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Immobilier : la flambée actuelle des prix tue les rêves des jeunes

« N’attendez pas que les prix diminuent, car si le marché ralentit, il y aura automa-tiquement un effet sur les taux d’intérêt. Il vaut mieux acheter plus cher avec des taux d’intérêt plancher » explique l'expert intérrogé par Paris Match. | © DR

Economie

Peut-on encore vivre heureux sans dépenser une fortune pour son logement ? Le marché belge de l’immobilier est en ébullition. Et la pandémie a poussé les Belges à habiter hors des villes…


Paris Match. Le nombre de transactions immobilières a grimpé en 2020, avec une hausse globale de 7 % pour les maisons et de 5 % pour les appartements. Depuis, les chiffres ont encore évolué à la hausse, comme les prix. Où tout cela va-t-il s’arrêter ?
Renaud Grégoire (porte-parole de la Fédération royale du notariat.). Pour l’année qui s’est achevée, on atteint effectivement les 10 %, tous types de segments confondus, avec des prix qui augmentent bien davantage que l’inflation. Il s’agit de moyennes pour l’ensemble du territoire, mais le phénomène n’en est pas moins impressionnant et devrait se poursuivre, tant pour l’investisseur que pour le primo-propriétaire. Personnellement, je n’avais jamais vu rien de tel ! On aurait pu penser que la pandémie aurait exercé un ralentissement, que la conjoncture compliquée et les éventuelles cessations de paiement auraient eu un impact. Mais en dépit d’une économie sous perfusion, il n’en est rien. Un exemple : un acheteur qui avait acquis un entrepôt il y a deux ans l’a récemment revendu 15 % plus cher. Et je connais un entrepreneur qui enregistre une hausse du même ordre pour ses maisons à ossature de bois.

Comment expliquer cet emballement du marché ?
Divers éléments entrent en ligne de compte : les retards de livraison, les hausses de prix dans le fret, l’approvisionnement et plus généralement le coût des matériaux. Tout devient compliqué. Une certitude : construire est plus cher aujourd’hui que l’an dernier. Les biens existants tirent également les prix vers le haut. Le phénomène est général. Concrètement, l’acheteur qui mettait 200 000 euros l’an dernier pour acheter sa maison, hors terrain, doit mettre 230 000 euros aujourd’hui pour la même habitation.

Quelles sont les villes les plus chères et celles qui, au contraire, le sont moins ?
Depuis quelques années, le segment des secondes résidences connaissait un ralenti. Je pense à Knokke, où une grande quantité de biens était à vendre. Aujourd’hui, avec le Covid, on ne rêve plus d’aller passer ses vacances au Chili ou en Égypte. Du coup, ces secondes résidences ont trouvé acquéreur, avec un effet d’entraînement. Les prix se sont emballés encore plus qu’ailleurs. La situation en Wallonie est identique, avec une commune comme Lasne qui bénéficie du même effet de rattrapage. La tendance actuelle est de vouloir se mettre au vert, contrairement aux années précédentes, où la ville avait la cote.

 

« La hausse des loyers risque bien de se poursuivre. Actuellement, on est loin d’avoir trop de biens immobiliers sur le marché. Les loyers ne baisseront pas, au contraire » confirme Renaud Grégoire… ©DR

Vous confirmez donc que la pandémie a poussé de nombreux Belges à souhaiter habiter hors des villes. Seraient-elles tout à coup moins attractives ?
Pas si les villes gèrent bien leurs atouts et leur développement, car il y a un intérêt à y demeurer pour certaines tranches d’âge : les personnes âgées ou les jeunes célibataires sans enfants, par exemple. Par contre, on observe deux types de public qui s’installent ou veulent habiter à la campagne : ceux qui font un choix par défaut, y trouvant un bien avec jardin qu’ils ne pourraient pas dénicher en ville à cause des prix qui leur sont inaccessibles ; et ceux qui, à l’inverse, veulent s’isoler et fuir l’oppression urbaine. Dans tous les cas, on observe que les gens veulent acheter ce que leur portefeuille leur permet. Selon la commune où se trouve le bien, les prix peuvent varier considérablement : pour 350 000 euros aujourd’hui, vous avez un appartement deux chambres à Ixelles, un appartement trois chambres à Auderghem, une maison de type « bel étage » à Forest ou à Anderlecht. C’est le budget qui détermine le choix et, dans une autre mesure, le fait d’être aidé financièrement par les parents ou les grands-parents.

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