Vers l’infini et au-delà : Liège à la conquête de l’espace

Vers l’infini et au-delà : Liège à la conquête de l’espace

Quand les Liégeois ne vont pas dans l'espace, c'est l'espace qui vient à eux : ici, l'exposition de sculptures de glace Star Wars aux Guillemins. | © Belga

Economie

Cap Canaveral a sa base de lancement, Transinne, son Euro Space Center… À Liège, point de fusées, mais bien une véritable galaxie de passionnés qui ont entrepris chacun à leur manière la conquête de l’espace. L’un d’eux, Michaël Gillon, astronome à l’ULg, vient de faire une découverte qui relance la quête de la vie dans l’Univers.

Et l’astronome a toutes les raisons d’avoir la tête dans les étoiles : avec son équipe, il a en effet découvert le système exoplanètaire Trappist-1 en mai dernier. Installés dans le désert chilien de l’Atacama et sur le site de l’Observatoire de l’Oukaimeden (Maroc), le couple de téléscopes TRAPPIST-Sud et TRAPPIST-Nord  a pour mission la détection et l’étude d’exoplanètes. Mission acomplie : Trappist-1 est un système entouré de sept planètes telluriques, de tailles similaires à celles de la Terre. Mais aussi susceptibles d’abriter de l’eau sous forme liquide à leur surface, surtout trois d’entre elles qui orbitent dans la zone dite « habitable » de l’étoile. Ce qui fait de TRAPPIST-1 le système qui possède à la fois le plus grand nombre de planètes telluriques, ainsi que le plus grand nombre de mondes potentiellement habitables jamais découverts à ce jour.

Lire aussi : Michaël Gillon : le soldat devenu découvreur de planètes

Le désert d’Atacama, au Chili, où est installé le télescope TRAPPIST-Sud – © Belga

Oufti !

Entre les Liégeois et l’espace, c’est une histoire qui dure. En 2008 déjà, Jonathan Pisane, alors doctorant en sciences appliquées à l’ULg, avait reçu le prix Odissea pour la conception d’un nanosatellite baptisé Oufti-1. Soit l’anagramme de Orbital Utility For Telecommunication Innovation, toute ressemblance avec une interjection typiquement liégeoise étant bien évidemment fortuite… Conçu par les étudiants de l’Université de Liège et de Hautes Écoles de la région liégeoise, le premier nanosatellite belge s’est envolé dans l’espace à bord d’une fusée Soyouz en avril dernier.

Lire aussi : Une vidéo de la NASA ravive les croyances autour d’une existence extraterrestre

OUFTI-1 s’est envolé vers les étoiles à bord d’une fusée Soyouz au printemps dernier – © Belga

Lost in transmission

Si pas moins de 45 travaux de fin d’études ont été consacrés à OUFTI-1 entre sa conception et son lancement, le nanosatellite était bien plus qu’un simple outil pédagogique. Objectif principal : servir  de relais dans l’espace grâce à la technologie D-Star, qui permet la transmission de la voix et de données simultanément et numériquement. Une sorte de bonne étoile pour les radioamateurs du monde entier. Malheureusement, le contact a été perdu avec le satellite après quelques semaines en orbite. Pas de quoi toutefois décourager les valeureux Liégeois.

Valeureux Liégeois

Ainsi que l’expliquait à l’époque le Professeur Gaëtan Kerschen, membre du département aérospatial mécanique de l’ULg, « à la base, il s’agissait d’abord d’une expérience éducative. Le lancement d’Oufti-1 à bord de la fusée Soyouz était déjà un succès. Nous sommes également satisfaits de son fonctionnement pendant près de trois semaines. Bien sûr, l’équipe est un peu déçue suite à la perte de signal mais cela reste une belle aventure ». Une aventure appelée à continuer, puisqu’un projet Oufti-2 a été lancé par l’ULg.

Lire aussi : Des étudiants américains ont pour projet d’aller brasser de la bière sur la Lune

L’équipe d’OUFTI au moment de l’assemblage au Centre Spatial de Liège – © Glu

Téléscopique

En attendant la mise sur orbite d’Oufti-2, à Angleur, on a les yeux fermement rivés sur l’infini… et l’infiniment petit. Bienvenue chez Amos, mariage heureux de l’expertise mécanique des Ateliers de la Meuse et du savoir-faire optique de l’Institut d’Astrophysique de l’Université de Liège. Créée en 1983, la société est spécialisée dans la conception et la réalisation de systèmes optiques, mécaniques et opto-mécaniques de très grande précision, principalement destinés a l’exportation pour l’industrie spatiale et pour l’astronomie professionnelle. Amos a ainsi livré à l’Inde le plus grand télescope jamais installé en Asie, avec un miroir primaire de 3.6 mètre de diamètre. Prochaine étape : l’expansion sur le marché asiatique et le développement sur le marché américain, afin de garder une ardeur d’avance dans la course aux étoiles.

