Les effets positifs du revenu universel en Finlande

Les effets positifs du revenu universel en Finlande

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Les allocataires étaient moins stressés et en meilleures santé. | © Pixabay

Economie

Depuis 2017, la Finlande testait pour la première fois l’octroi d’un revenu universel de base à certains de ses citoyens. Après deux ans de période d’essai, les résultats préliminaires indiquent que si les effets ont été bénéfiques sur le bien-être des citoyens, ils n’ont pas eu d’influence sur leur remise à l’emploi.

En novembre 2016, 2 000 personnes recevant une allocation de chômage et âgées entre 25 et 58 ans ont été sélectionnées en Finlande de manière totalement aléatoire. Elles venaient de former, sans pouvoir s’y refuser, le groupe test du revenu universel que le gouvernement finlandais a décidé d’expérimenter durant deux ans, en 2017 et 2018. Le principe était simple : chaque mois, les citoyens sélectionnés recevaient 560 euros non imposés et indépendamment de leurs ressources. Cela représentait un montant correspondant à l’allocation de chômage de base et de la subvention au marché du travail fournie par Kela (l’institution d’assurance sociale de Finlande).

L’idée du Premier ministre, Juha Sipilä’s, et de son gouvernement était d’examiner si un modèle de sécurité sociale basé sur un revenu universel pouvait promouvoir une participation plus active et inciter davantage au travail que le système actuel. Deux ans plus tard, la première étude préliminaire étudiant les impacts de l’expérience durant l’année 2107 uniquement est sortie et chacun y va de son interprétation : une réussite pour certains, un échec pour les autres. Tout dépend du point de vue selon lequel on se place. Si l’impact sur le taux de chômage et la remise à l’emploi est quasi nul, des améliorations sont à souligner en ce qui concerne le bien-être et la santé des personnes qui constituaient l’échantillon test. Mais il serait dangereux de tirer de ce rapport des conclusions définitives puisqu’il ne porte que sur la moitié de l’expérience.

En janvier 2017, le taux de chômage atteignait 8,7% en Finlande. Instaurer une allocation universelle indépendamment des revenus, du patrimoine ou du statut professionnel des citoyens visait à promouvoir l’emploi et simplifier le système complexe des aides sociales, expliquait alors le gouvernement. Fini les justifications à tous les organismes qui octroient une sorte d’allocation ou l’autre. Ici, aucune condition d’accès n’est requise pour pouvoir recevoir le revenu de base censé satisfaire les besoins basiques de la population : la nourriture, le logement, l’habillement, etc. Rassuré par une certaine sécurité financière, les citoyens étaient censés être davantage motivés à trouver un emploi qui leur correspondait.

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Deux facettes qui divisent

Les détracteurs du revenu universel ont vite fait de qualifier l’expérience finlandaise d’échec alors que d’autres en tirent plutôt des conclusions positives en ce qui concerne le bien-être des allocataires ou leur santé. C’est que l’analyse des données du rapport préliminaire dépend fortement de l’aspect qui est pris en compte. D’un côté l’allocation de base n’a eu aucun effet sur la remise à l’emploi des allocataires. Durant la première année, « les allocataires du revenu de base n’étaient pas meilleurs ou même pires à trouver un emploi ». Les résultats « montrent que l’expérience n’a eu aucun effet sur le statut d’emploi. Le nombre de jours annuels d’emploi pour le groupe qui a reçu un revenu de base est en moyenne environ une demi-journée plus élevé que pour le groupe témoin (le groupe témoin a été sélectionné au moyen d’un échantillonnage aléatoire de 5 000 personnes parmi celles qui en novembre 2016 recevaient une allocation de chômage ou une subvention du marché du travail de Kela, NdlR)« , analyse le rapport.

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Les 2 000 personnes sélectionnées pour créer l’échantillon avaient droit au revenu universel sans conditions. ©Christian Dubovan/Unsplash

D’un autre côté, de nombreux effets positifs ont été analysés en ce qui concerne le bien-être des allocataires du revenu de base. « Des études précédentes ont démontré que la meilleure évaluation du bien-être personnel est la satisfaction de sa vie. Dans cette étude, la satisfaction à l’égard de la vie a été mesurée par une variable où la valeur 0 sur une échelle de 0 à 10 signifie un très haut niveau d’insatisfaction face à la vie et la valeur 10 une très grande satisfaction. Dans le groupe test, la valeur moyenne de la satisfaction à l’égard de la vie était de 7,32 et celle du groupe témoin de 6,76 », note le rapport qui rapporte également que le revenu universel augmentait le niveau de confiance, non seulement dans leur propre situation financière mais aussi dans leurs capacités et leur futur.

Une meilleure santé

Les chiffres qui ressortent du rapport indiquent également des effets positifs sur l’état de santé des allocataires du revenu de base. Plus de la moitié des personnes interrogées dans le groupe test (54,8%) considéraient que leur état de santé était « très bon » ou « bon », contre 46,2% des répondants du groupe témoin. De même, les répondants ont dû analyser leur capacité de concentration. Il en est ressorti que 66,7% des allocataires du revenu universel considéraient que leur capacité à se concentrer était « très bonne » ou « bonne », contre 55,7% dans le groupe témoin. En ce qui concerne le stress, les mêmes conclusions ont été tirées par le rapport. Plus de la moitié (55%) du groupe test a déclaré ne pas ressentir de stress ou dans une moindre mesure alors que ce taux n’atteignait que 46% dans le groupe témoin.

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Toutes ces conclusions ne nous donnent qu’un aperçu de l’expérience qui s’est déroulée en Finlande durant deux ans. En 2020, un rapport complet devrait sortir afin de donner les résultats du test sur les deux années. Si des résultats positifs peuvent être soulignés actuellement en ce qui concerne le bien-être des citoyens finlandais, l’impact quasi nul sur la remise à l’emploi semble être le frein qui enterrera définitivement le projet.

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