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5 choses à savoir sur la banque NewB et sa levée de fonds

NewB une nouvelle banque pourrait voir le jour en Belgique

Il reste deux jours pour clôturer la levée de fonds et permettre à NewB de voir le jour en Belgique. | © Fabian Blank/Unsplash

Economie

À deux jours de l’échéance de la levée de fonds, le point sur ce que promet vraiment cette éventuelle future banque belge.

 

C’est un événement exceptionnel dans le paysage bancaire belge : la création d’une nouvelle banque « indépendante » (qui n’émane pas d’une autre banque ou d’une institution financière déjà existante) remonte à plus de 50 ans en Belgique. C’est NewB qui tente de relever le défi dans un marché saturé chez nous comme ailleurs en Europe. La banque se veut durable, éthique, démocratique et transparente. En gestation depuis près de 10 ans, le projet se trouve désormais dans sa dernière ligne droite puisque NewB a jusqu’au mercredi 27 novembre pour récolter les 30 millions d’euros imposés par la banque nationale. Une condition sine qua non avant que celle-ci ne remette son avis sur l’octroi éventuel d’une licence bancaire. Pourquoi c’est important ? Pourquoi c’est différent ? Pourquoi c’est risqué ? Et pourquoi cela paraît compliqué ? Petit topo sur cet ovni belge qui compte bien s’imposer.

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En projet depuis 2011

Au lendemain de la crise financière qui a touché le monde entier, 24 organisations sociétales belges rêvaient d’une autre sorte de banque et voulaient être de ceux qui changent la donne. Le 6 mai 2011, la coopérative NewB voit le jour. Commence alors un long chemin de croix pour créer cette banque qui se veut profondément différente. Après un premier appel aux citoyens en 2013, 43 000 personnes semblent convaincues par cette banque qui n’en est encore qu’au stade de doux rêve. Un an plus tard, la Banque Nationale Belge (BNB) balaye ce rêve d’un revers de la main en se prononçant contre l’octroi d’une licence bancaire à NewB.

Qu’à cela ne tienne. Le projet est repensé, retravaillé, peaufiné. Un changement de stratégie est opéré, soutenu par les coopérateurs et les coopératrices de l’époque. Avec leur premier produit bancaire, la carte de paiement GoodPay débarquée sur le marché en 2016, la banque en devenir réussit à récolter près de 20 000 euros (jusqu’au début de l’année 2019). Des sous reversés à des bonnes causes sélectionnées par NewB ou bien à la coopérative elle-même, en prévision des frais qu’elle doit couvrir.

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Au début de cette année, la banque a officiellement introduit sa demande de licence bancaire en sa qualité d’établissement de crédit. Depuis le 25 octobre, NewB a lancé sa levée de fonds de la dernière chance. Sans les 30 millions d’euros imposés par la Banque Nationale Belge, aucune chance que celle-ci se penche sur la possibilité de remettre un avis sur l’octroi éventuel d’une licence bancaire. Si les coopérateurs y parviennent, la BNB devra alors émettre un avis positif ou négatif sur l’attribution de sa licence bancaire. La décision finale reviendra, en dernière instance, à la Banque centrale européenne qui pourra, ou non, se ranger derrière l’avis de la Banque nationale. Elle est attendue au plus tard pour le 24 février 2020, soit un an maximum après l’introduction de la demande de NewB.

C’est une coopérative

Durant cette levée de fonds, NewB fait appel à tous les citoyens qui souhaitent investir dans une banque durable et éthique. Chacun peut prendre part dans la banque et participer au processus de décision sur base de la logique la plus élémentaire d’une coopérative : une personne, une voix. Trois types de parts sont possibles : des parts dès 20 € pour les citoyens, des parts à 2 000 € pour les acteurs de la société civile et des parts à 200 000 € pour les investisseurs.

NewB finalise sa levée de fonds pour devenir une banque durable en Belgique
La banque qui veut changer la banque. ©NewB

En misant sur une coopérative, la NewB remet le citoyen au cœur du système bancaire. Le client est aussi le patron et il ne pourra jamais décider aussi directement de l’endroit où il désire investir ses fonds du moment que cela a un impact social, écologique et durable.

Pourquoi elle est différente ?

Pour le moment, en Belgique, seule la banque Triodos est considérée comme la plus durable avec un score de 93% au classement indépendant du Scan des banques. En d’autres termes, cela signifie qu’elle investit l’épargne qu’on lui confie dans des projets à l’impact environnemental, sociétal ou culturel positif. Seul hic assumé, cette banque néerlandaise ne propose que des comptes d’épargne tandis que les comptes à vue sont réservés aux professionnels. Parce que les comptes à vue, ça coûte cher à une banque. Mais la situation est la même partout et même l’épargne commence à leur coûter au lieu de leur rapporter. NewB débarquerait dans ce marché peu favorable et devra faire ses preuves afin de maintenir la tête hors de l’eau suffisamment longtemps pour devenir une banque solide.

