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Couleur Café : « Le hip-hop, c’est la musique qui vit maintenant et le talent est là »

De Tour & Taxis au parc de l'Atomium, il se pourrait bien que Couleur Café ait gagné au change.

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En 2017, Couleur Café refait le monde : le sien, avec un déménagement et une programmation recentrée autour de ses racines world.

 

« On savait depuis des années qu’on ne pourrait pas rester éternellement à Tour & Taxis », raconte Irene Rossi, coprogrammatrice de Couleur Café, l’air un peu désolé. La fièvre bâtisseuse de la dalle de béton centrale était devenue envahissante, faisant déménager le festival ici, le reléguant là, l’envoyant de ce côté puis de l’autre, d’année en année. « C’était le casse-tête », avoue celle qui fait voyager Bruxelles au bout du monde, et vice-versa. Alors, après plus de dix ans passés le long du canal, Couleur Café a largué les amarres, quitte à chambouler son public. Une décennie de démarches, de formulaires et de presque-supplications plus tard, « Coul’ Caf' » se met au vert, au pied de l’Atomium.

Il faut dire qu’il ne se passe d’ordinaire pas grand chose, au parc public d’Osseghem. « De manière générale, la ville n’est pas très ouverte à y organiser des activités », décrype Irene Rossi, avant de se réjouir, les yeux tout à coup brillants, des 40 000 mètres carrés de verdure gagnés à la sueur de leur front – presqu’autant qu’à Tour & Taxis. « C’était notre choix préféré », confesse-t-elle.

©Couleur Café/Nathalie Nizette – Cette année, le festival déménage à quelques pas de l’Atomium, dans le nord de la capitale.

Mais au-delà des considérations purement géographiques, le déménagement de Couleur Café est aussi le symbole d’un grand chamboulement, d’une petite révolution en soi – dans le sens littéral du terme : faire un tour sur soi-même. Le voilà qui revient à ses racines : celui d’un festival avec une réelle identitié world, chargé d’un but social et démocratique. « On a baissé les prix. C’est un retour aux sources, tout le monde doit venir », place Irene Rossi, et poursuivant : « On s’est aussi un peu recentrés autour de la musique. Aujourd’hui, tout le monde fait un peu de tout et nous, on veut surtout proposer de la musique africaine, du hip-hop, du reggae. De l’electro aussi, parce que c’est dansant et festif : c’est ça aussi, Couleur Café ; rassembler les gens et faire la fête ensemble ». Retour à la case départ, pour un nouvel envol, stimulé par un second souffle chaleureux.

La musique, surtout

Il faut dire qu’après quelques années d’errements de programmation, de futilités musicales pour coller aux tendances pop rock bien trop belges, le festival avait perdu de son attrait, de son petit côté épicé qui faisait de lui une proposition unique. Mais depuis l’année dernière, la prise de conscience est féroce et les changements visibles. On retourne dénicher les talents vus nulle part ailleurs, empreints de ce style propre aux belles migrations et aux croisements audacieux. Le grand Baloji, à retrouver ce samedi, fait partie de ceux-là. Lianne La Havas, Oumou Sangare, The Roots et Daniel Dzidzonu aussi.

Côté petits pas de côté et grand écart festif, le Couleur Café colonise également une belle partie de la programmation électronique sérieuse de l’été bruxellois – aux côtés des propositions d’Archipel au canal. Lefto, Le Motel, J. Bernardt, mais surtout une belle carte blanche offerte au trio Goodfellaz Sound System et à la salutaire proposition féminine Supafly Collective : une scène rien que pour eux et leurs DJ’s invités, ainsi que quelques collaborations mystère. Il se murmure d’ailleurs que Roméo Elvis et d’autres artistes programmés pourraient y passer un bon quart d’heure.

