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Sosoye : la douceur sur le plateau du Condroz

Le village de Sosoye vu du ciel. | © Guy Focant et Vincent Rocher

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En ces mois de juillet et d’août, les « Trésors wallons » voyagent sans interruption dans les plus beaux villages de Wallonie. Partez donc en balade à la découverte des plus charmants endroits.

Par Florence Pirard
Photos Guy Focant et Vincent Rocher

Sosoye est un village de la commune belge d’Anhée, située dans la province de Namur. Son hameau, Maredret, abrite une abbaye. Le village de Sosoye est implanté sur le plateau du Condroz oriental dans l’Entre-Sambre-et-Meuse. Sosoye a appartenu à l’abbaye Saint-Gérard de Brogne du XIe au XVIIIe siècle.

Élevé en paroisse autonome en 1607, le village restera pourtant confié aux moines de l’abbaye. En 1819, Sosoye se sépare de Saint-Gérard et devient une commune à part entière jusqu’à la fusion de 1977 qui la rattache à Anhée.

Le village de Sosoye est constitué d’un ensemble d’habitations en pierre du XIXe siècle concentré autour d’un petit promontoire où s’est implantée l’église paroissiale, juste au-dessus de la Molignée, petite rivière qui aime louvoyer dans les prés. Ce charmant village d’une belle homogénéité, abrite deux biens classés et plusieurs bâtiments de grand intérêt patrimonial.

 

L’abbaye de Maredret, un édifice néogothique du XIXe siècle. ©Guy Focant et Vincent Rocher

L’église paroissiale Notre-Dame de la Nativité. Édifiée par l’abbaye Saint-Gérard, l’église de Sosoye est une construction classique en pierre bleue dont le plan se compose d’une tour au sud, d’une nef de trois travées et d’un chœur plus étroit. La tour de trois niveaux est encadrée à l’est et à l’ouest par des annexes en quart de cercle. Dans l’axe, le portail est daté à la clé de 1764. La tour est surmontée d’une flèche ardoisée octogonale. À l’intérieur, d’épais pilastres toscans supportent la voûte datée de 1765. Le mobilier comprend un maître-autel en provenance de Tongres (1754), des lambris et des statues (fin du XVIIIe siècle), un Christ (XVIIe siècle), des pierre tombales (XVIIIe siècle)… L’église est classée comme monument en 1975.

Le presbytère. À côté de l’église et surplombant la route, le presbytère est une habitation de calcaire en L, datant du XVIIIe siècle, qui a subi plusieurs transformations. Haute de deux niveaux élevés sur des caves, la demeure a dû s’adapter aux caprices du relief en jouant notamment sur l’élévation de ses fondations, mais également sur un terrassement conséquent visant à positionner l’entrée principale de la bâtisse au niveau de l’église.

 

 L’intérieur de l’église Notre-Dame de la Nativité ©Guy Focant et Vincent Rocher

Construction de style classique, le presbytère se démarque des habitations qui le côtoient par sa situation et par son imposant volume, renforçant ainsi l’impression de monumentalité de l’édifice. Le bâtiment principal conserve, dans la façade latérale est, une porte condamnée du XVIIe siècle dont la clé est ornée d’une niche. La façade principale a, quant à elle, été remaniée en 1767-1768. À gauche, l’aile en retour est datée « 1733 / G.M.P.S », initiales de Guillaume de Mehegne, pasteur de Sosoye.

Son pignon se pare d’un crépi gris qui a pour objectif de le protéger des intempéries. Accessible par un dispositif composé de quelques marches, la porte de la cave comprend un linteau en forme d’anse de panier, sans doute de remploi, sur lequel on devine la date « 1660 ».

