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Cerrado : la savane brésilienne en voie de destruction

Vue sur le Pantanal. | © AFP PHOTO/Yasuyoshi CHIBA

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Le Cerrado, une région de savane qui abrite un tiers de la biodiversité du Brésil, constitue le biome le plus menacé de l’Amérique du Sud.

Dans le Cerrado brésilien, savane qualifiée de « point chaud » de la biodiversité, les champs s’étendent désormais à perte de vue. En cause, les cultures de bovins et de soja. Au cœur de ce biome qui s’étend sur 1,5 million de km², des pans entiers de forêts sont détruits et remplacés par ces monocultures.

Résultat, la région surnommée « dense » (comme sa végétation d’antan) est désormais la plus menacée d’Amérique du Sud et l’un des écosystèmes les plus menacée de la planète.

Champ de soja dans les plaines du Cerrado. © AFP PHOTO/Yasuyoshi CHIBA / AFP PHOTO / YASUYOSHI CHIBA

Avis aux agro-industriels

C’est l’association WWF qui tire la sonnette d’alarme. Dans un manifeste publié ce mardi 12 septembre, 40 organisations appellent les entreprises et les investisseurs impliqués dans les chaînes d’approvisionnement en soja et en bœuf à s’engager pour empêcher la destruction du Cerrado. Avec 18 962 kmdu territoire (l’équivalent d’une ville comme Londres ou Sao Paulo) détruits en deux ans, la vitesse de destruction du Cerrado ne cesse de s’accélérer.

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C’est la raison pour laquelle plusieurs organisations environnementales ont rédigé un manifeste intitulé « The future of the Cerrado in the hands of the market: the conversion of native vegetation must be stopped » (« L’avenir du Cerrado est entre les mains du secteur privé : il faut mettre fin à la conversion de la végétation naturelle »).

La situation est préoccupante.

Un manifeste qui s’adresse directement aux grands industriels de l’agro-business. « La principale cause de la destruction du biome du Cerrado est l’expansion de l’agro-industrie dans des zones de végétation naturelle », déplore WWF. « Il est nécessaire que tous ces acteurs prennent des engagements et adoptent des politiques efficaces pour mettre un terme à la conversion de la végétation naturelle, et qu’ils ne s’approvisionnent plus dans des zones récemment déboisées. » L’ONG appelle ainsi ces producteurs à s’approvisionner exclusivement en soja certifié sans déforestation.

© AFP PHOTO/Yasuyoshi CHIBA / AFP PHOTO / YASUYOSHI CHIBA

Réservoir d’eau indispensable

Les organisations signataires demandent également le respect des engagements internationaux pris par le gouvernement, ainsi que la mise en place d’instruments et de politiques pour encourager une production plus responsable dans le Cerrado. Sur base d’une quinzaine d’arguments, le manifeste plaide pour la protection d’une zone internationalement connue pour son rôle de collectionneur et distributeur d’eau.

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En effet, le Cerrado abrite les sources d’eau qui alimentent huit des douze bassins hydrographiques du Brésil et un tiers de la biodiversité du pays, dont 44% d’espèces végétales endémiques. Il est toutefois menacé et a déjà perdu environ 50% de sa superficie originelle, précise l’ONG.

Si la destruction du Cerrado se poursuit au rythme observé entre 2003 et 2013, 480 plantes et espèces animales auront disparu d’ici 2050.

En 2016, 39 millions de tonnes de soja ont été produites dans le Cerrado, dont 16,9 millions destinées à l’exportation. Selon l’ONG Mighty Earth, la perte de 34 % de la végétation du Cerrado conduirait à 8,5 milliards de tonnes d’émissions de CO2 supplémentaires.

 

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