Paris Match Belgique

Liu Xiaobo : La mort pour ultime liberté

Peu de temps avant sa mort, beaucoup de chinois avaient prié pour Liu Xiaobo. | © AFP PHOTO / Anthony WALLACE

Actualités

Atteint d’un cancer du foie, le dissident chinois et prix Nobel de la Paix Liu Xiaobo est décédé à l’âge de 61 ans, ce jeudi.

 

D’après un article de Yannick Vely pour Paris Match France.

Le dissident chinois Liu Xiaobo est mort jeudi à l’âge de 61 ans, ont annoncé les autorités de la province du Liaoning, où le prix Nobel de la paix 2010 était hospitalisé pour un cancer du foie en phase terminale. Liu Xiaobo avait auparavant été détenu pendant plus de huit ans pour « subversion ». Il est le premier prix Nobel de la paix à mourir privé de liberté depuis le pacifiste allemand Carl von Ossietzky, décédé en 1938 dans un hôpital alors qu’il était détenu par les nazis.

Lire aussi > Liu Xiaobo, libéré de prison pour mourir

Ancienne figure de proue du mouvement démocratique de la place Tiananmen en 1989 et bête noire du régime communiste, l’écrivain avait bénéficié d’une mise en liberté conditionnelle après avoir été diagnostiqué en mai d’un cancer du foie en phase terminale. Liu Xiaobo a été condamné à une peine de onze ans de prison pour subversion en 2009 pour avoir corédigé la Charte 08, un projet de constitution qui remettait les droits de l’Homme et le respect des règles démocratiques au coeur du système chinois. Dans l’ouvrage La philosophie du porc, paru en France aux éditions Gallimard et préfacé par le Tchèque Vaclav Havel, il définissait avec clairvoyance la politique actuelle menée par la dictature chinoise.

©AFP PHOTO -Liu Xiaobo dans un hôpital chinois, le 11 juillet dernier.

La philosophie du porc

« Dans cette atmosphère d’abrutissement et d’amnésie de toute la nation, les élites ont crée une ‘philosophie du porc’ sous prétexte de ‘retour vers l’académique’ et de ‘localisation’ pour collaborer avec l’idéologie dominante (…), jugeait-t-il. En un mot, elle explique comment faire pour que les porcs s’endorment quand ils sont rassasiés, et mangent quand ils se réveillent ; elle les maintient au mieux au stade des besoins primaires, alimentaires et sexuels, sans leur laisser le droit à de plus grandes ambitions ». L’ancien enseignant n’avait pu se rendre à Oslo en 2010 pour y recevoir son prix Nobel. Furieux, le gouvernement chinois avait même gelé ses relations avec la Norvège.

Lire aussi > Le tabou Tiananmen : un Chinois condamné pour avoir rappelé l’évènement

Il avait terminé son ouvrage par ces mots : « J’espère que je serai la dernière victime de l’incessante inquisition intellectuelle, et qu’après moi, nul ne sera incriminé pour ses paroles. La liberté d’expression est la base des droits de l’Homme, le fondement de l’humanité, la mère de la vérité (…). Je ne me considère pas comme coupable (…) parce j’ai fait tout mon possible pour assumer mes responsabilités sociales en tant que citoyen chinois. Et, si je suis accusé pour cela, je ne m’en plaindrais pas ».

CIM Internet