subsides sont alloués à la culture. Mais ce manque de moyens nous oblige à nous montrer inventif, ce qui donne un cinéma grec assez unique en son genre. C’est le système de la débrouille au service de la créativité.

Aux côtés de Virginie Efira dans Benedetta ! ©DR

Une série comme « OVNI(s) » vous permet-elle d’exprimer votre côté comique et joyeux ?
Je ne sais pas si je suis quelqu‘un de drôle mais joyeux, très certainement. Et la comédie est un genre où on apprend énormément, très exigeant au niveau du rythme. Mais je vous avoue que le plus compliqué reste de ne pas rigoler durant les prises. Mes camarades Michel Vuillermoz, Melvil Poupaud et Quentin Dolmaire sont tellement drôles que je passe mon temps à me mordre la langue.

Vivez-vous encore en Grèce ?
Je vis désormais à Paris mais retourne très souvent en Grèce. Ma grand-mère de 101 ans vit sur l’île de Syros et je suis très proche d’elle. Je continue à y mener des projets tout en m’ouvrant au reste du monde. J’adorerais retravailler avec Yorgos Lanthimos, j’adore son univers.

Qu’est-ce qui vous marque le plus à Bruxelles ?
L’image la plus forte, à chaque fois que je reviens, est d’arriver à la Gare du Midi, de me retrouver plongée dans cette ambiance, ce tourbillon de voyageurs. La maison de mes parents est l’endroit où je me sens le mieux. Si je dois citer un quartier que j’aime particulièrement à Bruxelles, ce serait à Saint-Gilles, du côté de la place Bethléem. J’y ai passé beaucoup de temps ado, je faisais du vélo avec ma meilleure amie.

Vous jouez encore du bouzouki ?
Oui, même si pour le moment je ne progresse pas beaucoup car j’ai un peu lâché l’affaire par manque de temps mais je compte bien m’y remettre.

©Chopard

 

CIM Internet