Paris Match Belgique

Scandale Publifin : vers une mise en échec du PS liégeois ?

La joyeuse famille du PS liégeois au temps de l'insouciance, Claude Emonts en tête | © Belga

Actualités

André Gilles, Stéphane Moreau, Claude Emonts, Willy Demeyer : c’est tout le PS liégeois qui s’est trouvé éclaboussé par l’affaire Publifin. Entre manipulation et conflits internes, la position des principaux acteurs sur l’échiquier a été bousculée. Et la relève semble déjà assurée. 

Au commencement étaient les pions, placés aux comités de Publifin, aux mandats grassement rémunérés. Ni tout à fait blancs, ni entièrement noirs, mais toutes couleurs confondues, perdus dans une zone de gris. Zone d’ombre, zone de non dits, de loi lacunaire, aussi: ainsi que certains se sont empressés de le rappeler, cet argent, ils l’ont reçu parfaitement légalement.
L’argent ? Des rémunérations accordées pour siéger dans trois organes d’avis internes à l’intercommunale Publifin, et dont les montants, révélés fin décembre par Le Vif,  ont de quoi donner le tournis.

Lire aussi : Intercommunales : les bourgmestres de Vilvorde et de Gand montent au créneau

Erreurs de jugement

Certains mandataires les ont contestés, d’autres ont reconnu une erreur de jugement, d’aucuns ont tenté avec la verve du désespoir de rappeler que ces montants, tout faramineux qu’ils soient, ont été reçus en toute légalité. Les dons de rémunérations Publifin se multiplient aux bonnes oeuvres, mais le tour est déjà joué: les pions sont pris (la main dans le sac), le premier tour est joué. La partie est pourtant loin d’être finie.

Lire aussi: tous les mandataires PS démissionnent du CA de Publifin

Tour d’argent

L’avantage de la tour? C’est une pièce à longue portée, qui peut être déplacée d’autant de cases que le joueur le souhaite. Elle peut, par exemple, à l’image de Claude Emonts (PS), faire un grand écart de la présidence du CPAS de Liège, où il est resté 20 ans, à un poste d’administrateur chez Publifin et de président du comité de secteur énergie. Rémunération : 120 835 € bruts en trois ans.

Claude Emonts, ancienne figure de la gauche contestataire – Belga

« Des rémunérations étranges »

Du haut de sa tour, il lui semblait certes bien important ce montant : tellement, qu’il a expliqué avoir laissé tout l’argent sur un compte, trouvant ces rémunérations « étranges » . Et d’affirmer à nos collègues de la RTBF que  « La pratique veut que l’on ne soit pas rémunéré lorsque l’on n’est pas présent. Ici, ce n’était pas le cas, mais je ne le savais même pas. Sauf en ce qui me concerne vu que j’étais président et qu’assez souvent les présidents ont des émoluments mensuels. C’est rarement le cas pour les conseillers, mais je l’ignorais ». Une ignorance qui fait mal dans le chef d’une des figures de la gauche contestataire, qui se faisait en 2012 la voix passionnée « des pauvres qui voudraient tellement participer à vos belles fins de mois » dans une lettre ouverte à Charles Michel.
Flash forward quatre ans plus tard : Claude Emonts démissionne de ses mandats, dont celui au conseil communal liégeois, et fait la promesse de reverser les montants reçus. Fini la tour d’argent.

Lire aussi : Le ministre wallon des Pouvoirs locaux Paul Furlan a présenté sa démission

Les fous passent, la folie reste

Ministre des Pouvoirs Locaux, Paul Furlan (PS), a réagi très vite au scandale, entre étonnement et accablement. Aveugle par amitié? Dans le paysage politique liégeois, son amitié avec Stéphane Moreau, Bourgmestre d’Ans mais aussi et surtout administrateur-délégué de Nethys (l’entité opérationnelle de Publifin), n’est pas un secret. L’ex- chef de cabinet adjoint du ministre, Claude Parmentier, ne bénéficiait-il d’ailleurs pas de mandats chez Publicain et Nethys ?

« Je ne savais pas »

« Je ne savais pas, j’aurais pu le savoir et c’est vrai, je n’ai pas cherché à le savoir, car sa situation n’avait pas évolué lorsqu’il est entré en 2014 dans mon cabinet » a déclaré Paul Furlan.
Victime innocente d’une machination complexe, ou fou du roi complice? Qu’à cela ne tienne : alors que Pierre-Yves Jeholet, chef de groupe MR au Parlement wallon, réclame une commission d’enquête; Paul Furlan, lui, remet sa démission.

Sacrifice

Une dernière déclaration pour la fin ? « Je ne suis pas un Calimero et je ne rentrerai pas dans le jeu de me plaindre, j’ai toujours pris mon destin en main, et la vie ne s’arrête pas à celle de ministre ».Dans la vie comme sur l’échiquier, le fou du roi est souvent sacrifié.Fin de la première manche.

La roue a tourné pour André Gilles – Belga

Trio de tête

Si la chute des pions a un temps protégé les têtes pensantes de l’opération, l’affaire a fini par les rattraper. En guise de triumvirat liégeois: André Gilles (PS), le président de Publifin et de Nethys,  Georges Pire (MR) et Dominique Drion (cdH), les deux vice-présidents de Nethys et ex-administateurs chez Publifin. Trois ténors de la politique liégeoise dont l’audience par la commission d’enquête Publifin a été quelque peu bousculée, maladie subite d’André Gilles oblige.

