Paris Match Belgique

CETA : quand les avantages du libre-échange écrasent les inquiétudes de l’opposition

Les députés européens ont approuvé, mercredi midi, l’accord commercial entre l’UE et le Canada (CETA) et son entrée en vigueur provisoire. | © Belga

Economie

Tandis que les opposants continuent de scander « CETA, c’est assez », l’accord commercial entre l’UE et le Canda a fini par passer.

Même si l’accord de libre-échange a longtemps divisé l’hémicycle, les députés européens ont approuvé ce mercredi 15 février, l’accord commercial entre l’UE et le Canada (CETA) et son entrée en vigueur provisoire. Sans surprise, les libéraux, démocrates et conservateurs ont soutenu un texte qui continue de susciter la controverse tant du côté des Verts que de la gauche radicale ou de l’extrême-droite. Malgré la résistance de certains eurodéputés belges comme Philippe Lamberts (Ecolo), Claude Rolin (cdH) et les trois socialistes Marie Arena, Marc Tarabella et Hugues Bayet, l’opposition n’a pas su faire le poids face à la majorité libérale, conservatrice et même socialiste-démocrate. Sur les 695 votants, près de 408 se sont montrés en faveur du « oui », tandis que 204 parlementaires se sont opposés au CETA, et que 33 ne se sont pas prononcés.

Lire aussi : Des centaines de personnes manifestent contre le CETA à Bruxelles

Une opposition faible et disparate qui peine à faire entendre ses arguments, bien que soutenue par des millions de citoyens soucieux des conséquences d’un tel accord. Vu comme le « Cheval de Troie » des États-Unis, car il permettrait aux multinationales américaines d’envahir le marché européen, le CETA est nuancé en raison de son envergure moins marquante que celle de son cousin le TTIP (l’accord colosse de libre-échange entre l’Europe et les États-Unis). Devant cet accord « mixte » recouvrant des compétences exclusives de l’Union et des compétences partagées avec les Etats membres, certains appellent au calme, d’autres à repenser la façon de faire du commerce et de conclure des traités commerciaux.

Les pour

Parmi les Belges pro-CETA : les eurodéputés MR Louis Michel, Gérard Deprez et Frédérique Ries. Dans le lot des libéraux, démocrates, conservateurs et réformistes européens, on se réjouit des opportunités offertes par cette négociation. Devant les risques évoqués par les opposants au texte, ses défenseurs insistent sur les effets positifs d’une ouverture totale sur les marchés publics canadiens pour les entreprises européennes. En parallèle d’autres accords commerciaux avec les États-Unis, le Vietnam ou encore les pays africains, celui-ci vise à dissoudre progressivement les droits de douane et libérer la circulation des biens et des services. Un bénéfice qui, pour beaucoup de ses partisans, atterrit tout droit dans la poche du consommateur. Consommer moins cher et plus facilement sera dorénavant possible. Un avantage qui semble prendre le pas sur toutes les craintes de l’opposition, tant à l’hémicycle qu’au sein de la société civile. D’autres, comme Gérard Deprez qui s’exprimait dans les colonnes de La Libre, qualifient ces inquiétudes comme « un catalogue de trouilles » et se disent surpris par une « opposition aussi radicale ».

Retweet du Premier ministre canadien Justin Trudeau. © Capture d’écran Twitter.

Lire aussi : Margrethe Vestager : la bête noire des multinationales

Les contre

Dans le camp des contres, les arguments vont souvent pour la protection des travailleurs, des consommateurs et de l’environnement. Autant chez les Ecolos que chez les radicaux (droite et gauche), on n’hésite pas à critiquer la mainmise des multinationales sur de tels accords commerciaux. Le leit motiv général : libérer le monde de l’entreprise et repenser la façon de faire du commerce. Les critiques vis-à-vis du CETA fusent : opacité des négociations, manque de sécurité pour les producteurs européens, risques devant les comités d’harmonisation des standards, etc. Inquiets devant la disparition du pouvoir démocratique décisionnel, certains opposants aspirent ainsi à une mondialisation régulée qui laisserait aux démocraties la possibilité de fixer les règles du marché, comme l’expliquait Philippe Lamberts. Une ambition qui n’a pas dit son dernier mot et qui continue de mettre en garde contre la mise en danger du système de protection sociale, environnementale et sanitaire de l’Union Européenne.

Lire aussi : Face au repli identitaire, l’Europe doit oser un protectionnisme nouveau

Devant le parlement strasbourgeois, les manifestants érigent un cheval gonflable en référence au « Cheval de Troie ». © Belga

Les manifestations continuent

Ce mercredi, les parlements strasbourgeois a assisté à un scénario connu. Plusieurs dizaines d’opposants au traité commercial entre l’Union européenne et le Canada sont venus protester contre la décision. Des manifestants vêtus de combinaisons blanches, masque sur la bouche, ont formé une chaîne humaine pour bloquer le Parlement européen. « Dire oui au CETA, c’est piétiner le peuple », clamait une banderole, tandis que d’autres affirmaient « Démanteler la démocratie ? Hors de question ! » et « Plus vous insistez, plus nous résistons ». Dans de plus en plus de pays, la colère se fait entendre. Des mouvements issus de la société civile dénonce les rouages d’une « globalisation sauvage et une politique néo-libérale entraînant plus d’inégalités et plus de conflits », comme l’expliquait Bart Staes, député européen Groen. En Autriche, en Allemagne, en France, en Bulgarie ou encore aux Pays-Bas, les pétitions s’accumulent et le risque que le processus de ratification déraille n’est pas encore exclu.

 

CIM Internet