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Excellence belge : Shippr livre plus vite que son ombre

Cofondateur et CEO de Shippr, Romain Syed a lancé la scale-up bruxelloise Shippr | © DR

Economie

Depuis 2018, la scale-up bruxelloise Shippr a le vent en poupe et, forte de sa croissance annuelle de 300%, compte bien s’imposer rapidement comme le champion européen de la livraison de colis express.

 

Cofondateur et CEO de Shippr, Romain Syed aborde la trentaine avec une détermination sans faille. Il faut reconnaître que ce barbu décontracté n’a jamais eu froid aux yeux. Parce qu’il trouve difficilement sa voie sur les bancs de l’université, il décide de partir avec Alexandra, sa compagne de toujours, en Australie et en Asie du Sud-Est pour un long périple au cours duquel il fera la cueillette des fruits les plus inimaginables afin de financer leur voyage.

Ils en reviennent avec la ferme intention de décoller dans la vie et pendant qu’Alexandra termine ses études de styliste, Romain s’inscrit simultanément dans deux écoles de marketing « pour aller plus vite ». Pour sa dernière année, il part effectuer son stage en Floride dans une boîte spécialisée dans l’e-commerce et les nouvelles technologies.

Dès leur retour, les deux jeunes lancent leur premier site web « pour rigoler », entendez par là se faire la main en proposant des gadgets et des objets rigolos dont ils redirigent le trafic vers les sites officiels tout en percevant une commission au passage. Dans le même temps, Romain Syed reprend des cours de langue – allemand, espagnol et néerlandais – et fait ses premières armes dans une agence spécialisée dans le développement mobile. « Mon rôle était de guider des projets et de créer des produits digitaux de A à Z. »

Un an et demi plus tard, avec toutes les cordes qu’il a maintenant à son arc, il crée une première boîte digitale, apprend les ficelles du « Lean management », « une technique qui permet d’émettre des hypothèses critiques sur son business » et peaufine son projet de livraison d’e-commerce en région bruxelloise. Son idée, c’est de coiffer au poteau les BPost et autres DHL qui suivent tous le même modèle de consolidation, à savoir que les colis sont ramenés dans des centres de tri avant d’être réacheminés vers leur destinataire final.

Or la force de Shippr, c’est la garantie que tout client soit livré le jour même. « Nous avons développé notre plateforme en mai 2018 ; les flux sont automatisés et le client peut commander sa livraison aussitôt prise en charge par des livreurs professionnels en possession d’une application mobile leur permettant de réagir immédiatement. A nos débuts, nous faisions les livraisons nous-mêmes pour identifier les problèmes et bien comprendre la meilleure manière de procéder. »

 

Romain Syed ©DR

Le patron de Shippr se défend d‘emboîter le pas à l’ubérisation de l’économie. Il observe que chez ses concurrents, 70% de leur activité est confiée à la sous-traitance « alors que nous, nous mettons le livreur au centre de notre projet en lui garantissant un juste revenu. » Cette “place de marché” en ligne (www.shippr.io) , qui met en contact des entreprises avec une communauté de livreurs pour l’acheminement express de colis en milieu urbain connaît une très forte accélération de son activité en quelques années. « Aujourd’hui, nous sommes vingt-sept personnes à travailler plein temps, actifs en Belgique et en Ile de France, mais nous allons bientôt nous étendre sur Lyon, Marseille, Bordeaux et les grandes villes françaises avant de nous implanter dans au moins trente villes européennes de plus d’un million d’habitants et de devenir leader européen sur le segment de la livraison « last mile » et « same day ».

Avec une croissance de 300 %, pas loin de trois cents entreprises clients et plusieurs centaines de milliers de colis livrés en 2020, le CEO de Shippr ne cache pas son ambition en surfant sur la vague actuelle de l’e-commerce générée par la crise sanitaire. « Rien que sur ce mois de décembre, nous avons réalisé 250 000 euros de chiffres d’affaires, indique Romain Syed. Et cette année-ci, nous visons les 3,4 millions d’euros, contre environ 1,2 millions en 2020 ». Le recrutement suit d’ailleurs ce mouvement : cette année, huit personnes ont été engagées « et on va encore recruter dans les tout prochains mois. »

Reste une question, subsidiaire : pourquoi Shippr ? La réponse est amusante : certes, il y a cette allusion sous-jacente au verbe to ship, envoyer en anglais; mais il y a aussi, en filigrane, ce clin d’œil à Dora l’Exploratrice en butte à Chipeur… celui qui n’arrête pas de chiper !

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