Lire aussi : Publifin : Stéphane Moreau et André Gilles auraient falsifié des documents

Tension anormale

En cause, selon un SMS envoyé au journaliste de La Meuse Luc Gochel, une tension anormalement élevée. De quoi expliquer, selon lui, le certificat médical envoyé 15 minutes seulement avant son audition.  « J’avais 20,5 de tension lorsque le médecin légiste m’a visité et j’ai de sérieux problèmes de glycémie (…) Je n’avais pas l’intention de me soustraire à la commission d’enquête. »

« La transparence n’est pas possible »

Dont acte : interrogé le 3 février dernier par la commission d’enquête, André Gilles a été entendu pendant plus de 5 heures. Sans toutefois révéler le montant des rémunérations des dirigeants, affirmant que « pour les managers, la transparence n’est pas possible, car alors ils partiront vers d’autres secteurs » . André Gilles, lui, s’apprête également à partir : au coeur du scandale, il a annoncé sa démission de son mandat de président de Publifin à l’issue de l’assemblée générale du 30 mars prochain. Ainsi que l’abandon de son poste de président du collège provincial de Liège.

Lire aussi : Publifin : André Gilles démissionne « la tête haute »

 

André Gilles et Willy Demeyer au temps de l’insouciance – Belga

Et Stéphane Moreau, lui ? Il a tout d’abord été frappé également par la maladie. Un début d’infarctus mi-janvier, qui l’a gardé un temps éloigné de la tempête Publifin. Se quitter pour mieux se retrouver : démission programmée de son poste de Bourgmestre d’Ans, suspension de ses mandats internes au PS… Stéphane Moreau, homme brisé ?

« Je ne mens jamais »

S’il a confié dans les pages de l’Echo avoir vécu « une déferlante médiatique d’une violence inouïe » et qu’il lui « faudra du temps pour s’en remettre », il n’a pas manqué de faire quelques déclarations choc. En tête : « j’aurais tendance à dire que je ne mens jamais, mais c’est peut-être un peu prétentieux ». Pour s’assurer de ne pas mentir, rien de tel que de ne pas parler : face à la commission d’enquête, Stéphane Moreau a refusé d’aborder son salaire, exigeant pour ce faire un huit-clos.

Huis clos

Un huis clos anxiogène, où les protagonistes tombent les uns après les autres : c’est la trame de bon nombre de roman policiers, c’est aussi la situation actuelle au sein du PS liégeois. Dernière victime en date, Willy Demeyer, le bourgmestre de Liège. Le maïeur a ainsi annoncé ce vendredi sa décision de remettre son mandat de président de la fédération liégeoise du PS, ainsi que son mandat de député à la Chambre.

Fini pour Willy Demeyer de régner sur la Principauté – Belga

La fin du « Club des Cinq » ?

Après André Gilles et Stéphane Moreau, le fameux « Club des Cinq » à la tête de la fédération du PS liégeoise perd ainsi un troisième membre. Toujours en lice, le bourgmestre de Seraing, Alain Mathot, et le ministre wallon de l’Economie, Jean-Claude Marcourt. En attendant un grand remaniement. Willy Demeyer a ainsi déclaré que « toutes les instances seront reconstituées pour la période 2017-2021 nous permettant ainsi de préparer les élections communales et régionales. Nous aurons notre nouveau président pour le 1er mai. Le comité sera ensuite reconstitué. Il élira les vice-présidents et l’exécutif dans le courant du mois de mai ».

Un coup de jeune

Seul candidat officiel à la présidence à l’heure actuelle : l’échevin de la culture de Liège Jean-Pierre Hupkens. Un candidat au renouveau dont l’âge a fait grincer des dents – des inquiétudes que l’échevin tient à dissiper. « Je ne suis certainement pas tout jeune, mais je ne suis pas aussi ancien que ça dans l‘exercice d’un mandat politique puisqu’il y a juste 10 ans que j’ai été élu » a-t-il ainsi déclaré à la RTBF.

Le retour du fils à « Papa »

Candidat officieux : Frédéric Daerden, qui après des années de vaches maigres, fait son grand retour sur la scène politique liégeoise suite au scandale Publifin. Nul doute que le fils à « Papa », ostracisé du « Club des cinq », n’a pas oublié le putsch de Stéphane Moreau qui a couté en 2011 à Michel Daerden son poste de bourgmestre d’Ans.

Michel Daerden avait été une des figures de proue du PS liégeois avant d’être écarté par Stéphane Moreau – Belga

Avenir incertain

Si Frédéric Daerden ne s’est pas encore exprimé sur une candidature éventuelle à la présidence du PS liégeois, Willy Demeyer, lui, l’a fait, tout du moins à mots couverts. Lors de l’annonce de la refonte de la fédération, il a ainsi souligné son souhait que « le futur n°1 ne soit pas un mandataire de premier plan afin de ne pas confondre l’action de la Fédération et la ligne politique du PS ». De quoi ôter l’envie à Frédéric Daerden de se présenter comme candidat ? L’avenir le dira.

 

 

 

CIM Internet