Paris Match Belgique

Les nouvelles entrepreneures à la poursuite de leur passion

Elodie Wilmès a quitté une voie toute tracée pour se lancer dans l'inconnu

Elodie Wilmès a quitté le droit pour se consacrer à sa passion | © Elodie Deceuninck

Economie

Passer du droit à la conception de mariages féériques, réaliser un rêve d’enfance en lançant sa marque ou sa propre agence gourmande… Ces trois entrepreneures inspirantes en rêvaient, l’ont fait, et se livrent avec enthousiasme sur leur quotidien extrêmement prenant, mais ô combien épanouissant. 

Dans le cercle fermé des futures mariées, son nom se transmet comme un précieux sésame, garantie d’une cérémonie tendre et unique, et au décor hautement instagrammable. Un univers fleuri et enchanteur à mille lieues des rouages administratifs de la Justice. Et pourtant, il y a quelques années encore, c’est dans le secteur du droit fiscal qu’Elodie Wilmès exerçait, après avoir enchaîné master en droit des entreprises et master complémentaire en études européennes. Un parcours brillant, promu à un avenir florissant, et pourtant, après avoir enchaîné les formations pour rejoindre un prestigieux cabinet d’affaires, Elodie réalise qu’elle s’ennuie. Là où autrefois, l’ennui au travail était vu comme une fatalité, un mal nécessaire compensé par le versement du salaire, les mentalités changent, et les trajectoires professionnelles aussi. Passer ses journées à tuer le temps en attendant les prochains congés ? Très peu pour Elodie. « J’ai démissionné le jour où mon boss m’a proposé de m’offrir le master de spécialisation en droit fiscal et une augmentation. Je me suis vue en burn-out à 40 ans et j’ai écouté ma petite voix intérieure ». Quitte à avoir une période de transition assez rock’n’oll.

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Elodie Wlmès
L’univers onirique de Love & Tralala – Marion H Photography

Après avoir démissionné sans filet, Elodie se retrouve barman surdiplômée, avant d’avoir l’opportunité de partir deux mois à Montréal avec une formation de l’AWEX. Sur place, elle découvre l’univers des blogs, et l’impact que ces derniers peuvent avoir sur les vies de ceux et celles qui les écrivent. De quoi la pousser à lancer le sien dès son retour en Belgique : Love & Tralala était né. Adieu, textes de loi et quotidien codifié, bonjour l’amour et les futurs mariés.

J’aurais probablement été une avocate correcte, mais je savais que je ne serais jamais cette avocate brillante qui effectue des recherches jusque très tard à la bibliothèque pour se renseigner sur la dernière jurisprudence en vigueur. Par contre, je suis une véritable amoureuse des amoureux, une romantique dans l’âme depuis toujours.
– Elodie Wilmès

Aujourd’hui, Elodie embellit de son tempérament solaire et de son esthétique onirique les mariages de ceux qui ont la chance de s’entourer de ses services pour leur jour J. Un quotidien où elle se retrouve, elle qui se décrit comme « une nana qui aime être dans les coulisses des jours heureux et qui fait tout ce qu’elle peut pour ajouter un peu de magie supplémentaire pour mettre des étoiles dans la vie des gens qu’elle accompagne ». Et dans la sienne, aussi.

Elodie Wilmès
Le sourire communicatif d’Elodie Wilmès, en plein dans son élément – Delphine Leriche

Souriante, lumineuse, épanouie, Elodie Wilmès dégage l’aura apaisée de ceux qui sont exactement là où ils doivent être. Même si le chemin jusqu’à l’épanouissement n’a pas toujours été facile : « ma maman avait peur pour moi, mais elle m’a soutenue dès le début et m’a dit qu’elle croyait en moi, ce qui signifiait beaucoup. Mon papa, lui, n’a pas compris. Il était tellement fier de ma réussite professionnelle en tant qu’avocate, il a mis longtemps à accepter mon choix mais il sait aujourd’hui que j’ai eu raison de le poser. Pour les autres, certains m’ont prise pour une folle et ont essayé de me raisonner, d’autres ont envié cette folie et m’ont encouragé, mais la plupart attendaient de voir si j’y arriverais »

Oser affronter l’inconnu

Un sentiment que connaît bien Justine God, qui a quitté un emploi confortable au sein d’un groupe textile pour lancer Imprévu, sa propre marque de vêtements. Un rêve de longue date, pour cette passionnée de mode, qui s’est toutefois heurtée à l’incompréhension de son entourage. « J’ai eu beaucoup d’avis négatifs autour de moi, mes proches avaient peur que je regrette mon choix. J’avais un poste gratifiant et bien rémunéré, il aurait donc été plus simple d’y rester. J’ai beaucoup réfléchi avant de donner ma démission, mais une fois la décision prise, rien n’aurait pu m’arrêter ».

