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Les enfants survivants de Raqa condamnés à la souffrance sans une aide psychologique adéquate

Une enfant déplacée, dans une maison de Raqa où elle a trouvé refuge | © AFP PHOTO / Delil souleiman

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L’organisation Save the children sonne l’alerte quant aux séquelles que laissent les combats syriens sur les civils, les plus jeunes surtout.

Des nuits entières, Rachida, 13 ans, n’a pas trouvé le sommeil, hantée par les horreurs dont elle a été témoin à Raqa, bastion du groupe État islamique dans le nord de la Syrie, que sa famille a finalement réussi à fuir.

Comme Rachida, les enfants qui ont pu sortir de Raqa ont un besoin urgent de soutien psychologique pour soigner les blessures mentales qu’ont causées les exactions des djihadistes et les combats en cours entre l’EI et une force syrienne arabo-kurde soutenue par les États-Unis, a averti lundi l’ONG Save the Children. « Nous risquons de condamner une génération entière d’enfants à une vie de souffrances si leurs besoins de soutien psychologique ne sont pas satisfaits », a souligné la directrice pour la Syrie de cette ONG, Sonia Kush. « Il est crucial que les enfants qui s’en sont sortis vivants reçoivent ce soutien pour dépasser les traumatismes causés par une violence et une brutalité insensées », a-t-elle ajouté.

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©AFP PHOTO / Delil souleiman – Deux enfants sont évacués de Raqa vers le village de Hawi al-Hawa, à deux kilomètres de la ville.

L’ONG base son diagnostic sur des entretiens qu’elle a menés avec des enfants et des familles ayant réussi à fuir la ville de Raqa après y avoir vécu sous la coupe des djihadistes. Rachida, dont le prénom a été changé pour la protéger, a ainsi raconté « ne pas avoir réussi à faire face » après avoir vu des gens décapités par les membres de l’EI. « Je voulais dormir mais je n’y arrivais pas car je me souvenais de ce que j’avais vu. Je restais éveillée parce que j’avais tellement peur », témoigne-t-elle. « On ne peut plus parler d’enfance », affirme son père qui dit avoir tout fait pour éviter à sa progéniture de voir ces scènes d’horreur, mais souvent en vain vu leur fréquence.

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Environ 25 000 civils, dont une moitié d’enfants, seraient encore piégés au milieu des combats à Raqa, selon l’ONU. Les Forces démocratiques syriennes (FDS) sont entrées dans la ville en juin et ont chassé les jihadistes de 60% de la cité, qui était sous leur contrôle depuis 2014. Mais les combats se poursuivent avec d’intenses bombardements aériens d’une coalition internationale menée par les États-Unis, avec le risque de pertes civiles, souligne Save the Children.

©AFP PHOTO / DELIL SOULEIMAN – Un nuage de fumée s’élève du quartier d’al-Darya, à Raqa.

Farida, 13 ans, elle aussi déplacée, a ainsi raconté à l’ONG comment son petit frère Fouad âgé de deux ans, avait été blessé par une frappe aérienne en pleine nuit. « Il avait des éclats dans la tête. Quand un avion frappe, il fait du mal partout ». Les ONG de défense des droits de l’Homme ont demandé aux FDS et à la coalition de redoubler d’efforts pour protéger les civils en évitant notamment « des frappes aveugles » et en créant « des routes de sortie sécurisées ». « Les enfants de Raqa n’ont pas demandé ces cauchemars et ces souvenirs terribles où ils voient leurs proches mourir devant eux », a souligné Save the children.

Avec Belga

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