Alerte à la bombe hip-hop

Mais là où les choix de Couleur Café se font le plus savoureux, c’est dans une sélection hip-hop toujours plus pointue. L’année dernière déjà, le ton avait été donné : en rassemblant sur une même scène la crème de la nouvelle génération du rap belge, le festival avait été le premier à marquer le coup. La programmatrice retrace la genèse d’un projet malin : « Il y a quinze ans, on avait déjà fait un petit projet du genre. On sentait ici depuis deux ans que cette scène revivait énormément. Au niveau international, c’est devenu comme la pop des jeunes et en Belgique, il y a tellement de talent. Comme on n’a que trois scènes et qu’on ne peut pas se focaliser que sur le hip-hop, on a pensé en faire un projet qui mette les gens ensemble ».

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Et en 2017, le rassemblement « Niveau 4 » se pose encore une fois en label de qualité, avec d’étonnants Flamands et des Bruxellois bosseurs. Zwangere Guy, L’Or Du Commun, TheColorGrey, Le 77, Darrell Cole, ISHA, Junior Goodfellaz & DJ Vega ont travaillé un show unique où ils partagent tous la scène. « Le hip hop, c’est la musique qui vit maintenant, et le talent est là« , assure Irene Rossi – au cas où les médias belges et français ne l’auraient pas encore martelé avec assez d’enthousiasme.

Roméo Elvis, c’est la star de Bruxelles. La star belge !

Mais Niveau 4 est à l’image de la programmation : dangereuse. Forcément, « quand on sort du mainstream, on prend des risques », avoue-t-on. « Mais si on veut un festival qui soit une aventure, qui fasse rêver les gens, il ne faut pas leur offrir des choses qu’ils voient tous les jours », professe Irene Rossi. À Couleur Café cette année, une vingtaine d’artistes ne joueront que dans le parc bruxellois. Et quant à Roméo Elvis, infatigable rappeur manifestement doté du don d’ubiquité, et bien, « Roméo Elvis, c’est la star de Bruxelles. La star belge ! » Alors, forcément…

©Couleur Café/Elie Carp – L’équipée sauvage de Niveau 4, version 2017.

Patriote

« Il y en a certains qu’on ne doit plus présenter », précise-t-elle. D’autres en revanche font figure de beaux inconnus. « Comme Daniel Dzidzonu, qui, s’il ne joue pas à Couleur Café, ne jouera nulle part », s’attriste Irene Rossi pour l’emblème afrobeat de l’affiche. Artiste togolais installé à Laeken, il y figure sous l’étiquette patriote « Be Focus », qui met en avant les artistes belges. « Beaucoup de festivals belges programment des Belges, mais ce sont les mêmes artistes que l’on voit partout : ceux qui passent souvent à la radio, et majoritairement en pop rock. Les Belges qui ne passent pas à la radio, on les oublie, même s’ils sont connus sur les scènes live », estime la moitié du duo à la programmation. Elle conclut : « Je pense qu’on a vraiment une fonction et un rôle à jouer là-dedans ».

Un nombre impressionnant de missions semblent peser sur les frêles épaules du festival – un engagement qu’on peine à retrouver parfois dans un milieu forcément tiraillé par ses obligations financières. Entre la simple survie et le noble rôle de découvreurs de talents, Couleur Café pourrait avoir trouvé l’équilibre.

©Couleur Café – Daniel Dzidzonu.

Festival Couleur Café, du 30 juin au 2 juillet au parc d’Osseghem, au pied de l’Atomium.

 

Les coups de cœur de la programmatrice

Princess Nokia
C’est une artiste engagée et une femme aussi – c’est important. Elle vient de New York et fait du hip-hop, mais dans un esprit nouveau. Elle a un vrai message à faire passer.

Batuk
C’est un groupe sud-africain et vraiment une découverte pour moi ! Ils sont à la croisée de Die Antwoord et Buraka Sound Sistema. C’est une musique très dansante, avec une image forte.

Lamomali
C’est un projet de -M-, Matthieu Chedid – qui est déjà un artiste super seul. Pour ce projet, il travaille avec des artistes maliens très connus et des Français comme Oxmo Puccino. C’est un véritable show. Cet été, on ne pourra les voir qu’à Couleur Café, donc ça vaut vraiment la peine. C’est un projet unique, qu’on ne verra peut-être plus jamais après ! C’est un artiste très « Couleur Café », parce qu’il travaille toujours avec des artistes qu’il va chercher à travers le monde : c’est un peu le Damon Albarn français !

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