La grange aux Dîmes. Incorporée aujourd’hui à la ferme Baudart, l’ancienne grange aux Dîmes est datée par ancres de 1646. La construction de calcaire s’ouvre par deux portails jumelés en plein cintre. Une subtile harmonie se dégage de l’édifice, modelée par la simplicité de la composition et la résonance entre les vides et les pleins. La symétrie générée par l’agencement des deux portails, ainsi que le contraste de couleurs entre le gris des pierres calcaires et le rouge-orangé des tuiles, contribuent au bel équilibre de l’ensemble. La grange aux Dîmes est intimement liée à la vie villageoise d’autrefois.

 

Grange aux Dimes. ©Guy Focant et Vincent Rocher

Elle abritait sous l’Ancien Régime les produits de la dîme imposée aux paysans par l’abbaye Saint-­Gérard de Brogne. La dîme, du latin « decima » (dixième) était une taxe prélevée par le clergé ou la noblesse correspondant habituellement à la dixième partie des récoltes. Le choix des moines de bâtir la grange aux Dîmes dans un village quasi dépourvu de cultures et non sur le plateau, concentrant les terres arables, intrigue. Cet emplacement, a priori paradoxal, pourrait s’expliquer par la présence du gué qui constituait un passage obligatoire depuis les terres cultivées vers l’abbaye de Saint-Gérard.

L’ancienne brasserie Baudart. En 1847, l’ancienne brasserie banale disparaît. La succession d’extensions et d’adaptations de l’activité se lit dans la suite de gabarits accolés, mais aussi dans les maçonneries aux appareillages grossiers, répondant avant tout à des besoins fonctionnels. Les baies au niveau de la toiture permettent le stockage des grains sous les toitures, tandis que les nombreuses cheminées, existantes ou murées, témoignent des étapes nécessaires à la production de la bière. À l’instar du logis rural, complété par l’étable et la grange, le logement du propriétaire est attenant aux bâtiments d’exploitation. Construite au début du XXe siècle, cette habitation témoigne du succès de la brasserie.

 

Ancienne Brasserie Baudart. ©Guy Focant et Vincent Rocher

L’école communale. Ce bâtiment de la deuxième moitié du XIXe siècle comprenait une salle de classe, la salle du conseil communal et le logement de l’instituteur. Ce regroupement fonctionnel assure une certaine prestance au bâtiment public, tout en réalisant une économie d’échelle. Ces différentes activités sont ordonnancées par une conception rigoureusement symétrique de la façade à rue. Les détails architecturaux affirment son statut : encadrements ouvragés en pierre de taille, pilastres d’angle, corniche en bois dentelée soulignée par un larmier, couronnement par un fronton cintré peint par un instituteur.

L’abbaye de Maredret. L’abbaye des saints Jean et Scholastique, mieux connue sous le nom d’abbaye de Maredret, a été fondée en 1893 par sept moniales, dans un vallon surplombant la Molignée. La première abbesse, Agnès de Hemptinne, finance la construction sur fonds propres de l’église abbatiale et participe activement à sa décoration. Agnès n’était autre que la sœur de Félix de Hemptinne, l’un des fondateurs de l’abbaye de Maredsous.

Le terrain sur lequel est érigé le monastère est, ici aussi, offert par la famille d’industriels Desclée. Situés à un jet de pierre l’un de l’autre, ces deux établissements religieux ont décidément bien des points communs. C’est au prolifique architecte gantois Auguste Van Assche, spécialiste de la rénovation d’édifices médiévaux et fervent partisan de l’architecture néogothique, qu’est confié le chantier de l’église abbatiale de Maredret. Réputée pour son acoustique et sa décoration, elle est érigée entre 1898 et 1907.

 

Les stalles des moniales à l’abbaye de Maredret. ©Guy Focant et Vincent Rocher

Le reste des bâtiments abbatiaux est bâtit entre 1891 et 1936 par les architectes Ensival, Pequet, Soreil et Durieu. La construction a été entreprise avec de fortes pierres calcaires extraites dans deux carrières situées dans l’enceinte même de l’abbaye. Le domaine d’une quinzaine d’hectares est entouré d’un haut mur orné de deux tours d’esprit médiéval.

