Paris Match Belgique

Dans les archives de Paris Match : à la poursuite de Christian Dior

Paris, juillet 1957, avenue Montaigne : Christian Dior prépare une nouvelle collection. | © Jack Garofalo/Paris Match

Actualités

Pour le 70ème anniversaire de la création de la maison Dior, Paris Match retourne ses archives à la recherche des écrits d’époque sur le créateur de génie.

12 février 1947, 10h30, avenue Montaigne à Paris. À l’âge de 42 ans, Christian Dior présente les 90 modèles de sa première collection à la presse sur 6 mannequins. Les lignes « Corolle » et « Huit » seront très vite rebaptisées « New Look ». Au terme du défilé, après avoir vu « ces silhouettes inédites, ces longueurs, ces volumes, ces tailles étranglées et ces bustes sexy en diable », la rédactrice en chef du magazine américain Harper’s Bazaar, Carmel Snow, s’exclame : « Mon cher Christian, vos robes ont un tel new look ! », lit-on sur le site de la maison Dior. Un correspondant de l’agence Reuters attrape la formule au vol. Elle fera florès.

Dix ans plus tard, le 24 octobre 1957, le couturier est foudroyé par une crise cardiaque en Italie, où il séjournait pour une cure. Mais qui était vraiment Christian Dior ? Et comment était-il perçu par ses contemporains ? Réponse dans un Paris Match de 1950.

À la fois spirituel et gourmand

« Christian Dior est un Normand de Granville. Il a un visage pointu par le nez, rond par les joues, à la fois spirituel et gourmand, comme on en trouve que dans les bibliothèques. Il a eu, dans les années 1910 à 1920, l’enfance des enfants sages sur les plages de la Manche, avec l’arrière plan des permissionnaires et des infirmières. Christian se destinait résolument au métier d’amateur éclairé, peut-être de diplomate : Jeanson-de-Sailly, sciences politiques, voyages. Il semble fuir son destin. Il part à la découverte de la Russie, s’attarde à Tiflis, revient malade, va se guérir à Séville. On dirait le héros d’un poème d’Apollinaire, courant à travers les musées, émigrant avec les beaux jours, mélangeant dans ses souvenirs les corsos et les fresques. Ce dilettante tient l’album de souvenirs et peut dire, à 30 ans : ‘Je suis vieux comme la civilisation occidentale’ ».

C’est grâce à ses croquis qu’il va vivre. Sa famille (qui travaille dans les produits chimiques) a fait faillite. Dans Le Figaro, page de la mode, on lui prend des dessins qui enchantent les couturiers. Agnès lui demande des chapeaux, Piguet des robes.

Il vit en ermite

Première révolution, 1938, les jupes amples et plissées, ces jupes qui sur les bicyclettes de la France occupée, s’ouvriront comme des corolles. Le sapeur de deuxième classe Christian Dior entretient les voies ferrées dans les Ardennes. Après l’armistice, il fait un retour à la terre dans une propriété rescapée de la faillite de 1931 (à 32 kilomètres de Cannes). Il taille les arbres fruitiers, vit en ermite.

Sa vraie révolution, le « New Look », date de 1947, le 12 février exactement, date de présentation de sa première collection. Il a rencontré l’argent en la personne du roi du coton, Boussac, et il a un hôtel particulier, 30 avenue Montaigne, qui devient aussitôt le palais de la mode. Les femmes ont tout de suite reconnu leur prophète. Dior a redonné à Paris sa couronne de reine du monde. En 1949, sur le chiffre global des exportations de la haute couture, Dior représente à lui seul près de 75 %. Ce poète du farniente est devenu un travailleur acharné. Il invente près de 500 robes par an.

©Walter Carone/Paris Match – Rue Lepic à Paris, une jeune femme portant une jupe corolle de Christian Dior est prise à parti avec violence.
Ce célibataire endurci a 785 femmes : 732 ouvrières, 40 vendeuses, 13 mannequins. Seuls les mélomanes ont une chance de rencontrer Dior dans un endroit public de Paris. Il ne sort guère que pour se rendre au concert et personne ne fait attention à ce petit homme chauve, seul, les yeux fermés, perdu dans l’anonymat de Pleyel, plongé dans les délices de la musique. L’histoire de Dior, c’est la rêverie d’un promeneur solitaire.

Fidèle à une diseuse de bonne aventure

Peu après sa mort, en 1957, on peut lire dans Paris Match : « Le jour de son départ, Christian Dior avait rendu visite à « Grand-mère », diseuse de bonne aventure qu’il consultait pour tous les actes importants de sa vie. Depuis quelque temps, elle redoutait pour lui les voyages. Il en avait annulé un pour les États-Unis, mais il ne voulait pas renoncer à sa “petite cure“ en Italie malgré ses supplications.

Extraits de Paris Match du 18 mars 1950 (portrait de André Lacaze et Walter Carone) et du 2 novembre 1957 (hommage peu après son décès)

CIM Internet