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La coopérative Cera : viser l’impact sociétal plutôt que le profit à tout prix

Toute la coopérative Cera

Regroupée autour de son dynamique CEO Franky Depickere, l’équipe de Cera pose pour Paris Match dans un univers prestigieux : son siège se situe au centre de Louvain, dans la zone piétonnière de la Muntstraat, à proximité du célèbre hôtel de ville. | © Jakob Mazur

Economie

On en parle comme d’un modèle du XXIe siècle, parce qu’elle est plus humaine, plus proche des gens et qu’elle rejaillit favorablement sur la société : la coopérative a la cote. 

 

Avec ses 400 000 sociétaires à travers tout le pays, Cera est la plus grande coopérative belge. Probablement aussi la plus ancienne, puisqu’elle trouve son origine en 1892 et s’inspire en droite ligne des valeurs de l’humaniste allemand F. W. Raiffeissen. Des valeurs qui motivent Cera à chercher un impact sociétal plutôt que le profit à tout prix.

Paris Match. Cera insiste beaucoup sur sa nature coopérative. Mais qu’est-ce, exactement, qu’une société coopérative, et comment Cera fonctionne-t-elle ?
Franky Depickere, CEO. Une coopérative est avant tout une entreprise et doit, à ce titre, être rentable et gérée comme telle. Mais c’est une entreprise qui a la particularité d’être détenue par ses propres bénéficiaires. Dans le cas de Cera, 400 000 particuliers sont à la fois actionnaires et clients : ils investissent ensemble pour donner plus de valeur économique et sociétale à leur argent. Trois activités en découlent : nous sommes gestionnaires de 22 % du groupe KBC ; nous négocions des réductions substantielles dans divers secteurs en faveur de nos sociétaires, et ce, à travers toute la Belgique ; enfin, nous apportons un soutien financier à des centaines de projets locaux, nationaux et internationaux. Très concrètement, nous pouvons tout aussi bien intervenir dans l’achat de tentes et de matériel pour les scouts de Charleroi que soutenir l’asbl Accueil Champêtre en Wallonie, ou la production de café au Honduras en renforçant une institution de microfinance sur place.

Cera développe une coopérative solide qui s’investit en faveur de la société. En unissant les forces, elle crée de la plus-value économique et sociétale. ©DR

La triple proposition de Cera

Vous dites créer de la plus-value économique et sociétale. Comment y arrivez-vous ?
De plusieurs manières. Comme je l’ai dit, Cera détient un important patrimoine financier constitué d’actions du groupe KBC, ce qui nous donne une position nous permettant d’assurer à KBC et CBC de garder leur centre de décision en Belgique et de rester au service des Belges. Ensuite, le revenu de ce patrimoine crée à son tour de la plus-value pour nos coopérateurs. D’une part sous forme d’un dividende coopératif, fixé par notre assemblée générale. Ces dernières années, celui-ci était de 3 %, alors que les intérêts d’un livret d’épargne frôlent à peine les 0,12 %. Et, d’autre part, sous forme de nombreux avantages pour nos coopérateurs, qui bénéficient de réductions importantes, que ce soit sur des vins, des concerts, des voyages, des restaurants ou encore des articles de mode. Enfin, nous apportons notre soutien à plus de 500 projets sociétaux chaque année.

Cera correspond parfaitement à notre époque, où de plus en plus de monde souhaite donner du sens à son argent

Quel est le profil de vos coopérateurs ?
Ce sont tous des particuliers qui représentent un bon échantillon de la société belge. Nous sommes en effet ouverts à toute personne souhaitant investir à nos côtés pour plus de bien-être et de prospérité. A partir de 50 euros pour une part coopérative, 600 euros pour avoir accès aux avantages, ou jusqu’au maximum de 5 000 euros par personne.

Comment la coopérative prend-elle ses décisions ?
Nous avons découpé la Belgique en 45 conseils consultatifs régionaux, où se réunissent 20 à 25 sociétaires par conseil consultatif, soit un total d’environ un millier de personnes qui s’impliquent quatre fois par an pour décider, en toute liberté, de projets sur le plan local. Chacun de ces conseils consultatifs délègue quatre représentants au niveau national, ce qui représente un total de 180 personnes siégeant dans ce qu’on pourrait comparer à une sorte de parlement. Et 14 membres de ce conseil consultatif national sont élus au conseil d’administration. Ce qui signifie que tout coopérateur peut accéder au sommet de la coopérative, où les coopérateurs sont majoritaires puisque le conseil d’administration compte 20 membres. Ce jeu de participation démocratique, si cher aux coopératives, est présent dans notre structure depuis 1892. Et c’est ce principe, j’en suis convaincu, qui fait que Cera reste tournée vers l’avenir. Parce qu’en tant que coopérateur, on investit dans la société et on s’engage dans ses décisions, avec toute la dimension humaniste et altruiste que cela implique.