Dès la fondation du monastère, un atelier d’enluminure y est créé. Celui-ci est depuis devenu mondialement réputé. C’est à Maredret que fut, par exemple, calligraphiée et enluminée la célèbre lettre pastorale « Patriotisme et endurance » du cardinal Mercier, publiée à Noël 1914, classée parmi les ­trésors de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Aujourd’hui encore, les moniales s’initient à l’art médiéval de l’enluminure de textes sacrés, redécouvrant et adoptant des techniques ancestrales. Contrairement à Maredsous, ce bijou du patrimoine religieux ne peut être visité. Il est toutefois possible d’y effectuer des retraites spirituelles.

Le site exceptionnel de la colline de Sosoye

Communément appelée « la montagne de Ranzinelle », la colline qui longe la rive gauche de la Molignée, en aval de l’abbaye de Maredsous, est tapissée de pelouses qui constituent une réserve naturelle protégée. Le site est classé depuis 1989. Dominant le très pittoresque village de Sosoye, ce coteau admirable est l’un des joyaux de notre patrimoine naturel.

La végétation, absolument remarquable, comprend des associations d’escarpements calcaires à orpins et mélique ciliée, des pelouses xériques à globulaire et persil de montagne, des pelouses mésophiles à brome érigé et brachypode, très riches en orchidées, des ourlets thermophiles à dompte-venin, une chênaie calcicole ainsi qu’un lambeau d’érablière de ravin à scolopendre.

L’intérêt botanique est souligné par la présence de nombreuses plantes rares en Belgique. L’entomofaune y est également d’une exceptionnelle diversité (lépidoptères, orthoptères et hyménoptères en particulier). La montagne de Ranzinelle a également donné son nom aux habitants du village, surnommés « Les Montagnards ».

 

Sosoye.©Guy Focant et Vincent Rocher

Santé !

La Molignette n’est pas une bière. Il s’agit d’un apéritif artisanal à base de vin blanc avec ajout, selon les goûts, d’une macération de différents fruits. Cet apéritif se décline aussi en liqueur. À consommer avec modération.

Organisez votre visite

Les sites internet de l’association Les Plus Beaux Villages de Wallonie et le Syndicat d’initiative d’Anhée Meuse-Molignée regorgent d’informations pour organiser votre visite. Vous pourrez faire votre choix entre différents circuits de balades et de randonnées, ou des parcours thématiques (trésors du patrimoine, paysages naturels et panorama, en famille, rêveries romantiques, gastronomie et terroir, créateurs et savoir-faire, insolite, festivités…). De nombreux hébergements, restaurants et brasserie sont également proposés. Profitez de cet été pour parcourir nos plus beaux villages wallons. Bonne route !

 

De nombreuses balades et activités sont proposées pour découvrir le village. ©Guy Focant et Vincent Rocher

Les plus beaux villages de Wallonie

L’association des Plus Beaux Villages de Wallonie, créée en 1994 pour valoriser l’identité des régions rurales wallonnes, est un réseau comptant trente et un villages labellisés. La diversité des paysages et des bâtisses -traditionnelles y constitue un patrimoine naturel et architectural exceptionnel et privilégié qu’elle veut préserver et inviter à découvrir.

Chaque village le décline sous divers angles : le bâti et le paysage, bien sûr, mais aussi les traditions et les saveurs locales. Le tout ne pourrait vivre sans le cœur et la fierté des villageois et de personnes passionnées. Avec l’aide des habitants, des associations locales et des pouvoirs publics, l’asbl y impulse des activités et des projets aussi diversifiés que novateurs.

INFOS

Les Plus Beaux Villages de Wallonie : beauxvillages.be Syndicat d’initiative d’Anhée Meuse-Molignée :
8, rue de la Molignée à 5537 Anhée
+32 (0) 82 61 39 00 ; anhee.tourisme@gmail.com

 

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