Via le Scan des banques, plusieurs établissements bancaires présents sur le marché belge sont passés au peigne fin et classés en fonction des investissements qu’ils réalisent avec l’épargne, et ce dans huit grandes thématiques : les changements climatiques, la nature, les droits de l’Homme, le droit du travail, l’armement, la fiscalité, les bonus, la transparence et la corruption. Chez nous, l’épargne totale des Belges en 2019, dépasse les 270 milliards d’euros cumulés. Selon une étude de Financité, moins d’1% de cette somme est placé sur des comptes d’épargne qui déclarent financer des projets éthiques et durables.

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En débarquant sur le marché belge, NewB serait la seule autre banque à injecter l’épargne qu’elle possède dans des projets durables. Elle promet aussi de rester en dehors de toute spéculation et de limiter les dividendes pour éviter les dérapages. Elle a également décidé de limiter les différences salariales ainsi que les bonus et de supprimer les voitures de société. Et sa liste de valeurs est encore longue. Son plus ? Elle propose le package complet qu’on attend d’une banque : compte courant avec carte, compte d’épargne, crédits, fonds d’investissements éthiques, ainsi que des produits d’assurance.

Sur les 87 banques qui existent en Belgique, quasi aucune ne propose de tels engagements sociétaux. En Allemagne, 1 300 banques sont à disposition des citoyens mais les plus petites et durables du style de NewB sont proportionnellement plus nombreuses.

Quand NewB dit « durable », elle l’entend dans le sens de la FEBEA, la fédération européenne des finances et banques éthiques et alternatives. Il s’agit donc d’une banque qui souhaite « œuvrer pour le bien commun et qui assure le droit au crédit à travers une activité bancaire consistant à récolter des fonds et à les réaffecter sous forme de crédits à des projets culturels, sociaux et environnementaux ». Elle promet également de travailler dans une « perspective de développement durable, et pour ce faire prendre peut prendre comme référence les principes de la Responsabilité Sociale d’Entreprise (RSE) ».

Quels sont les risques pour les coopérateurs ?

Les risques pour les citoyens belges qui veulent investir dans NewB sont indéniables. Comme pour tout investissement. Lorsqu’on arrive sur la page de la banque destinée à l’achat d’une part, la longue mise en garde peut en effrayer plus d’un. Mais ce n’est pas que le revers de la transparence dont s’enorgueillit la banque, l’octroi d’une nouvelle licence est assez exceptionnel pour que le FSMA (Financial Service and Market Authority) mette en garde le citoyen sur les risques qu’il encoure. Non seulement NewB n’est-elle pas encore une banque qui a accumulé de l’expérience probante pour rassurer qui que ce soit sur sa viabilité. Mais en plus, elle enregistre des pertes comptables accumulées chaque année depuis la constitution de la société en 2011, de 10 732 632 €.

Mais que les futurs coopérateurs se rassurent. Si NewB ne parvient pas à obtenir les 30 millions d’euros nécessaires, chaque centime sera remboursé dans les trois jours après la fin de la campagne. Pareil si l’objectif est atteint mais que la BCE n’octroie pas son agrément à la banque. Le véritable risque pour le citoyen réside plus tard. Si NewB devient réellement une banque, mais qu’elle n’est pas viable et qu’elle se voit contrainte de mettre la clé sous la porte, alors tout l’investissement sera perdu. Mais vu l’engouement citoyen qui donne des ailes à la banque en devenir et la demande de la société pour une économie durable et éthique, rien n’est perdu d’avance.

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Qui la soutient ?

On pourrait croire que l’État belge aurait sauté sur l’occasion de soutenir la première banque durable créée sur son territoire, mais ils ont peut-être d’autres chats à fouetter pour l’instant. Cependant, quelques acteurs publics se sont investis récemment, comme finance.brussels. Avec la Smart, la Fondation Chimay Wartoise, la Fondation pour les Générations Futures et l’ULB, ils sont parmi les derniers à avoir souscrit au moins une part de 200 000 euros. À plus petite échelle, des acteurs comme la Beescoop, la CSC Enseignement, Rekwup, Oxfam Wereldwinkel Gent St Pieters ou le CRISP, sont autant de coopérateurs qui ont souscrit à des parts à 2 000 euros. À l’heure d’écrire ces lignes, 21 173 coopérateurs ont déjà investi 15 392 020 €, sans compter les promesses de dons et les virements qui doivent encore arriver sur leur compte. L’échéance est dans trois jours et leurs lignes sont ouvertes pour répondre à toutes les questions (02/486 29 29). Autrement dit, c’est maintenant ou jamais pour ce « petit poucet » des banques.

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