Imprévu
La fraîcheur irrésistible du vestiaire Imprévu 

Une détermination qui permet à cette Liégeoise à l’oeil aiguisé pour les tendances de combiner le lancement de sa première collection avec son quotidien prenant de jeune maman. « J’ai démissionné en février 2016, en juillet je partais en Italie pour préparer ma première collection et je suis tombée enceinte en novembre ». D’autres auraient paniqué, cette fille électrique y a vu un défi supplémentaire à relever.

C’est certain que l’inconnu fait peur. On se renferme dans un quotidien, dans une sécurité financière que l’on croit primordiale. Mais il n’y a rien de plus gratifiant que de faire ce que l’on aime et d’être en phase avec ses actions. On n’agit pas parce que quelqu’un nous le demande, mais bien parce que l’on croit en ce que l’on fait. Comme par magie, des choses que l’on pensait essentielles ne le sont plus du tout.
-Justine God

Audrey Thiriar, de son côté, a choisi de voler de ses propres ailes en fondant Tribe, son agence de relations publiques gourmande centrée sur la gastronomie. Une évidence pour cette passionnée de food au tempérament résolument indépendant.

Audrey Thiriar en bonne compagnie à Culinaria
Audrey Thiriar en bonne compagnie à Culinaria – Pieter D’Hoop

« J’avais envie de faire les choses à ma manière, de créer une agence complètement différente, qui soit adaptée à l’univers complètement à part de la gastronomie ». Quitte à avoir un lancement moins aisé : « j’ai décidé de me consacrer entièrement à l’univers de la nourriture, même si à mes débuts des marques de cosmétiques ou des foires d’art ont voulu faire appel à mes services. Si c’était à refaire, je referais tout pareil, en me faisant encore plus confiance. Parfois j’ai eu tendance à avoir trop peur sur certaines choses, et je prendrais plus de risques si c’était à refaire, mais sinon ce n’est que du bonheur » raconte Audrey. Qui tient toutefois à peindre une image réaliste de son quotidien.

Vivre de sa passion est un luxe parce que tu aimes ce que tu fais, et je n’ai jamais été aussi épanouie de ma vie, mais je n’ai plus de limites et mon travail me prend énormément de temps. Comme j’adore ce que je fais, j’ai du mal à m’arrêter… Disons que vivre de sa passion est un luxe qui amène à beaucoup de sacrifices aussi.
– Audrey Thiriar

Une situation que connaît bien Elodie Wilmès. Si cette bonne fée des mariages se réjouit de faire un métier qu’elle aime et de pouvoir gérer son temps comme elle l’entend, elle reconnaît qu’être indépendant n’est pas toujours facile et entraîne des insécurités aussi bien financières qu’au niveau des avantages sociaux. Avant d’ajouter avec l’optimisme qui la caractérise que « ça fait partie du challenge ». Même si, comme le souligne Justine God, il n’est pas toujours facile de réguler son implication émotionnelle: « c’est très difficile de déconnecter de son projet, et pourtant, on en a besoin de temps en temps pour rester créatif et garder une certaine hauteur par rapport à celui-ci ».

Imprévu
La collection SS18 d’Imprévu

Et pour garder de la hauteur malgré la difficulté de prendre de la distance, Justine recommande la règle des « 3 P » : patience, passion et préparation. « Il faut réaliser un projet qui nous passionne, dans un domaine où on a de réelles compétences. Être indépendant pour être indépendant n’a aucun sens. La patience est importante, il faut mûrir le projet, penser à toutes ses implications et être prêt à y faire face lorsque le projet est lancé. Et puis la préparation : il faut avoir les compétences nécessaires à la réalisation du projet et être entouré de personnes expertes qui pourront nous conseiller et nous guider ». Des conseils qui illustrent le nouveau visage de l’entrepreneuriat belge, frais, féminin et alliant avec brio ambition et rêve. Mais surtout, qu’on ne parle pas d’étiquettes à Audrey Thiriar.

Audrey Thiriar
Audrey Thiriar dans son élément – DR

« Les gens sont obsédés par le hashtag #girlboss, on le voit partout, mais je ne comprends pas bien pourquoi il faudrait être plus fière en tant qu’entrepreneuse, s’interroge Audrey, qui cherche aujourd’hui à agrandir son équipe quelques mois seulement après le lancement. Les hommes et les femmes sont égaux; forcément je trouve ça super qu’il y ait de plus en plus de femmes qui osent, mais je ne vois pas pourquoi on oserait moins que les hommes, au contraire ! ». Si Justine constate quant à elle une évolution des mentalités, elle souligne que « les femmes prennent plus la parole et osent plus. Je pense également que les hommes sont plus actifs dans les familles. Avoir des enfants est également un boulot full time. Il faut donc un soutien du papa dans la famille pour que la femme puisse trouver suffisamment de flexibilité et de temps eu développement de son projet ». Et Elodie de conclure en beauté : « évidemment que je recommande à tout le monde de suivre ses rêves ! L’essentiel selon moi est de bien se préparer, de se poser les bonnes questions (surtout celles qui font peur), d’être prête à bosser énormément, d’accepter la possibilité d’un échec et de réfléchir à la solution pour rebondir si ça arrive »

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