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Hôtellerie: Comment la Chine, Hong Kong et Singapour ont survécu au covid

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Piscine illuminée de l'hôtel - Four Season - entre les hauts canyons de Hong Kong. | © IMAGO.

Economie

Stefan Leser dirige depuis Hong Kong le consortium hôtelier Langham Hospitality Group. Il a vu l’industrie du voyage frappée en premier par la pandémie mais donne des raisons d’espérer à un secteur qui renait déjà en Asie.

 

D’après un article Paris Match France de Romain Clergeat

Paris Match. Comment jugez-vous la situation actuelle du secteur hôtelier en Asie par rapport au reste du monde ?

Stefan Leser. La Chine a été frappée par la pandémie bien plus tôt que le reste du monde et étant basé dans cette partie du monde, j’ai pu voir de mes propres yeux comment la Chine et Hong Kong ont fait face à la pandémie. Comme les Chinois ne peuvent pas voyager à l’étranger, les gens ont commencé à passer des vacances dans leur pays. Les séjours sont devenus la seule option de vacances et les resorts ont commencé à se remplir. Je suis basé à Hong Kong et la ville a réussi à traverser sa « troisième vague » de la pandémie. Les restrictions sont maintenant assouplies, les parcs à thème et les centres de convention ont rouvert et nous attendons avec impatience la levée des frontières. Le gouvernement de Hong Kong et celui de Singapour ont annoncé une bulle de voyage entre les deux pays et sont en discussion finale sur la possibilité de voyager entre les deux pays sans quarantaine tant que le test Covid du voyageur est négatif. L’Asie en particulier, la Chine, Hong Kong et Singapour ont gardé la situation sous contrôle et les choses sont à peu près revenues à la normale, bien que des mesures de précaution et de prévention strictes et des procédures d’assainissement rigoureuses soient en place.

Vous n’avez pas de boule de cristal, mais comment voyez-vous l’avenir du secteur hôtelier à court et moyen terme ?

Les hôtels, en particulier de luxe, offrent la possibilité de se retrouver dans un monde différent et de s’immerger dans une expérience unique. L’industrie hôtelière est certes touchée, mais elle est résistante. C’est également la raison pour laquelle les voyages à l’intérieur du pays seront pertinents car ils aident les gens, à se détendre et à se rétablir. Un bon hôtel est le ciment ou la base de tout voyage, c’est là que vous commencez votre journée et que vous la terminez. En outre, les voyages sont essentiels pour les affaires. Les hôtels continueront d’être les lieux et des espaces de rencontre pour le business ou les loisirs.

Pensez-vous qu’il y aura un effet de « tourisme de vengeance » où les gens voudront voyager encore plus qu’avant la pandémie ?

Les gens voyageront à nouveau dès qu’ils se sentiront en sécurité. Et nous nous adapterons à la nouvelle normalité : des tests avant de prendre l’avion et après l’atterrissage, un régime d’assainissement rigoureux et une légion de mesures de précaution prises par les clients et l’industrie de l’accueil pour assurer notre sécurité et celle des autres. Il n’est pas exagéré de dire que le voyage est bon pour notre bien-être mental.  Nous avons pu constater directement dans nos hôtels en Asie qui affichent complet le week-end, et où les clients font la queue pour obtenir une place au restaurant. Les gens veulent plus que jamais se rapprocher les uns des autres.  Et ce n’est pas seulement l’acte de socialisation qui les motive – même si la plupart des voyages se limitent à des destinations nationales, c’est l’anticipation de l’expérience de voyage qui alimente l’excitation des gens et leur apporte du plaisir.

Stefan Leser.Stefan Leser. © DR

L’Europe se reconfirme et vous avez pourtant annoncé des ouvertures à Munich et à Venise. Quel impact cela a-t-il sur votre stratégie ?

Chez The Langham Hotels & Resorts, nous ne ralentissons pas et continuons à être optimistes quant à l’augmentation de notre présence en Europe. C’est la destination favorite pour les loisirs et ses villes clés sont cruciales pour les voyageurs d’affaires. Et je suis sûr qu’il en sera toujours ainsi. Outre l’ouverture de The Langham Nymphenburg Residence, à Munich, et l’annonce récente de The Langham, à Venise, nous nous intéressons également à la France et à d’autres villes d’Allemagne. Nous continuons également à nous développer et ne ralentissons pas l’ouverture de nos hôtels dans le reste du monde.  Début 2021, nous ouvrirons notre première propriété en Asie du Sud-Est, The Langham, à Jakarta. En Australie, The Langham, Gold Coast, avec son propre accès privé à la plage, devrait ouvrir fin 2021. La Chine continue d’être une priorité et nous nous réjouissons d’ouvrir un nouvel hôtel à Changsha et un autre à Hangzhou à la fin de cette année, et d’autres encore dans les cinq prochaines années. Et bien sûr, aux États-Unis, la réouverture très attendue du Langham, à Boston, au cours de l’été prochain (2021). L’hôtel a fait l’objet d’un repositionnement et d’une rénovation majeure, logé dans les locaux de la Federal Reserve Bank. Je suis convaincu qu’il sera l’un des plus luxueux hôtels d’Amérique du Nord.


En tant qu’hôtelier, vous êtes dépendant du secteur aérien. Comment voyez-vous les perspectives dans ce secteur ?
Les industries connexes de notre secteur (des compagnies aériennes aux agences de voyage, des bureaux de tourisme aux hôtels, etc.) sont maintenant davantage conscientes du fait que nous faisons tous partie d’un super-écosystème. Cela signifie qu’il existe plus que jamais des possibilités de coopération, d’engagement et de collaboration. À Hong Kong, une alliance a été formée avec les principaux groupes hôteliers de luxe, dont The Langham Hotels & Resorts, Peninsula, Shangri-La et Mandarin Oriental, ainsi qu’avec Cathay Pacific et le Bureau du tourisme de Hong Kong, afin de mettre en commun les ressources, et de stimuler la reprise des voyages.  C’était sans précédent dans notre secteur, mais cela illustre à quel point il est crucial de se serrer les coudes en période de crise. L’industrie de l’accueil dans son ensemble a appris de cette crise, continue d’apprendre les uns des autres, et est désormais bien mieux préparée pour faire face à la tempête.

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