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Samuel L. Jackson : «J’ai une peur viscérale de perdre la boule»

Dominique Fishback et Samuel L. Jackson dans "Les derniers jours de Ptolemy Grey" | © Apple TV+

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Avec Les derniers jours de Ptolemy Grey , la star américaine met un coup de projecteur inédit sur la sénilité. Il nous parle en exclusivité de cette série qui lui tient tant à cœur.

Trois décennies qu’il règne en maître à Hollywood, et c’est peut-être le plus personnel de ses rôles. Avec Les derniers jours de Ptolemy Grey, Samuel L. Jackson brise l’ultime tabou du monde de la fiction : celui de la démence sénile, qu’il porte avec conviction et sans pathos. Et pour cause : « Alzheimer s’est abattu sur ma famille comme une malédiction, explique l’acteur de 73 ans, depuis Los Angeles. Ma mère, ma tante, mon oncle, mon grand-père en ont fait les frais. J’avais envie de témoigner, à ma façon, sur le sujet. »

Adapté du roman éponyme de Walter Mosley par l’auteur en personne, le drame en six tableaux fait de Jackson un vieillard à côté de la plaque, nonagénaire à la dérive dans son appartement miteux d’Atlanta, perdu dans ses souvenirs en lambeaux… Jusqu’à l’arrivée de Robyn, adolescente orpheline qui vient veiller sur lui à la place de son neveu, mystérieusement disparu. Deuil, absence(s), mémoire ou ségrégation : de tout cela, et plus encore, il est question dans cette ode électrique à la vie. Au milieu du chaos, le duo formé par le papy largué et la jeune femme alerte (Dominique Fishback, déjà repérée dans la série The Deuce) fonctionne merveilleusement. Affaire de transmission : quand Fishback arrive sur le tournage, Samuel envoie valser les convictions les plus intimes de l’actrice. « Dominique avait bossé son rôle dans les moindres détails, jusqu’à en faire une présentation Powerpoint de 30 pages ! raconte-t-il, les yeux exorbités. Mon approche est tout autre : je me pointe, je m’éclate, je joue au feeling. » Avec un seul mot d’ordre, martelé à la cadette par l’aîné : « Lâche-toi ! Le métier de comédien, c’est du fun avant tout. »

L’acteur fétiche de Tarantino s’affiche plus vulnérable que jamais

Sous ses airs éternellement joviaux, Samuel conjure aussi le sort avec cette partition. « Je vis avec une peur viscérale de devenir sénile, reconnaît-il. J’y suis génétiquement prédisposé. D’où mon attrait pour les longs monologues ! Leur apprentissage me conforte dans l’idée que je ne perds pas complètement la boule. » Mosley avait fait du plus intime de ses écrits un hommage à ses parents, réduits à la démence en fin de vie. Dans son sillage, et à l’extrême opposé de ses rôles de tueur patibulaire ou de super-héros dans les franchises Star Wars et Marvel (qu’il retrouvera prochainement), l’acteur fétiche de Tarantino s’affiche plus vulnérable que jamais… Même si notre remarque le fait bondir : « Tous mes personnages ont leurs failles ! conteste-t-il. Au contraire, Ptolemy est doté d’une force intérieure sidérante. Il me rappelle les membres de mon clan que j’ai accompagnés jusqu’à la fin de leur vie. Aussi terrible soient les ravages de cette maladie, je suis fier d’avoir été là pour eux. »

L’homme, entré en 2011 au Guinness des records pour avoir engrangé le plus de recettes au box-office mondial, est aussi la raison essentielle pour laquelle le grand public se penchera enfin sur cette épineuse question. Le magnétisme de l’acteur fera le reste, Jackson incarnant cinquante subtiles nuances de Ptolemy Grey, personnage qui, au fil d’une quête personnelle, passe un pacte faustien avec la médecine. En empruntant à la sagesse eastwoodienne ou à l’humanisme d’un Robert Redford, ces « Derniers jours » forment surtout un récit universel. Et un miroir renvoyé à l’absurdité de l’époque. « Écrire des SMS, c’est bien. Échanger avec ses aînés, c’est mieux ! martèle Jackson. Enfant, j’ai davantage appris de mes conversations avec mon grand-père que de quiconque. Le goût de la vie passe d’abord par les anciens. »

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