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L’invention qui valait des millions, sans rapporter un sou à son inventrice

Catherine Hettinger ne touche pas un centime sur les ventes des hand spinners | © Flickr

Economie

Conçus pour déstresser les enfants autistes, les hand spinners ont fait tourner la tête des jeunes du monde entier, donnant lieu à des ruptures de stock dans les magasins belges. Plus fou encore que l’engouement autour de cette toupie : sa créatrice, Catherine Hettinger, ne touche pas un sou. 

Moins craquant qu’un Furby, plus solitaire que les Flippos et sacrément répétitif, le hand spinner ne semblait pas destiné à devenir un phénomène chez les marchands de jouets. Pas étonnant quand on sait que sa créatrice, Catherine Hettinger, l’avait imaginé comme un gadget pour calmer les enfants autistes. Le principe : l’enfant fait tourner les trois ailettes de la toupie via une structure connectée à l’axe central, le mouvement ayant un effet hypnotisant qui aide l’enfant à oublier ce qui se passe autour de lui. Objectif : stimuler la concentration, diminuer le stress et canaliser l’énergie. Inventée il y a vingt ans, cette drôle de toupie connait aujourd’hui un succès fulgurant, et les fabricants peinent à suivre les demandes.

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Des millions d’exemplaires vendus

Comme souvent, c’est outre-Atlantique que la folie a commencé, avec des démonstrations YouTube qui atteignent plusieurs millions de vues. Dans une interview avec le New York Post, des étudiants universitaires américains ont confié que le mouvement répétitif du jouet les aidait à se concentrer en période d’examens. Allen Ashkenazie, le patron de la compagnie de jouets new-yorkaise Almar Sales Co, a affirmé avoir vendu 20 millions de figer spinners en quelques semaines seulement, ce qui en fait « notre jouet best-seller en 50 ans d’existence de la compagnie ». Autre explication du succès étourdissant de la toupie, outre sa présence sur les réseaux sociaux, son prix de vente : compter entre 2 et 4 euros seulement pour devenir l’heureux propriétaire d’un hand spinner.

Trop pauvre pour devenir riche

Un prix modique, qui donne toutefois lieu à un joli pactole si on le multiplie par le nombre de jouets vendus. Et pourtant : Catherine Hettinger ne touche pas un sou. Lorsqu’elle a inventé sa toupie il y a 20 ans, elle a déposé un brevet valable jusqu’en 2005. Problème : une fois venu le temps de le renouveler, elle n’avait pas assez d’argent pour payer les 400 dollars (367,58 euros) nécessaires à l’obtention d’un nouveau brevet. Un manque d’argent qui s’est transformé en véritable infortune puisque le brevet de Catherine Hettinger est tombé dans le domaine public, permettant aux compagnies de jouet de reprendre son idée sans lui verser un seul centime.

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Contre mauvaise fortune bon coeur

Une injustice qui n’a pas laissé les internautes indifférents, poussant certains d’entre eux à lancer un crowdfunding pour Catherine. Objectif : récolter de l’argent afin de pallier aux sommes perdues par l’inventrice déchue de son brevet. Bien qu’elle soit passée à côté de beaucoup d’argent en perdant les droits intellectuels sur son invention, Catherine Hettinger choisit de ne pas se laisser ronger par les regrets. Ainsi qu’elle l’a expliqué au Guardian, « beaucoup de gens me demandent si je ne suis pas furieuse de voir comment les choses ont tourné. La vérité, c’est que je suis contente de voir que quelque chose que j’ai créé rencontre un tel succès. Il y a beaucoup de situations dans la vie de tous les jours qui sont extrêmement stressantes. C’est génial de savoir que grâce à moi et à mon invention, les gens peuvent relâcher un peu la pression ».

Bénéfices disputés

Un passe-temps qui ne plait pas à tout le monde. Dans les écoles, la toupie ne reste pas cantonnée à la cour de récréation, et les professeurs sont contraints de sévir. Ainsi que l’explique Nathalie, institutrice de 5e primaire dans la région liégeoise, « c’est un vrai fléau. C’est supposé aider à la concentration, mais ça n’aide certainement pas mes élèves à se concentrer sur les cours ! J’en confisque au moins un par jour, et à la récré, on ne voit que ça ! ». Du côté du monde médical, certaines voix se sont élevées pour mettre en doute les propriétés du hand spinner. Ainsi, selon le Docteur Mark Rapport, « les hand spinners sont plus susceptibles de déconcentrer l’enfant que de lui permettre de canaliser ses troubles de l’attention ». Effets bénéfiques ou non, la toupie fait tourner la tête de tous les petits, en attendant qu’ils détournent leur attention vers le nouveau jouet à la mode.

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