La coopérative Cera a-t-elle défini des priorités dans sa contribution sociétale ?
Absolument. Hors de toute considération politique, religieuse ou ethnique, nous avons tout d’abord décidé de sept domaines d’action dans lesquels nous voulons intervenir, tous dans le secteur non marchand. Cela va de l’art et la culture à l’inclusion sociale et la lutte contre la pauvreté, en passant par l’agriculture, les services et soins à la collectivité, les initiatives locales pour l’enseignement et la jeunesse ou l’entrepreneuriat coopératif. C’est le premier cadre dans lequel il faut s’inscrire pour pouvoir bénéficier d’un soutien de Cera. Ensuite, il y a plusieurs critères d’évaluation qui dépendent du niveau d’action et de soutien que nous pouvons apporter, sachant que trois années au moins doivent s’écouler entre deux projets d’un même demandeur. Je vous renvoie à notre site internet pour tous les détails pratiques. Et en cas de questions ou de projet bien précis, une équipe d’experts et de coordinateurs se tient à disposition pour apporter des réponses.

Franky Depickere, CEO : « Hors de toute considération politique, religieuse ou ethnique, nous avons décidé de sept domaines d’action dans lesquels nous voulons intervenir ». ©Jakob Mazur


Donnez trois fois plus de valeur à l’argent !

Avec quels atouts pourriez-vous séduire quelqu’un qui aurait envie de vous rejoindre ?
Je dirais que, grâce à son modèle coopératif, Cera offre une chance unique de donner trois fois plus de valeur à l’argent qu’il n’en a quand il est placé ailleurs. L’argent investi en parts Cera ouvre en effet la perspective d’un dividende coopératif. Comme je l’ai dit, ces trois dernières années, il était de 3 %. A partir de 600 euros de parts, vous avez droit aux avantages sociétaires. Et, last but not least, votre investissement profite à toute la société, puisqu’il renforce la contribution sociétale de Cera. La combinaison de ces trois volets nous rend particulièrement uniques. Chacun peut, en effet, décider de chercher le meilleur rendement pour son argent, ou préférer un don à une association qu’il apprécie. Mais, quand vous optez pour des parts Cera, il ne faut pas choisir : vous avez un retour sur investissement et vous soutenez le secteur associatif. Cela me semble correspondre parfaitement à notre époque, où de plus en plus de monde souhaite donner du sens à son argent.

En quoi, les coopératives sont-elles des précurseurs de l’entrepreneuriat social responsable ?
Les coopératives ont ceci de particulier qu’elles naissent toujours à l’initiative d’un groupe de personnes qui décident de se rassembler pour satisfaire un besoin commun. Elles réfléchissent donc d’abord en termes de satisfaction des membres et non de maximisation du profit. Ajoutez à cela la gestion démocratique et participative, et vous aurez les clés de voûte qui font de ce modèle par essence des entreprises socialement responsables. Notre intérêt pour la forme coopérative nous a d’ailleurs conduits à ouvrir une chaire Cera à l’Université de Liège (HEC) ainsi qu’un centre de connaissances à la KUL, afin de susciter le débat et de promouvoir l’entrepreneuriat coopératif comme une alternative économique centrée sur l’impact sociétal plutôt que le profit. « Ce qu’on ne peut faire tout seul, on peut le faire ensemble », disait Raiffeisen. Cette dynamique coopérative continue d’être notre leitmotiv et notre inspiration.

Cera développe une coopérative solide qui s’investit en faveur de la société. En unissant les forces, elle crée de la plus-value économique et sociétale. ©DR

Dans certains milieux économiques, on évoque un nouveau krach pour les banques en 2020. Qu’en pensez-vous et quelle sécurité Cera a-t-elle imaginé pour ses coopérateurs ?
Bien malin celui qui peut prédire l’avenir ! Ce qui est à peu près certain, c’est que ceux qui annoncent une crise finissent toujours, tôt ou tard, par avoir raison. Mais est-ce pour les bons motifs ? Pour ma part, je ne m’avancerai pas sur le terrain des prédictions. Par contre, je peux affirmer que la coopérative Cera a, aujourd’hui, à nouveau constitué suffisamment de réserves pour faire face à une période pendant laquelle le groupe KBC ne pourrait plus verser de dividendes. Cette mesure de prudence protège à la fois nos coopérateurs et est l’assurance que nous pourrons jouer notre rôle d’actionnaire stable. J’ai donc plutôt confiance dans l’avenir.

Une figure historique

Friedrich Wilhelm Raiffeisen (1818-1888) ©DR

La coopérative Cera trouve son origine dans les idées de Friedrich Wilhelm Raiffeisen (1818-1888). Raiffeisen était un bourgmestre allemand du XIXe siècle. La famine de l’hiver 1846-1847 avait causé beaucoup de pauvreté dans sa région. Raiffeisen ayant constaté que la charité n’apportait aucune amélioration, il se lança à sa manière dans la lutte. Pour ce faire, il opta pour une approche résolument différente : l’auto-assistance, en rassemblant des paysans pauvres afin qu’ils s’entraident.

La solidarité mutuelle basée sur une structure coopérative devait les sortir de la pauvreté. On doit à Raiffeisen le concept de caisse d’épargne et, plus largement, de banque coopérative et du système de microcrédit qui permet à des milliers de personnes dans le monde, aujourd’hui encore, d’améliorer leur quotidien par le biais d’une activité économique. Même si elle n’est plus une banque, Cera continue ainsi de donner un contenu contemporain aux valeurs inspirées par Raiffeisen.

A partir de la semaine prochaine, Paris Match et la coopérative Cera vous offrent d’être les témoins de belles aventures humaines qui font avancer notre société vers un monde meilleur.

 

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