L’attaque des clones

La Guerre des étoiles, elle, a déjà gagné la Cité ardente. L’hiver 2015 a en efet vu l’esplanade des Guillemins envahie par les sculptures de Star Wars on Ice. Une exclusivité mondiale, négociée âprement avec les équipes de Disney et de George Lucas, pour coïncider avec la sortie du septième épisode de la saga, Le réveil de la force. Quatre semaines de préparation et 500 tonnes de glace ont été nécessaires aux 30 sculpteurs venus de 12 pays différents pour transformer les 1 500 m² du chapiteau en galaxie gelée. Des chiffres qui ont de quoi donner le tournis, mais quand on aime, on ne compte pas, et les Liégeois se sont pris de passion pour l’espace.

30 sculpteurs venu de 12 pays différents ont recréé les personnages de Star Wars aux Guilemins – © Belga

Sous le soleil de Wallifornie

Ses habitants le lui rendent bien. Les extraterrestes imaginaires, tout du moins. À l’aube du nouveau millénaire, le Futuroscope de Poitiers avait en effet inauguré une attraction d’un genre nouveau, à l’époque où le cinéma 3D faisait encore l’effet d’une nouveauté. Sur l’écran, de drôles d’extraterrestres, les Glagolytes, qui s’adressaient au public dans un dialecte inintelligible. Sauf pour une poignée d’irréductibles Liégeois, qui n’avaient pas manqué de reconnaître dans le parler des Glagolytes le savoureux wallon de leur région.

Speculoos

Oufti, trappiste et speculoos, les trois piliers du tempérament ardent ? De la conquête liégeoise de l’espace, en tout cas. La découverte du système TRAPPIST-1 s’inscrit en effet dans le cadre d’un projet plus large, baptisé SPECULOOS (Search for habitable Planets EClipsing Ultra-cOOl Stars), qui vise à détecter encore plus de systèmes de ce type. « Alors que les télescopes TRAPPIST se concentrent sur une centaine d’étoiles ultrafroides, les télescopes SPECULOOS vont en cibler environ un millier, explique-t-on du côté de l’ULg. Le premier observatoire SPECULOOS, constitué de quatre télescopes, est actuellement en cours d’installation à l’Observatoire Européen Austral de Paranal (ESO) au Chili. Il commencera dès l’année prochaine une recherche intensive de systèmes planétaires semblables à celui sur lequel les chercheurs viennent de mettre le doigt, toujours par l’intermédiaire de la méthode des transits ».

Un des téléscopes de l’Observatoire de Paranal, financé par 8 pays européens et construit par Amos – © Belga

Ambition universelle

« Notre projet prototype ne ciblait qu’un petit échantillon d’étoiles ultra-froides. Dans ce contexte, la découverte de TRAPPIST-1 suggère que les planètes de taille terrestre sont très fréquentes autour ce type d’étoiles. SPECULOOS, qui observera dix fois plus de cibles, et avec une plus grande précision, devrait donc en détecter de nombreuses autres, se plaçant ainsi à l’avant-garde de la recherche de vie ailleurs dans l’Univers » se réjouit Michaël Gillon, à la tête de cet ambitieux nouveau projet.

Les chercheurs de l’ULg Emmanuel Jehin et Michaël Gillon, la tête dans les étoiles – © ULg

Ariane ardente

Une ambition à la hauteur des compétences développées en région liégeoise, où l’on retrouve également Safran Aero Boosters. Implantée à Milmort, la société conçoit, développe et produit sous-ensembles et équipements pour les moteurs aéronautiques et spatiaux, et équipe notamment le lanceur Ariane.

Ariane ardente

Pour Nicolas Grevesse, astrophysicien au Centre Spatial de Liège, cela ne fait aucun doute: « Liège a toutes les raisons d’être fière, la ville est un acteur de premier plan au niveau mondial en ce qui concerne l’exploration spatiale ». Dont acte : « nous sommes régulièrement sollicités par l’Agence Spatiale Européenne et par la NASA, tant pour la conception de satelites, que pour la mise au point de hardware ». Prochain projet pour les ardentonautes ? « Bientôt, la Station Spatiale Internationale sera rejointe par un petit laboratoire bourrés d’instruments optiques et électroniques fabriqués à Liège. Cela va nous permettre d’analyser le comportement des fluides en apesanteur ». Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour Tchantchès.

CIM Internet