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Pour Thomas Piketty, Benoît Hamon est la moins pire des voix pour sauver l’Europe

L'économiste pro-revenu universel rejoint pour la première fois l'équipe de campagne d'un candidat à l'élection présidentielle | © Belga

Economie

L’économiste et auteur du livre « Le Capital au XXIe siècle » s’engage auprès de Benoît Hamon pour « parler Europe, et uniquement Europe ».

D’après un article PARIS MATCH FRANCE de Mariana Grépinet

« C’est trop facile pour un chercheur de rester assis à son bureau et de considérer que tous les candidats sont nuls », assure Thomas Piketty. Alors l’économiste vedette, dont le pavé « Le Capital au XXIe siècle » s’est hissé au rang de best-seller, a franchi le cap pour la première fois en rejoignant une équipe de campagne d’un candidat à la présidentielle, celle de Benoît Hamon. Alors bien sûr, en 2007 il avait fait passer quelques idées à Ségolène Royal, avait appelé à voter François Hollande en 2012. Mais jamais il n’était apparu dans un organigramme officiel. « Je ne suis pas membre du PS et je ne l’ai jamais été, rappelle-t-il. Mais vu la gravité de la crise après le Brexit et l’élection de Trump, j’étais désespéré à l’idée de ne trouver une voix pour sauver l’Europe. »

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Il avait rencontré Benoît Hamon avant que ce dernier ne se déclare candidat à la primaire de la gauche. « Il hésitait, il se demandait s’il fallait qu’il se présente alors qu’Arnaud Montebourg allait le faire aussi », décrit Piketty. Je lui ai dit « Vas-y ! ». J’ai toujours cru en la primaire, en cet exercice consistant à faire débattre les candidats. » L’économiste avait d’ailleurs publié une tribune en janvier 2016 appelant à une grande et seule primaire de la gauche, d’Emmanuel Macron à Jean-Luc Mélenchon. Un appel également signé par les écologistes Daniel Cohn-Bendit et Yannick Jadot, le sociologue Michel Wieviorka, le démographe Hervé Le Bras, l’écrivain Marie Desplechin, le comédien Philippe Torreton et bien d’autres encore. « J’aurais aimé que nous commencions à débattre dès l’automne mais ça ne s’est pas passé comme ça… Hollande nous a fait poireauter jusqu’en décembre », regrette Piketty. Il n’a pas voulu s’engager plus tôt car il voulait « entendre les candidats débattre ». Pour lui, la primaire n’est pas un exercice parfait mais elle permet « des surprises ». Et d’ajouter : « La victoire de Benoît Hamon montre l’intérêt du processus. Il a pris le risque de perdre et il a gagné. » S’il n’a pas pris parti pendant cette campagne, il admet que le candidat Hamon avait repris une de ses idées, celle visant à instaurer un impôt unique sur le patrimoine, qui intégrerait taxe foncière et impôt sur la fortune et serait calculé sur une base nette de dettes, c’est-à-dire en ne prenant en compte que le patrimoine net, déduction faite par exemple des emprunts nécessaire à l’achat d’un appartement pour ceux qui accèdent à la propriété.

« Benoît Hamon me semble moins imparfait que les autres »

Il y a une dizaine de jours, Benoît Hamon a invité Thomas Piketty à dîner. Le candidat lui propose alors de passer un cap supplémentaire dans son engagement. « Au vu de la situation, avec l’extrême-droite aux portes du pouvoir, Benoît lui a demandé d’être dans l’action et plus seulement dans le conseil », rapporte Mathieu Hanotin, co-directeur de campagne. Et Piketty a dit oui. Mais pour parler Europe et uniquement Europe. Pas question pour l’économiste de se disperser. Piketty souhaite « une démocratisation de la zone euro ». Il propose de remplacer le conseil des ministres des finances par un « parlement de la zone euro », une assemblée de la zone euro constituée de 100 à 150 membres issus des parlements nationaux (le nombre pour chaque pays serait défini en fonction de son poids démographique). « Cela permettrait d’éviter que le vote d’un seul ministre –car les décisions sont prises à l’unanimité au conseil des ministres- empêche d’avancer », explique-t-il. « Ce serait une réforme profonde et constructive. » Il est persuadé que « l’Allemagne ne pourra pas refuser cette proposition ». « On ne vient pas dire « la France a raison, l’Allemagne a tord » mais nous allons trouver un mécanisme de gouvernance démocratique », insiste-t-il encore. Piketty dénonce les positionnements des autres candidats sur l’Europe : « On a d’un côté le conservatisme de François Fillon et Emmanuel Macron, qui ne veulent rien toucher au traité budgétaire de 2012, et de l’autre, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen qui veulent tout envoyer promener… »

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Officiellement en charge du pôle « Traité budgétaire européen » pour Hamon depuis trois jours, Piketty commence à réactiver son réseau, « de députés européens socialistes et écologistes, d’intellectuels, de citoyens », ceux-là même qui s’étaient mobilisés en février 2014 autour du « Manifeste pour une union politique de l’euro ». Mais s’il va donc bien s’impliquer dans la campagne, Thomas Piketty compte aussi rester universitaire. « En semaine, je serai à mon bureau, à l’Ecole d’économie de Paris, assure t-il. Je reste un chercheur, indépendant. » Le professeur tient aussi à préciser qu’il ne considère pas Benoît Hamon comme « un homme providentiel » : « Tous les candidats sont imparfaits, y compris Benoît Hamon. Mais il me semble moins imparfait que les autres ».

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